Le tchèque du bout de la langue Hrdlořezy, le quartier des coupeurs de gorges
Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague – Ahoj vám všem, milovníkům češtiny Radia Praha ! Comme promis, nous allons poursuivre notre série consacrée aux origines des appellations des quartiers pragois, ou tout du moins de certains d’entre eux. Les dernières émissions nous ont ainsi tour à tour emmenés dans le « quartier des vignobles » - Vinohrady, dans le « quartier de Joseph » - Josefov, dans le Montmartre ou le Bronx de Prague - Žižkov, ou encore dans le « quartier du rire » - Smíchov. Cette fois, il ne s’agira pas de rire, puisque c’est tout d’abord dans un coupe-gorge que nous vous invitons à nous suivre…
A Prague, il existe en effet encore bien d’autres quartiers aux
appellations plus ou moins amusantes ou originales. Citons ainsi par
exemple le quartier situé dans la partie est de la capitale au nom
effrayant de Hrdlořezy. Effrayant, parce que, traduit littéralement, il
s’agit du quartier « des coupeurs de gorges » (« hrdlo » - gorge ; « řezat » - couper), une dénomination qui remonte au moins au XVIe
siècle et qui tire son origine du surnom peu flatteur qui était alors
donné à
ses habitants. Bien entendu, il ne faut sans doute pas considérer ce
surnom de « coupeurs de gorges » dans son sens propre du terme, les
habitants en question n’avaient probablement pas l’habitude de couper
des gorges mais ils avaient néanmoins une réputation d’hommes brutaux
et violents.
Notons que cette notion existe également en français, où un coupe-gorge désigne un endroit écarté ou mal famé où l’on court le risque d’être assassiné ou volé, bref un lieu fréquenté par des malfaiteurs où il est dangereux de s’arrêter ou même de passer.
Photo: Rudolf Hylský, www.geology.cz
Toutefois, lorsque l’on s’intéresse plus en détail à ce surnom de « coupeurs de gorges », on s’aperçoit que les choses n’étaient
finalement pas aussi terribles qu’on pourrait ou qu’on aurait envie de
les imaginer. En fait, il est vrai que, autrefois, des chevaliers brigands
et des bandits sans le sou y faisaient régner leur loi en détroussant
pour survivre des voyageurs imprudents. Surtout, au XVIe siècle, les
routes impériales passaient par là. Et les brigands en question se
cachaient dans les bois alentour avant d’attaquer et détrousser
notamment les commerçants. Il n’en demeure pas moins que la terrible
réputation de l’endroit a ensuite surtout été répandue par les
aubergistes. En racontant à leurs hôtes de passage et clients potentiels
des histoires plus ou moins authentiques et surtout exagérées, ils
incitaient les passants à rester passer la nuit chez eux. Ceux-ci
préféraient dépenser un peu d’argent et être assurés d’avoir un
gîte et un couvert plutôt que de s’aventurer à passer la nuit dans une
clairière ou à poursuivre leur chemin. Et aujourd’hui, les histoires de
ces aubergistes sur ces terrifiants « coupeurs de gorges » de Hrdlořezy
seraient sans nul doute considérées comme de l’excellent marketing…
Les Studios Barrandov
Loin des légendes, cette fois, il existe à Prague un quartier célèbre
pour plusieurs raisons - Barrandov, parfois aussi appelé surnommé « Hollywood de l’Est » - « Hollywood východu ». Aujourd’hui, le
quartier, situé sur une colline, est d’abord connu pour son industrie
cinématographique et ses studios qui se trouvent dans la partie la plus
ancienne du quartier, celle des cossues villas. Principaux studios de
cinéma tchèque, les Studios Barrandov comptent parmi les plus grandes
usines à rêve du genre en Europe. Depuis leur création en 1931,
quelques-uns des plus grands films classiques tchèques y ont été
tournés, mais également, après la révolution, de grosses productions
américaines. La liste est trop longue pour tous les citer, mais là
n’est pas de toute façon l’objectif de notre présentation de
Barrandov.
Barrandov, photo: www.virtualnipraha.cz
Si ce quartier, dont la partie originelle, un complexe résidentiel
luxueux, a été conçue dans les années 1920 par le père architecte de
Václav Havel, nous intéresse, c’est surtout parce qu’il porte le nom
d’un scientifique français du XIXe siècle, Joachim Barrande. Les
travaux et recherches de ce géologue et paléontologue sont en effet
certainement plus connus en République tchèque qu’en France. Il faut
dire que Joachim Barrande s’est installé à Prague en 1831 et qu’il a
ensuite passé près de 50 ans de sa vie en Bohême. Ses collections de
fossiles, dont il a fait don, font d’ailleurs partie aujourd’hui de
l’exposition permanente au Musée national de Prague. Et c’est donc en
témoignage de reconnaissance que ce nouveau quartier, qui s’appelait
initialement Habrová (appellation qui provient probablement du mot « habr » - « charme », arbre forestier au bois blanc, et dont le père de
Vaclav Havel pensait qu’elle n’était pas suffisamment « exclusive »), a été rebaptisé Barrandov, le nom de Barrande ayant été « tchéquisé » pour les besoins de la cause.
Après être passé des coupeurs de gorges du Moyen-âge à Joachim Barrande et de Hrdlořezy à Barrandov, c’est ainsi que s’achève pour cette fois ce « Tchèque du bout de la langue », En attendant de vous emmener la semaine prochaine une dernière fois dans d’autres quartiers de Prague aux noms amusants ou curieux, portez-vous du mieux possible - mějte se co nejlíp !, portez le soleil en vous - slunce v duši, salut et à bientôt - zatím ahoj !





