Enseignement du tchèque à Nancy : quoi de neuf pour la rentrée ?

Depuis 2001, l’Université de Lorraine propose à ses étudiants un enseignement de langue, de littérature et de civilisation tchèques, tandis que d’autres départements universitaires d’enseignement du tchèque existent aussi ailleurs en France : à Paris, Dijon, Bordeaux, Strasbourg, Lille ou encore Aix-Marseille. Professeure à Nancy, Lenka Froulíková, évoque les nouvelles méthodes d’apprentissage du tchèque qu’elle applique dans ses cours. Des cours que suivent Ariane et Denise, deux étudiantes qui ont passé une partie de leurs vacances estivales à Brno et à České Budějovice pour parfaire leurs connaissances du tchèque et se familiariser avec la culture du pays.

Lenka Froulíková, photo: MZV ČRLenka Froulíková, photo: MZV ČR « J’apprécie de passer régulièrement quelques jours à Prague. Cette année, cela m’a permis de parler avec des contrôleurs dans le métro qui ne parlaient ni anglais ni français. J’ai su me faire comprendre et eux étaient plutôt contents de voir que j’avais un peu appris le tchèque. On sent véritablement que cela fait plaisir aux Tchèques quand on parle leur langue. »

Si Ariane Descaves, étudiante en Sciences du langage à l’Université de Lorraine, se sent toujours plus à l’aise dans ses échanges avec les Tchèques, c’est notamment grâce aux cours intensifs qu’elle a suivis récemment à Brno, où l’université organise, comme dans d’autres villes en République tchèque, une Ecole d’été d’études slaves destinée aux « apprentis tchécophones » :

« D’un point de vue linguistique, ces cours m’ont permis de beaucoup progresser. C’est normal, en France nous n’avons pas la possibilité de pratiquer le tchèque tous les jours. Passer un mois à Brno m’a permis de parler avec des jeunes de mon âge. Comme il s’agit d’un stage intensif, on progresse réellement et on peut voir la différence de niveau entre le début et la fin du séjour. Cela m’a non seulement permis de me débrouiller un peu mieux et de parler plus facilement, mais aussi de découvrir des villes et des lieux touristiques en Moravie. Nous avons visité Telč, Dalešice, Moravský kras, et personnellement je suis allée avec des amis à Bratislava parce que j’avais envie de visiter la capitale de la Slovaquie. Et bien sûr j’ai découvert la ville de Brno que je ne connaissais pas beaucoup auparavant. »

Photo: LŠSSPhoto: LŠSS Ancienne professeure de français et étudiante du tchèque à l’Université de Lorraine, Denise Le Guennec explique, elle, que sa maîtrise de la langue de Karel Čapek relève plutôt du domaine de la littérature. Preuve de son talent, ses traductions des textes du linguiste Ivo Vasiljev et de l’écrivain Ivan Klíma ont été récompensées à deux reprises du Prix Václav Černý, décerné par l’ambassade de République tchèque à Paris pour soutenir et promouvoir l´enseignement du tchèque en France. Denise Le Guennec nous fait part de ses motivations et de certaines des difficultés que lui pose l’apprentissage de plusieurs langues slaves :

« J’ai repris mes études après ma retraite et me suis remise à l’apprentissage du russe. J’ai passé une licence de russe, puis les étudiants m’ont dit qu’il y avait un cours de tchèque extrêmement agréable et très intéressant dirigé par madame Froulíková. J’ai donc suivi ce cours de tchèque, ce qui a d’abord été assez facile parce que je connaissais le russe et le polonais. Cela s’est toutefois révélé plus difficile par la suite parce que je mélange beaucoup avec le polonais. Je comprends donc le tchèque, je peux le lire et le traduire, mais j’ai beaucoup de mal à parler quand je ne suis pas en République tchèque. »

« Mon premier contact avec la République tchèque n’avait pas de rapport avec les études. En tant que professeure de français à Nancy, j’ai participé, il y a vingt ans de cela, à un échange avec une école de Prague. J’ai gardé des contacts avec les collègues avec qui j’avais travaillé à l’époque. Je ne suis donc pas venue au tchèque par hasard. Tandis que nous parlions français ou allemand à l’époque, maintenant je me débrouille suffisamment en tchèque pour échanger avec mes collègues, et c’est une très grande satisfaction. »

Cet été, Denise Le Guennec a assisté à une rencontre de traducteurs et de « bohémisants » du monde entier organisée à České Budějovice, en Bohême du Sud. Elle raconte son expérience :

Visite de la brasserie de Dalešice, photo: Ariane DescavesVisite de la brasserie de Dalešice, photo: Ariane Descaves « J’avais déjà suivi par le passé des cours de tchèque à Brno, Prague et Poděbrady. Cette année, j’ai donc participé à ce séminaire à České Budějovice et c’était absolument passionnant bien que mon niveau de tchèque ne soit pas excellent. J’ai eu affaire à des spécialistes du tchèque du monde entier, donc c’était un peu difficile au début, mais c’était des gens fort sympathiques (rire). Des écrivains sont venus et ont présenté des projets… Toutes sortes de choses passionnantes et très actuelles. Je n’ai donc pas regretté d’avoir pris ce risque malgré un niveau un peu faible : ma colocataire était professeure de tchèque à l’université de Pékin, et nous nous sommes très bien entendues ! J’ai vraiment passé un très moment à České Budějovice, une ville très agréable. Nous avons visité Český Krumlov… Cette expérience m’a donné envie de revenir à la traduction du tchèque contemporain, mais comme je rédige actuellement une thèse sur les fables des XVIIIe et XIXe siècles, je manque de temps. »

Une thèse sur les fables slaves plus précisément qui passionne Denise :

Visite de la vila Tugendhat à Brno, photo: Ariane DescavesVisite de la vila Tugendhat à Brno, photo: Ariane Descaves « Je m’intéresse à tous les pays slaves qui ont écrit des fables, ce qui est assez ambitieux… J’évoque évidemment aussi des fables tchèques qui sont toutefois difficiles à trouver. Il s’agit principalement des fables d’Antonín Puchmajer et de Josef Langer. Je les ai inclues dans un chapitre qui concerne le renouveau national au XIXe siècle. J’ai ensuite découvert des fabulistes ukrainiens, slovènes, serbes et croates de cette période du renouveau national. Oui, c’est un travail extrêmement intéressant. »

C’est grâce à Lenka Froulíková que le département d’enseignement du tchèque a vu le jour, il y a plus de quinze ans de cela, à l’Université Nancy 2. Ses cours, fréquentés par des étudiants venus de différents horizons, portent aussi bien sur la langue que sur la culture, l’histoire et la civilisation tchèques. En attendant la prochaine édition des Semaines de la culture tchèque, organisées chaque mois de mars à l’Université de Lorraine, Lenka Froulíková prépare d’autres projets :

Photo: Ariane DescavesPhoto: Ariane Descaves « En tant qu’enseignante-chercheuse, mes projets sont toujours tournés vers les domaines de l’enseignement et de la recherche. Actuellement, nous organisons un concert de Jaroslav Hutka en coopération avec l’Association franco-tchèque de Nancy. Ce concert est d’ailleurs un peu lié à la recherche aussi dans la mesure où sortira prochainement un livre intitulé ‘Réécriture de l’histoire en Europe centrale après 1989’. Pour cet ouvrage collectif, qui est une publication universitaire, j’ai écrit un article intitulé ‘Entre champ de bataille et lieu retiré, quelques images majeures de l’histoire tchèque dans le miroir de la poésie et des textes poétiques des chansonniers tchèques de 1950 à 2000’. Dans ce texte, j’évoque des chansonniers tchèques tels Karel Kryl, Jaroslav Hutka, Jiří Dědeček et Svatopluk Karásek. C’est ainsi qu’est venue l’idée d’inviter à Nancy Jaroslav Hutka qui est par ailleurs un des signataires de la Charte 77, une pétition publiée il y a quarante ans de cela. »

'Minutové hry', photo: Khalil Baalbaki, ČRo'Minutové hry', photo: Khalil Baalbaki, ČRo Depuis 2012, Vltava, la station culturelle de la Radio tchèque, propose à ses auditeurs des pièces radiophoniques appelées « Minutové hry », littéralement des « pièces d’une minute ». Lenka Froulíková a intégré ces œuvres minimalistes dont la durée ne dépasse pas les trois minutes à ses cours. Elle explique pourquoi :

« Ces pièces radiophoniques sont une bonne source pour l’enseignement du tchèque. Nous en avons déjà traduit plusieurs en développant un travail autour. Nous avons par exemple travaillé sur de vieilles légendes tchèques comme celle du chevalier Bruncvík, qui ont été suivies de devoirs. Les étudiants ont ainsi appris linguistiquement des choses sur Prague tout en s’amusant. J’aimerais continuer ce type de travail. »