Du pain et des gâteaux, en veux-tu en voilà

Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague ! En cette semaine marquée par la célébration de la Journée internationale de la femme - Mezinárodní den žen, nous avons décidé de vous (nous) faire un petit plaisir. En effet, nous allons nous intéresser aux mots de la langue tchèque désignant les principaux produits de boulangerie, viennoiserie et pâtisserie, autant de produits que les Tchèques désignent avec le mot général « pečivo », celui-ci pouvant être salé – « slané pečivo » ou sucré – « sladké pečivo ».

Photo: Štěpánka BudkováPhoto: Štěpánka Budková Le pain, ce bon pain tchèque, nous en avons déjà goûté dans cette rubrique il y a quelques années de cela (cf. : http://www.radio.cz/fr/rubrique/tcheque/le-bon-pain-tcheque ou http://www.radio.cz/fr/rubrique/tcheque/donner-du-pain-a-un-assoiffe-ou-comment-se-prendre-un-rateau). Nous avions alors déjà évoqué quelques-uns de ces produits boulangers, dont l’étymologie du mot « chléb » ou « chleba », un mot qui désigne le plain et dont nous avions découvert qu’il existe sous une forme analogue dans toutes les autres langues slaves ; ce qui signifie donc qu’il existait déjà en vieux slave, où il s’agissait alors d’un emprunt au germain commun.

Pour leur petit-déjeuner, les Tchèques prennent donc généralement du pain – chléb, ou indifféremment un « rohlík » ou une « houska », deux mots difficilement traduisibles en français, mais qui, grosso modo, désignent deux sortes de petit pain différentes, deux produits boulangers le plus souvent de mie blanche. Plus intéressant pour nous est de savoir d’où ces deux mots proviennent. Concernant tout d’abord le « rohlík », dont la forme évoque le croissant, observons que sa racine est composée du mot « roh », qui signifie « corne » ou « coin ». Les linguistes tchèques supposent donc que « rohlík » provient du vieux tchèque « rohel », un mot qui signifiait « cornu » et dont l’origine provient du slave commun. Rien à voir avec une expression tchèque très courante selon laquelle il est possible de tromper, duper ou mystifier quelqu’un littéralement en « l’enivrant avec un rohlík », soit « opít rohlíkem ». Il s’agit là bien entendu d’une idée absurde – absurdité qui explique d’ailleurs probablement la formation de cette locution – dont l’équivalent en français serait « mener quelqu’un en bateau », voire « mener quelqu’un par le bout du nez ».

Photo: ČT24Photo: ČT24 Loin de nous l’idée de vous saouler avec un croissant, mais la forme du « rohlík » nous faisant penser au croissant – mot par lequel il est d’ailleurs parfois traduit en français, précisons ici que les Tchèques disposent de deux mots pour désigner celui-ci. Le mot français tout d’abord, à savoir le « croissant » désignant alors la viennoiserie au beurre comme la connaissent les Français, mais aussi le mot « loupák ». Un terme dont on peut supposer qu’il possède un rapport, de par son mode de cuisson semblable à celui d’une pâte feuilletée, avec le verbe « loupat », qui signifie « peler, éplucher ».

Enfin, si vous n’avez pas de « rohlík » dans votre boîte à pain tchèque, vous y trouverez peut-être une « houska », autre produit boulanger très apprécié. Cette fois, il s’agit d’un petit pain de forme ronde. Pour ce qui est du mot, en revanche, « houska » est un diminutif de « husa », à savoir… une oie. Alors, pourquoi donc ? Parce que le mot de vieux tchèque était « húska », ce qui désignait une brioche – « vánočka » - tressée et allongée qui, à l’époque, rappelait une oie assise avec la tête placée sous une aile. Et puis la « houska » étant un produit très courant que l’on trouve dans tous les commerces en République tchèque, est alors apparu l’expression « jako houska na krámě », littéralement « comme un petit pain au magasin », ce qui signifie que quelque chose « est monnaie courante », c’est-à-dire habituel.

Photo: Archives de Radio PraguePhoto: Archives de Radio Prague La « houska » nous a donc amené à la « vánočka », un mot qui désigne la brioche de Noël et qui le résultat de l'assemblable de l’adjectif « vánoční », qui signifie « de Noël », et du substantif « houska ». La brioche de Noël, qui prend la forme d'une natte et fait partie des plus anciennes pâtisseries puisqu'elle remonte au Moyen-Âge, était donc à l'origine en quelque sorte un « petit pain de Noël ». Une explication assez logique puisque, en effet, les maîtresses de maison tchèques préparent la « vánočka » uniquement ou presque à l'occasion de Noël. Et si sa recette ne différencie guère, du moins pour ce qui est des ingrédients de base, de celles que l'on trouve dans d'autres pays, en revanche on constate que l'étymologie est complètement différente puisque en français, « brioche », qui remonte au début du XVe siècle, serait un dérivé du mot « brier », la forme ancienne du verbe « broyer » en normand, employé à l'époque dans le sens de « pétrir la pâte avec un rouleau ». Bref une étymologie qui n'a rien à voir, à la différence du tchèque donc, avec la fête célébrée par les chrétiens en commémoration de la naissance du Christ.

Photo: Štěpánka BudkováPhoto: Štěpánka Budková Puisque nous passés au sucré, dégustons maintenant le mot « koláč » qui, lui, désigne un gâteau, une tarte, voire une galette, ce que nous confirme le fait que « koláč » est un dérivé de « kolo », un mot dont les différents sens sont ceux de vélo, roue, cercle ou tour ; bref quelque chose de rond comme l’est une tarte. Et à propos de « koláč », retenons encore une autre très belle expression typiquement tchèque : « Bez práce nejsou koláče », littéralement « pas de gâteaux sans travail », ou l’équivalent français « Les mains noires font manger le pain blanc » ou encore « il faut casser le noyau pour avoir l’amande ».

L’origine du mot « bábovka » pour kouglof, spécialité d’Alsace et d’Europe centrale, n’apparaît pas moins intéressante à étudier, sauf que les linguistes n’en savent que peu sur son origine. Tout juste sait-on que le mot est apparu dans la langue tchèque dans le courant du XVe siècle et qu’il désignait alors un moule servant à la cuisson au four. La pâte qui était cuite dans ce moule s’appelait « bába », l’équivalent aujourd’hui de ce que les Tchèques appellent « žemlovka » - une charlotte, ou si vous préférez un dessert moulé.

Photo: Barbora KmentováPhoto: Barbora Kmentová Enfin, même s’il y aurait encore bien des choses à dire sur d’autres desserts et pâtisseries, mentionnons encore le mot « dort » pour « gâteau », qui provient de l’allemand « Torte » et nous amène jusqu’au latin « torta », une origine commune au mot français « tourte », à savoir donc une tarte, voire un pain, de forme circulaire…

Ainsi donc, peut-être saurez-vous mieux vous orienter dans le choix du pain, des viennoiseries et autres gâteaux lorsque vous entrerez dans une boulangerie ou un commerce tchèque. Dans tous les cas, n’hésitez pas à goûter même ce que vous ne connaissez pas, les produits boulangers tchèques étant généralement plutôt bons. Bon appétit donc – dobrou chuť, portez-vous du mieux possible – mějte se co nejlíp !, portez le soleil en vous – slunce v duši, salut et à bientôt – zatím ahoj !