Le tchèque du bout de la langue Avoir le soleil dans le cœur et dans la tête
Salut à tous les tchécophiles de Radio Prague – Ahoj vám všem, milovníkům češtiny Radia Praha ! Eté et chaleurs de ces dernières semaines obligent, c’est du soleil – « slunce », qu’il sera question dans ce nouveau numéro du Tchèque du bout de la langue. Un mot que nous avons déjà abordé dans une émission précédente, mais sur lequel nous allons donc revenir, histoire de nous rappeler quelques expressions et proverbes en rapport avec le soleil. Mais avant de commencer, nous vous souhaitons d’avoir le « slunce v duši », c’est-à-dire d'avoir « le soleil dans le coeur et dans la tête », comme le répétait chaque soir il y a quelques années de cela un présentateur du bulletin météo de la Télévision tchèque au moment de saluer les spectateurs. Que cette émission vous apporte un petit rayon de soleil…
Tout d’abord notons qu’il existe en tchèque, en plus de « slunce »,
au moins deux autres mots pour désigner le soleil. Pour le premier, il
s'agit de « sluníčko », qui, avec l'emploi du suffixe « -íčko »,
devient un diminutif de « slunce ». En français, « sluníčko »
pourrait être traduit comme « petit soleil ». Mais il faut rappeler,
encore une fois, que les Tchèques raffolent des diminutifs. Plus que la
taille, car peut-on ici raisonnablement parler de « petit soleil » pour
ce qui est l’étoile centrale du système solaire, l’emploi de ces
diminutifs leur permet, entre autres, d'exprimer les sentiments positifs
qu'ils éprouvent pour l'objet de leur pensée.
Concernant « sluníčko », il existe une expression caractéristique de
l'emploi des diminutifs : « Co mu sluníčko ukáže, to mu měsíček
přinese », soit « Ce que le soleil lui montre, la lune le lui rapporte,
donne ». Cette expression désigne les voleurs, qui, comme tout le monde
le sait, agissent le plus souvent la nuit. A noter que si l'on trouve bien
le petit soleil – « sluníčko », dans la première partie de la
phrase, dans la seconde se trouve également un autre diminutif, « měsíček », soit « petite lune », l'équivalent tchèque du mot « lune » étant « měsíc ».
Le deuxième mot autre que « slunce » désignant le soleil est « slunko », aujourd'hui utilisé essentiellement en Moravie. A ce titre, une
expression à relever à titre d’exemple, qui concerne plus
particulièrement les agriculteurs : « Od slunka do slunka dělat,
pracovat », soit, traduit mot à mot, « travailler du soleil jusqu'au
soleil ». En fait, cela signifie travailler, au champ généralement,
toute la journée, du matin au soir comme on dit plutôt en français,
depuis le lever du soleil - východ slunce, jusqu'à son coucher - západ
slunce. A noter à propos du lever et du coucher de soleil que dans la
langue tchèque, si le mot východ signifie bien « sortie » et « lever », il désigne également le point cardinal Est, tandis que západ, qui
veut dire « coucher », désigne l'Ouest, le soleil se levant, comme tout
le monde le sait, à l'est - východ, pour se coucher à l'ouest - západ.
Mais pour en revenir à l’expression « od slunka do slunka », soit « du soleil au soleil », précisons quand même que les Tchèques disent
aujourd’hui plus généralement qu’ils travaillent ou font quelque
chose « od nevidím do nevidím », soit littéralement « de je ne vois
pas à je ne vois pas ». Cela signifie alors qu’ils commencent leur
journée avant que le soleil ne se soit encore levé et qu’ils la
terminent après que le soleil se soit déjà couché.
Intéresserons-nous maintenant à une dernière expression se rapportant
au mot « slunce » même. Lorsque quelqu'un a bu un verre de trop, ou
même plus qu’un verre, bref qu'il est ivre, soûl comme un Polonais, les
Tchèques diront parfois de l’intéressé qu'il « voit deux soleils » -
« vidí dvě slunce », même si, avouons-le, nous ne savons pas très
bien pourquoi… A noter toutefois à ce sujet que si la référence en
français aux Polonais ivres est, en fait, une sorte de compliment
puisqu'elle provient d'une célèbre exclamation de Napoléon Bonaparte « Soyez soûls, mais soûls comme des Polonais » suite à une défaite subie
contre l'armée polonaise après que ses soldats aient moins bien résisté
à l’alcool avant une bataille que leurs adversaires polonais, les
Tchèques, eux, disent, sans trop bien savoir d'ailleurs l'origine de cet
idiome, « být opilý jako Dán », c'est-à-dire « être soûl comme un
Danois ».
C'est sur cette note d'ivresse que prend fin ce « Tchèque du bout de la
langue ». En attendant de nous retrouver dès la semaine prochaine, frais
comme des gardons, portez-vous du mieux possible - mějte se co nejlíp !,
et n'oubliez pas d'avoir, de porter le soleil dans votre cœur et votre
tête - slunce v duši. Salut et à bientôt - zatím ahoj !





