Tennis : Kvitová défaite en finale d’un Masters à l’image de sa saison

Petra Kvitová a disputé la deuxième finale du Masters de sa carrière, dimanche, à Singapour. Mais quatre ans après son premier succès dans le tournoi réunissant les huit meilleures joueuses de la saison, la Tchèque, dominée par la Polonaise Agnieszka Radwanska en trois sets (2-6, 6-4, 3-6), n’a pas ajouté un deuxième titre à son palmarès.

Petra Kvitová et Agnieszka Radwanska, photo: ČTKPetra Kvitová et Agnieszka Radwanska, photo: ČTK En l’absence de Serena Williams, triple tenante du titre qui a de nouveau régné en maîtresse absolue sur le circuit féminin tout au long de la saison, cette édition 2015 du Masters était annoncée particulièrement indécise et plus ouverte que jamais. Presque paradoxalement, aucune d’entre elles ne s’étant illustrée par la régularité de ses performances ces derniers mois, chacune des huit participantes pouvait prétendre succéder à l’Américaine au palmarès avant le début, lundi dernier, du dernier grand rendez-vous individuel de la saison. Le déroulement pour le moins improbable du tournoi a confirmé ces prédictions.

Pour la première fois de l’histoire du Masters, ce sont deux joueuses ayant essuyé plus de défaites que remporté de victoires lors de leurs matchs de groupe qui se sont retrouvées en finale. Dominées respectivement par l’Allemande Angelique Kerber et l’Espagnole Garbine Muguruza pour la première, et par la Russe Maria Sharapova et l’Italienne Flavia Pennetta pour la seconde, Petra Kvitová et Agnieszka Radwanska ne sont parvenues en demi-finales que grâce à un heureux concours de circonstances.

Ainsi, battue par Garbine Muguruza en trois sets (4-6, 6-4, 5-7) vendredi dans un troisième et dernier match de groupe qu’elle était pourtant censée gagner pour accéder au dernier carré, Petra Kvitová a dû sa qualification quasi miraculeuse à la victoire en deux sets (6-4, 6-3) de sa compatriote Lucie Šafářová aux dépens d’Angelique Kerber quelques instants plus tard. Et si Šafářová, qui n’avait alors plus aucun espoir de qualification, n’avait pas pour première motivation d’aider sa coéquipière en Fed Cup au moment d’entrer sur le court, elle reconnaissait néanmoins que le fait d’avoir permis à Kvitová d’aller plus loin dans la compétition ne la laissait pas indifférente :

Lucie Šafářová, photo: ČTKLucie Šafářová, photo: ČTK « De ne pas avoir de bons résultats depuis mon retour à la compétition me rendait très triste. Après ma maladie, j’ai fait le maximum que ce soit sur ou en dehors du court pour retrouver mon meilleur niveau, mais cela n’aboutissait à rien. Je voulais donc finir sur une note positive, surtout que c’était la première fois que je participais au Masters. C’est un très beau tournoi et je voulais gagner ne serait-ce qu’un match. Que ma victoire ait en même temps qualifié Petra et qu’une Tchèque participe ainsi aux demi-finales, c’est la cerise sur le gâteau. Bien sûr que cela me fait plaisir. Nous nous sommes vues dans les vestiaires après le match et Petra m’a promis de me payer une bière après la finale de la Fed Cup. »

En finale de cette Fed Cup, les 14 et 15 novembre à Prague, les Tchèques, avec bien entendu Petra Kvitová et Lucie Šafářová pour principaux atouts, recevront la Russie de Maria Sharapova ; une Sharapova vainqueur, elle, de ses trois matchs de groupe au Masters et qui partait donc favorite de la demi-finale contre Kvitová samedi. Malheureusement pour la Russe, la Tchèque, fidèle à sa réputation de joueuse capable du meilleur comme du pire, a sorti une prestation presque parfaite pour s’imposer à ses dépens en deux sets (6-3, 7-6). Une prestation à laquelle pas même Kvitová, peut-être plus irrégulière encore cette saison que jamais dans sa carrière, ne semblait s’attendre :

Maria Sharapova, photo: ČTKMaria Sharapova, photo: ČTK « C’est un sentiment très étrange. A vrai dire, je ne sais pas trop quoi penser. Hier encore (vendredi), après ma défaite contre Muguruza, je pensais quitter le tournoi, et vingt-quatre heures plus tard, me voilà qualifiée pour la finale après avoir fait un super match en demi-finale. Cela n’a pas été facile, notamment dans le deuxième set, où j’ai recollé au score après avoir été menée cinq jeux à un. Mais cette victoire est la confirmation que tout est toujours possible même contre une joueuse du calibre de Maria. »

Ce niveau de performance, Petra Kvitová n’a pas été en mesure de le reproduire dimanche contre Agnieszka Radwanska. Face à la Polonaise, dont l’essentiel des succès reposent sur l’excellence de son jeu défensif, la Tchèque, de nouveau très inconstante, a commis trop de fautes directes (53 contre seulement 5 pour son adversaire) et de doubles fautes (8) pour espérer mieux qu’une défaite en trois sets (2-6, 6-4, 3-6). Et même si elle a mené deux jeux à zéro au début de la troisième manche et semblait alors en bonne voie pour s’imposer, c’est sans trop de regrets, à l’entendre à la sortie du court, que Kvitová a vu s’échapper le quatrième grand titre de sa carrière après donc le Masters en 2011 et Wimbledon en 2011 et 2014 :

« Je n’ai pas à rougir de ma performance aujourd’hui, cela a été un bon match. Agnieszka a été meilleure que moi sur la fin et je dois l’accepter. Malgré la défaite, je pense que je termine ma saison individuelle sur une bonne note. »

Petra Kvitová, photo: ČTKPetra Kvitová, photo: ČTK Si se qualifier pour le Masters pour la cinquième saison consécutive et y accéder à la finale ne peut assurément pas être considéré comme une contre-performance, cela n’enlève rien au fait qu’à Singapour cette année, Petra Kvitová a présenté au bout du compte un bilan négatif de trois défaites pour seulement deux victoires…

« Je reconnais que cela a été un tournoi bizarre. Déjà après ma demi-finale victorieuse, je m’étais demandé ce qui m’arrivait. Arriver en finale en ne gagnant qu’un match de groupe est un sentiment très étrange. Je dirais que le déroulement de ce tournoi a été conforme à l’ensemble de ma saison. Lorsque j’ai gagné le Masters en 2011, cela avait été très différent, car j’avais gagné tous mes matchs de groupe. J’étais donc dans un autre état d’esprit. Cette année, tout a été plus compliqué avec ma mononucléose. J’étais déjà contente de m’être qualifiée malgré tout pour le Masters et cette défaite en finale n’enlève rien à ma relative satisfaction. »

Et si la République tchèque pouvait conserver son titre en Fed Cup devant ses supporters dans quinze jours, nul doute que ce sentiment de satisfaction serait un peu plus encore que relatif.