Le sport en Tchéquie JO : une quinzaine dorée pour le sport tchèque à Londres
Après une première semaine de compétition mi-figue, mi-raisin, la seconde moitié des Jeux olympiques de Londres a été bien plus riche en émotions pour la République tchèque. Avec quatre champions et six autres médailles, les Tchèques ont quitté la capitale britannique avec le sentiment d’avoir vécu les Jeux les plus réussis en termes de résultats, et pas seulement, depuis bien longtemps.
Photo: CTK
Comme de tradition, les Jeux de Londres se sont clôturés, dimanche, sur
une cérémonie et un feu d’artifice haut en couleurs. Pour les
Tchèques, ces XXXes Jeux d’été se sont également achevés de la plus
belle des manières. Après la rameuse Miroslava Knapková sacrée en
skiff, et la lanceuse de javelot Barbora Špotáková, qui a conservé son
titre de Pékin, David Svoboda en pentathlon moderne, samedi, puis enfin
Jaroslav Kulhavý en VTT, dimanche, ont en effet remporté deux autres
médailles d’or. Avec un total de dix breloques, dont quatre d’or
donc,
qui lui permet de terminer à une très honorable 19e place au classement
par pays, la République tchèque a vécu à Londres les deuxièmes Jeux
les plus prolifiques de son histoire.
VTT : Kulhavý de retour au sommet
Jaroslav Kulhavý, photo: CTK
La dernière médaille tchèque, la plus belle, est donc revenue à
Jaroslav Kulhavý, de retour au sommet le jour J, au moment le plus
opportun et important. Meilleur vététiste mondial la saison dernière,
au
cours de laquelle il avait tout raflé, depuis le titre de champion du
monde jusqu’à celui de champion d’Europe en passant par le classement
général de la Coupe du monde, le Tchèque n’avait jusqu’alors pas
encore gagné la moindre course en 2012… Malgré quelques podiums en
Coupe du monde, Jaroslav Kulhavý ne faisait donc plus figure, avant le
départ de la course olympique, du grand favori qu’il aurait été si
les
Jeux s’étaient tenus en 2011, lorsqu’il était imbattable ou presque.
Finalement, le Tchèque a retrouvé le goût du succès à Londres pour ce
qui restera probablement la victoire la plus marquante de sa carrière.
Une
victoire d’autant plus belle qu’elle a été
obtenue au terme d’un duel intense et acharné avec un de ses plus
grands
rivaux, le Suisse Nino Schurter. Et pour Jaroslav Kulhavý, aussi
savoureux
soit-il, ce sacre avait aussi comme un petit goût de revanche :
Jaroslav Kulhavý, photo: CTK
« Je sais que tout le monde m’avait enterré et que beaucoup ne
donnaient pas cher de ma peau. Mais les gens autour de moi ont continué
à
me faire confiance. C’est ce qui a fait ma force. J’ai quand même une
certaine expérience et je savais ce que je faisais. C’est pourquoi
cette
victoire est d’autant plus formidable ! »
Détaché dès le premier tour de la course en compagnie de l’Italien Marco Fontana et de Nino Schurter, Jaroslav Kulhavý est allé chercher sa médaille d’or dans les dernières centaines de mètres du parcours. Après avoir d’abord lâché Fontana dans la plus longue montée, il a ensuite dépassé Schurter pour finalement devancer le Suisse avec un vélo d’écart sur la ligne d’arrivée :
Jaroslav Kulhavý et Nino Schurter, photo: CTK
« C’était vraiment une course difficile. La décision s’est
faite
dans les montées, ce que je n’aime pas trop. J’aurais préféré une
course de costauds, que la victoire se joue sur tout le circuit pour
qu’il y ait des écarts plus importants. Ici, il y avait des passages
où
j’avais l’impression d’être en promenade, mais s’ensuivaient
après trois montées où je devais m’accrocher pour ne pas être
lâché. J’avais un peu peur de ces passages, car ce n’est pas un
style
de course qui me convient. »
Jaroslav Kulhavý, photo: CTK
Dans l’ultime montée décisive, Jaroslav Kulhavý a toutefois pu
compter sur un soutien de choix, celui de l’ancienne multiple championne
olympique de gymnastique, Věra Čáslavská. Peu avant le départ, une
des
plus célèbres sportives tchèques de l’histoire a envoyé un SMS au
spécialiste de cross-country dont elle a confié le contenu :
« Cher Jaroslav, bonjour. On a coutume de dire que le meilleur est pour la fin. Aujourd’hui, bien que vous vous appeliez Jaroslav et que votre prénom signifie ‘célébrer le printemps’, ce n’est pas le printemps que vous allez célébrer, mais une victoire olympique. Je le sais parce que je suis une magicienne et parce que je me trouverai dans la dernière montée avant l’arrivée pour vous transmettre de l’énergie positive, comme je vous l’ai promis quand nous nous sommes vus il y a un mois. Bon vent, donc, et soyez fort ! Věra. »
Pentathlon moderne : sacré, David Svoboda efface la déception de Pékin
David Svoboda, photo: CTK
Fort comme Věra Čáslavská, qui a récemment fêté ses 70 ans et
renaît à la vie après une longue traversée du désert, et comme
Jaroslav Kulhavý, nouveau champion olympique donc de VTT, David Svoboda
l’avait lui aussi été un jour plus tôt en remportant le pentathlon
moderne (épreuve constituée de cinq disciplines que sont l’escrime, la
natation, l’équitation, le tir au pistolet et le cross-country). En
tête dès le matin et la première discipline, l’escrime, avec 26
victoires pour seulement 9 défaites, le Tchèque, deuxième néanmoins
après la natation, l’est resté jusqu’au soir et la dernière
épreuve, le combiné course-tir, pour finalement distancer Zhongrong Cao
dans le dernier kilomètre et s’imposer avec un total de 5 928 points,
nouveau record olympique, contre 5 904 pour son dauphin chinois. Enfin sur
la plus haute marche du podium, David Svoboda efface ainsi sa déception
des Jeux de Pékin, où il avait dû abandonner une médaille d’or qui
lui semblait promise dans l’épreuve d’équitation, victime d’un
cheval refusant d’obéir à ses ordres :
David Svoboda, photo: CTK
« Si j’avais fini le concours d’obstacles à Pékin, de quelque
manière que ce soit, la médaille d’or me serait certainement revenue,
car j’étais bien meilleur que les autres en course, la dernière
épreuve. Paradoxalement, l’expérience d’il y a quatre ans m’a
beaucoup aidé. Je n’ai pas pensé au fait que j’étais aux Jeux
olympiques. Je savais déjà ce que c’était de lutter pour une
médaille
et finalement de terminer déçu. J’étais plus libéré ici et tout
s’est bien passé. »
Athlétisme : pas de doublé tchèque au javelot
Vítězslav Veselý, photo: CTK
Celui pour qui cela s’est moins bien passé en revanche samedi est
Vítězslav Veselý en athlétisme. Après le deuxième sacre de Barbora
Špotáková jeudi soir, nombreux étaient ceux à espérer que les deux
champions olympiques du lancer du javelot, tant chez les femmes que chez
les hommes, seraient tchèques. Las, bien que favori et vainqueur des
qualifications avec la meilleure performance mondiale de la saison,
Vítězslav Veselý, comme Špotáková lui aussi entraîné par Jan
Železný, a dû se contenter de la quatrième place à l’issue de la
finale remportée par le surprenant Trinidadien Kershorn Walcott avec
84,58
mètres. Auteur, lui, de 83,34 m, le Tchèque restera à quelques
centimètres seulement du Finlandais Antti Ruuskanen, médaillé de bronze
avec 84,12 m. S’il avait réussi le même lancer que lors des
qualifications, Vítězslav Veselý aurait pourtant remporté la finale
olympique
avec quatre mètres d’avance… Autant dire qu’il était très déçu
à la sortie de la piste :
Vítězslav Veselý, photo: CTK
« Quatrième, ce n’est pas mal. Mais qu’en dire de plus ?
Peut-être
aurais-je signé pour une quatrième place il y a un an de cela, mais vu
mes résultats depuis le début de cette saison, je ne peux pas m’en
satisfaire. Quand je vois les lancers des trois premiers, je suis encore
plus déçu. Mais c’est le javelot. Il faut avoir le bon timing le jour
J. Je persiste à penser que je suis en forme, mais je n’étais tout
simplement pas dans un bon jour. Je n’ai jamais eu de bonnes sensations.
Même à l’échauffement, ce n’était pas ça. Et le concours n’en a
été que la confirmation. »
Un bilan qui cache mal une triste réalité
Photo: CTK
Si Vítězslav Veselý n’a pas constitué la seule déception tchèque
de
la quinzaine olympique, c’est néanmoins bien entendu un fort sentiment
de satisfaction qui prévaut dans le camp tchèque au retour de Londres.
Avec quatre champions olympiques dans quatre sports différents et six
autres podiums (trois médailles d’argent et trois de bronze), la
République tchèque présente son meilleur bilan depuis la partition de
la
Tchécoslovaquie en 1993 et les Jeux d’Atlanta en 1996. A l’époque,
les Tchèques avaient remporté une médaille de plus mais possédaient un
champion olympique de moins.
Surtout, le tableau d’ensemble de Londres est plus reluisant que celui des six médailles, dont une seule d’or (Špotáková au javelot), de Pékin en 2008. Au classement des nations, la République tchèque, dont 133 sportifs s’étaient qualifiés pour Londres avec une seule équipe de sport collectif (basket féminin), termine même à la 19e place. Pas si mal pour un pays qui, selon les statistiques menées à Bruxelles, est le troisième de l’Union européenne à consacrer le moins d’argent au financement du sport. Reste à savoir si cette inquiétante réalité ne sera pas source de déceptions et de regrets plus importants lors de prochains JO, et ce peut-être dès 2016 à Rio…






