Athlétisme – Mondiaux en salle : pour Pavel Maslák, de l’or au goût de bronze

Une médaille d’or et une autre de bronze : tel est le bilan tchèque aux championnats du monde en salle d’athlétisme qui se sont achevés dimanche à Birmingham. Comme Renaud Lavillenie au saut à la perche, Pavel Maslák a été sacré champion du monde du 400 mètres pour la troisième fois de sa carrière… grâce à une victoire qui n’en est cependant pas tout à fait une. Explications.

Luguelin Santos, Pavel Maslák et Oscar Husillos, photo: ČTKLuguelin Santos, Pavel Maslák et Oscar Husillos, photo: ČTK Le commentateur de la Télévision tchèque s’est bien entendu enflammé comme il se doit. Certes, Pavel Maslák venait d’être devancé, assez nettement, par l’Espagnol Oscar Husillos, vainqueur grâce à un nouveau record d’Europe en 44’’92, et le Dominicain Luguelin Santos. Certes, le sprinteur tchèque venait d’abandonner son titre de double champion du monde en salle. Mais une médaille de bronze peut aussi valoir son pesant d’or, surtout lorsqu’il ne s’agit « que » de la deuxième médaille pour un petit pays dans une grande compétition tels que les Mondiaux.

Finalement, le destin, le hasard, la chance, l’injustice aussi peut-être – c’est au choix – a voulu qu’il en soit autrement : profitant de la disqualification une heure après l’arrivée de la finale pour franchissement de ligne des deux adversaires qui l’avait devancé, Pavel Maslák a bien conservé sa couronne de champion du monde. Mais comme il le reconnaissait lui-même après-coup, cette médaille d’or avait un goût de bronze :

« Je dirais, si vous me permettez, que j’ai eu le cul bordé de nouilles. En séries déjà, le grand favori avait été disqualifié, et là, en finale c’est au tour des deux athlètes qui avaient fini devant moi. C’est donc un incroyable coup de bol et c’est plus comme ça que je me souviendrai de ces Mondiaux. A vrai dire, je ne sais pas trop quoi penser de cette médaille d’or, car je n’ai pas gagné et ceux qui m’ont devancé étaient meilleurs que moi. Ils ont été disqualifiés pour quelque chose qui, je pense, ne les a avantagés. Moi, j’étais déjà content de décrocher une médaille. Alors oui, c’est finalement une médaille d’or, mais elle n’a pas la même saveur que les deux précédentes. »

Avant la finale déjà, ces Mondiaux avaient été le théâtre d’une situation ubuesque lorsque les cinq concurrents au départ de l’une des séries du 400 mètres avaient été disqualifiés, soit pour faux-départ, soit pour avoir mordu leur ligne de couloir. Et parmi eux figurait le Grenadien Bralon Taplin, détenteur de la meilleure performance mondiale de l'année sur la distance (44’’88)… C’est donc très sportivement, mais aussi très logiquement, que le champion du monde Pavel Maslák a reconnu la supériorité de ses adversaires, conscient de ses limites du moment :

Pavel Maslák, photo: ČTKPavel Maslák, photo: ČTK « J’ai été mêlé à une petite bousculade, ce qui m’a quelque peu freiné et peut-être empêché de réaliser un meilleur temps qui m’aurait permis de me rapprocher de ma meilleure performance personnelle. Finalement, un concours de circonstances fait que mon temps en finale a été suffisant. »

Une meilleure performance personnelle de la saison en 45’’47 suffisante pour que Pavel Maslák, spécialiste des compétitions indoor, étoffe un peu plus encore un palmarès dont peu d’autres athlètes tchèques peuvent se targuer. A 27 ans, l’athlète du Dukla Prague affiche – quand même ! - trois titres de champion du monde et trois autres de champion d’Europe en salle du 400 mètres, mais aussi un sacre continental sur la même distance en plein air, qui remonte aux championnats d’Helsinki en 2012.

Au poids, du bronze au goût de bronze pour Tomáš Staněk

Tomáš Staněk, photo: ČTKTomáš Staněk, photo: ČTK Paradoxalement, c’est donc peut-être une « autre » médaille de bronze dérochée lors de ces Mondiaux qui a produit la plus grande satisfaction dans le camp tchèque, alors que vingt-deux athlètes au total étaient en piste en Angleterre. Et ce même si c’est là sans doute davantage une médaille d’or que de bronze qui était espérée.

Avec un jet à 21,44 mètres, Tomáš Staněk a terminé troisième d’un concours du lancer du poids remporté par le Néo-Zélandais Tomas Walsh avec 22,31 mètres. Le Tchèque, pourtant détenteur de la meilleure performance mondiale de l’année avant Birmingham (22,17 m), a même été devancé pour la médaille d’argent par l'Allemand David Storl, dont le jet le plus long a certes été identique à celui de Staněk (21,44 m) mais qui a réussi un meilleur deuxième essai que ce dernier. Favori avant le concours, le gaillard tchèque ne faisait cependant pas la fine bouche et ne crachait pas sur ce podium :

Tomáš Staněk, photo: ČTKTomáš Staněk, photo: ČTK « Bien sûr, tout le monde sait que j’ai les moyens de faire mieux. C’est toujours frustrant de ne pas pouvoir donner le meilleur de soi-même dans un grand rendez-vous, en même temps je ne suis pas non plus complétement déçu de ma performance. Je n’avais encore jamais lancé aussi loin dans un grand championnat. J’ai été malade avant ces Mondiaux et j’étais handicapé par une douleur au dos qui m’a gêné dans mes rotations et m’a limité dans mes lancers. Je me contente donc de cette médaille de bronze qui compense un peu la déception de ma quatrième place aux Mondiaux en plein air à Londres la saison dernière. »

Au bout du compte, Tomáš Staněk a donc décroché la deuxième médaille individuelle de sa carrière dans un grand championnat après l’argent continental en salle déjà la saison dernière à Belgrade. Et qui sait si, la prochaine fois, à Nankin en 2020, cette médaille de bronze n’aura pas elle aussi le goût de l’or.