Les Tchèques installés en France après 1989 : courageux, sympathiques, mais méfiants

Journaliste et blogueuse tchèque en France, Magdalena Rejžková a récemment publié un guide alternatif sur Marseille, ville où elle vit depuis trois ans. Elle écrit actuellement son second livre, à paraître en 2019. Il est basé sur les témoignages de ses compatriotes venus s’installer en France après la chute du régime communiste. Nous avons invité Magdalena Rejžková au micro pour en savoir plus sur le parcours des personnes qu’elle a rencontrées. Le côté musical de cette émission est assuré par le groupe franco-marocain MaClick, dont un des membres, Marek, fait partie de ces Tchèques en France qui se confient dans le livre.

Magdalena Rejžková, photo: Archvives de Magdalena RejžkováMagdalena Rejžková, photo: Archvives de Magdalena Rejžková « Sur mon blog, je travaille déjà sur ce projet. Je rends visite aux Tchèques qui habitent en France. J’ai commencé autour de Marseille : je suis allée à Toulouse, à Lyon, à Montpellier… Je ne présente pas les histoires de ces Tchèques sur Internet puisqu’elles seront dans mon livre, mais je présente les villes où ils habitent. C’est aussi une sorte de guide. »

Sur votre blog, vous avez fait un petit reportage à Toulouse où vous avez rendu visite à une danseuse tchèque…

 « Je me concentre sur les Tchèques qui sont venus en France après 1989. Je veux savoir ce que ces Tchèques font en France et pourquoi ils y sont, mais aussi comment ils perçoivent les différences culturelles, si c’était difficile pour eux de trouver du travail… L’objectif est de choisir différents métiers pour avoir un spectre de profils assez large. J’ai déjà recueilli les témoignages d’une danseuse, d’un un musicien, mais aussi d’un cuisinier, d’un joueur de hockey sur glace à Marseille ou encore d’un légionnaire. Tout cela nous permet de voir les différents aspects de la vie en France. »

Qu’est-ce que ces gens-là sont venus faire en France ? C’était plutôt pour développer leur carrière professionnelle ou pour d’autres raisons ?

 « C’est assez intéressant, parce que les gens qui sont venus pour le travail ne constituent qu’une partie des Tchèques installés en France. Personnellement, j’ai rencontré beaucoup de gens qui se sont retrouvés en France un peu par hasard parce qu’ils voulaient juste apprendre le français, mais ils ont rencontré quelqu’un, et même s’ils se sont séparés ils ont choisi de rester. Les récits sont intéressants, parfois ces gens prennent des chemins très particuliers. Récemment, une dame m’a contactée : elle avait vendu sa voiture en République tchèque pour pouvoir s’installer en France. J’ai entendu beaucoup d’histoires d’amour, ou encore des histoires des personnes qui voulaient vivre une nouvelle expérience. Il y a aussi une partie de ces Tchèques qui ont fait des études en France grâce aux programmes d’échange avec les lycées de Nîmes et de Dijon et qui ont choisi de rester et de travailler dans le pays. Certains ont fait des études supérieures, d’autres ont commencé au bas de l’échelle en faisant la plonge dans des bars par exemple, et ont fini par ouvrir leur propre restaurant. J’espère que ces histoires pourront aussi être intéressantes pour tous ceux qui vivent à l’étranger, pour leur donner de la motivation et de l’inspiration s’ils ne se sentent pas bien. »

Vous voulez leur donner du courage…

Photo: Archvives de Magdalena RejžkováPhoto: Archvives de Magdalena Rejžková « Oui, je veux leur montrer que tout est possible quand on en a la volonté, mais que ça prend juste du temps. Tous ceux qui vivent à l’étranger ont des moments difficiles parfois, notamment quand ils voient qu’ils ont toujours un accent, ou qu’il existe toujours des préjugés sur la République tchèque comme faisant partie de l’Europe de l’Est. »

Les Tchèques que vous avez rencontrés ressentent-ils toujours ces préjugés ?

 « Je pense que c’est un peu la même expérience pour tout le monde, mais que chacun le vit à sa manière. Certaines personnes pensent que notre pays est toujours la Tchécoslovaquie, ou le confondent avec la Tchétchénie. Ils ne savent pas d’où on vient, parfois ils nous posent des questions bêtes comme si nous avons de l’eau chaude ou Internet… Mais je pense que la plupart des Tchèques préfèrent en rire. »

Les Tchèques que vous avez rencontrés ont-ils des traits communs ?

 « D’abord les personnes que j’ai rencontrées étaient toutes très sympathiques. Je trouve qu’elles ont aussi toutes beaucoup de courage. En République tchèque beaucoup pensent qu’il est facile de vivre en France. Les Tchèques ont une image de la France comme le pays du vin et de la culture, ce qui est vrai, mais on vit quand même des moments difficiles quand on est dans un pays étranger. Mes interlocuteurs ont dû prendre des décisions difficiles, mais ils sont contents et ils arrivent à distinguer ce qui est le plus important dans la vie. Ils aiment tous la vie, découvrir des choses : ils sont assez ouverts. »

Comment vous trouvez ces Tchèques ? Est-ce à travers vos amis ?

Photo: Archvives de Magdalena RejžkováPhoto: Archvives de Magdalena Rejžková « J’en ai trouvé certains grâce à des amis, mais j’ai aussi utilisé les réseaux sociaux, notamment des groupes de Tchèques en France. Certains sont venus d’eux-mêmes vers moi. Maintenant qu’on a lancé le projet, il se développe un peu tout seul. J’ai recueilli beaucoup d’histoires, mais s’il y a des Tchèques qui vivent en France qui aimeraient partager leur expérience, je suis partante. »

Donc s’ils écoutent cette émission ils peuvent vous contacter ?

 « Bien sûr, avec plaisir ! »

Est-ce qu’il a été facile de convaincre ces Tchèques qui vivent en France de faire ces interviews avec vous ? Etaient-ils contents de rencontrer une Tchèque qui s’intéresse à la vie d’autres Tchèques en France ?

 « En général, les Tchèques sont toujours un peu méfiants au début. Mais une fois que je leur explique, ils sont assez ouverts. Je trouve que les Tchèques en France (et à l’étranger en général) ne se réunissent pas beaucoup, ils ne recherchent pas leurs compatriotes. S’ils sont finalement contents de se retrouver entre Tchèques, ils n’ont pas ce besoin de se réunir, comme je le vois par exemple chez mes amis italiens à Marseille. »

Est-ce qu’il y a une histoire particulière, un destin de Tchèque en France qui vous a particulièrement touchée ?

Magdalena Rejžková, photo: Magdalena HrozínkováMagdalena Rejžková, photo: Magdalena Hrozínková « Toutes les histoires m’ont touchée. Dans chacune d’entre elles il y avait quelque chose de très fort. Il y a bien une histoire assez drôle qui m’a marquée. J’ai rencontré un couple tchèque qui habite dans les Alpes en Haute-Savoie, ils ne sont pas arrivés en même temps donc il y a aussi toute l’histoire de leur rencontre. Mais le parcours de l’homme est assez surprenant. C’est quelqu’un de très aventurier qui a vécu partout dans le monde, et un jour il a décidé qu’il allait apprendre le français. Il a donc pris une carte et il a pointé un endroit au hasard. Comme il aime beaucoup le ski et le snowboard il s’est dit ‘il y a des montagnes autour donc j’y vais !’ Il a pris sa voiture, son vélo et il est parti. Il a habité dans sa voiture pendant les quinze premiers jours et descendait tous les jours en ville avec son vélo pour chercher du travail. C’est lui qui a commencé par faire la plonge, puis il a enseigné l’anglais… »

Et qu’est-ce qu’il fait maintenant ?

 « Son objectif est de faire du ski et du vélo la plupart du temps (rires). Il habite avec sa copine dans une très jolie maison dans les Alpes et il travaille dans un foyer pour enfants. »