Le scientifique Jiří Drahoš, le plus fort des candidats « anti-Zeman »

Président de l’Académie tchèque des Sciences jusqu’en mars 2017, Jiří Drahoš est une personnalité respectée dans les milieux scientifique, intellectuel et politique. Cet éminent spécialiste en physique-chimie se veut être un chef de l’Etat honnête et intègre, un président qui unit et cultive la société tchèque. Une manière de se démarquer de son adversaire Miloš Zeman qu’il affrontera au second tour de l’élection présidentielle.

Jiří Drahoš, photo: ČTKJiří Drahoš, photo: ČTK A 68 ans, Jiří Drahoš est un novice en politique. Originaire de Jablunkov, une petite commune située en Silésie, près de la frontière tchéco-slovaco-polonaise, il reste fortement attaché à la région de son enfance. C’est à Jablunkov que le professeur annonce, en mars 2017, sa candidature présidentielle, surpris par le sursaut d’intérêt médiatique qui s’en suit.

Les commentateurs tchèques sont unanimes : sa décision de se lancer dans la course à la présidence a été le fruit d’une mûre réflexion, d’une stratégie bien pensée. Car Jiří Drahoš s’est distingué, pendant toute sa vie, par une certaine détermination, une persévérance voire même une opiniâtreté dans la réalisation de ses objectifs personnels.

Chimiste-physicien reconnu, il réalise ses ambitions dans le domaine de la recherche scientifique sans pour autant jamais adhérer au Parti communiste, comme cela était de rigueur sous l’ancien régime. Titulaire, avec ses collègues tchèques et étrangers, d’une vingtaine de brevets, Jiří Drahoš a d’abord dirigé l’Institut des procédés chimiques de l’Académie des Sciences, pour ensuite en prendre les rênes, en 2009. Au total, le potentiel futur président tchèque aura passé quarante-trois ans au sein de la plus importante et la plus prestigieuse institution scientifique du pays qui a acquis, sous sa direction, une belle renommée internationale.

Plusieurs personnalités du monde des sciences se rangent d’ailleurs parmi les collaborateurs les plus proches de Jiří Drahoš. S’il accédait au Château de Prague, il serait entouré de l’astrophysicien Jiří Grygar, de la physicienne et présidente du Bureau d’Etat pour la sécurité nucléaire Dana Drábová ou encore de l’égyptologue Miroslav Bárta. Critiqué par certains pour son manque d’expérience en politique, Jiří Drahoš ne laisse toutefois rien au hasard : il se fait conseiller, entre autres, par un diplomate chevronné, à savoir Petr Kolář, l’ancien ambassadeur tchèque aux Etats-Unis.

Européen convaincu, Jiří Drahoš ne veut en aucun cas remettre en cause la présence de la Tchéquie dans les structures européennes et au sein de l’OTAN. S’il s’oppose à ce qu’on lui colle l’étiquette de candidat « anti-Zeman », le scientifique prend toutefois ses distances par rapport à l’orientation pro-russe et pro-chinoise du président sortant.

« Je m’orienterai vers d’autres territoires que Miloš Zeman. Par exemple vers l’Afrique, mais surtout vers l’Amérique latine. J’ai beaucoup d’amis au Brésil, en Argentine et au Chili et ils m’ont demandé à plusieurs reprises pourquoi est-ce que le président tchèque négligeait leurs pays ces quatre dernières années. Etant donné que la Russie ne représente que 2% des exportations tchèques vers l’étranger, et la Chine encore moins, je n’accorderai pas une attention particulière à nos relations commerciales avec ces deux pays. »

Si Jiří Drahoš cherche à se démarquer de son adversaire Miloš Zeman, ce n’est pas uniquement en matière de politique étrangère. Il se présente comme candidat indépendant de tout parti (bien qu’il soit soutenu, au cours de sa campagne, par les chrétiens-démocrates), comme un potentiel leader capable de combattre le populisme et l’extrémisme, dont la montée dans le pays suscite son inquiétude. Mais surtout, Jiří Drahoš se profile comme un homme cultivé et honnête, qualités qui font défaut, à ses yeux, au sein de la société tchèque. « Il ne faut pas confondre politesse et faiblesse », affirme cet homme calme et raisonnable pour certains, ennuyeux et rigide pour d’autres.

Pour ses anciens collègues et collaborateurs, Jiří Drahoš dispose d’une faculté naturelle à inspirer le respect, ainsi que de qualités de négociateur pragmatique et habile. Le scientifique dit lui-même à ce propos :

« Si j’étais président, j’aurais une relation correcte et professionnelle avec n’importe quel Premier ministre. En tant que président de l’Académie des Sciences, j’ai eu affaire à beaucoup de chefs de gouvernement. Je négociais avec eux le budget pour la science, nous avions parfois des débats très mouvementés et des relations très tendues. Je ne me suis jamais laissé faire. Je suis persuadé que je saurais relever ce même défi en tant que président de la République. »

« La force tranquille » (Klidná síla) : cet ancien slogan électoral des chrétiens-démocrates tchèques d’inspiration mitterrandienne sied bien à Jiří Drahoš, chanteur occasionnel, amateur du théâtre pragois Jára Cimrman et jardinier passionné. Reste à savoir si cette force est suffisamment « costaude » face au matador de la politique tchèque, Miloš Zeman, pour le second tour de cette élection présidentielle...