Le 28 septembre, la République tchèque fête le jour de la Saint-Venceslas

Une émission spéciale à l'occasion de la fête nationale du 28 septembre, jour de la Saint-Venceslas. Une fête qui se réfère à cette figure emblématique de notre histoire devenue à cause de son martyre le patron des Tchèques auprès duquel la nation cherche un réconfort dans ses moments les plus difficiles. Neuvième prince de la dynastie des Premyslides, Venceslas a été assassiné le 28 septembre 929 ou 935, on ne le sait pas exactement, à Stara Boleslav, à l'instigation de son frère aîné Boleslav 1er, auquel le fratricide a ouvert la voie vers la prise du pouvoir. Il n'empêche que le règne spirituel de Venceslas s'éternise dans le pays et dure depuis plus d'un millénaire. La tradition du pèlerinage national a été renouvelée, il y a cinq ans, à Stara Boleslav : la procession de pèlerins se dirige de la basilique Saint-Venceslas érigée à l'endroit même où Venceslas était assassiné, et une messe y est célébrée par le cardinal Miloslav Vlk.

La basilique Saint-VenceslasLa basilique Saint-Venceslas Nous nous sommes rendus à Stara Boleslav la veille de la fête pour parler de cette histoire vieille de plus de 1070 ans avec Nina Novakova, prof du lycée et guide dans la basilique Saint-Venceslas :

« Le visiteur qui entre à l'intérieur de la basilique trouvera dans la neuf nord le lieu authentique de l'assassinat de Venceslas. Il est marqué par un groupe sculpté de Mathias Bernard Braun représentant l'une des variantes de l'assassinat : Venceslas qui cherche à sauver la vie par la fuite dans l'église et qui, en tombant par terre, essaie de saisir l'anneau de fer attaché à la porte de l'église. Cet anneau que Venceslas a touché de sa main se trouve aujourd'hui à la porte de la chapelle Saint-Venceslas, au château de Prague. »

Au début du IXe siècle, Stara Boleslav était un lieu fortifié édifié par le premier de la dynastie des Premyslides, Borivoj, grand-père de Venceslas, en tant que centre du nouvel Etat naissant. Ceci explique la présence de Venceslas à Stara Boleslav. Il y était invité par son frère, soit pour un baptême, soit pour célébrer la fête de Cosme et Damien qui tombait sur le 27 septembre. Quelles étaient les circonstances politiques de l'assassinant de Venceslas ? On écoute Nina Novakova :

VenceslasVenceslas « Venceslas avait une vision claire du nouvel Etat tchèque. Lorsqu'il accède au trône, le pays est menacé, au sud-est, par les Magyars et, à l'ouest, par les Bavarois et les Saxons. Un rôle clé dans ces conflits est joué par Henri 1er l'Oiseleur qui renforce son pouvoir en Saxe et menace d'envahir la Bohême. Et c'est alors que Venceslas se montre comme un souverain éclairé. Pour que l'Etat des Premyslides puisse avoir sa place sur la carte de l'Europe centrale, il conclut avec Henri 1er un pacte de non-agression. Un acte incompris au Moyen âge où les conflits se solutionnent par les guerres. Venceslas se créé beaucoup d'ennemis, y compris son frère. Ses liens amicaux avec Henri l'Oiseleur vont marquer l'histoire tchèque encore par un autre fait: Venceslas reçoit en cadeau la relique de saint Guy, pour l'église qu'il fera construire à Prague et qui sera consacré à saint Guy. »

La première préoccupation de Venceslas était de créer un évêché à Prague, afin d'assurer l'indépendance du nouvel Etat tchèque des évêchés à Regensbourg, à Magdebourg et à Gniezno. C'est donc dans ce sens que Venceslas a voulu mener sa politique extérieure, une conception bien différente de celle de sa mère, Drahomira qui a régné après la mort du père de Venceslas. Et c'est ce conflit intérieur, entre la clairvoyance de Venceslas et le désir de seigneurs tchèques de limiter l'influence du souverain qui se trouve derrière l'attentat de Boleslav, dit Nina Novakova :

« Venceslas était décidé à mettre toute son énergie au profit de la création d'un évêché et de s'occuper des affaires spirituelles du nouvel Etat et de laisser son frère régner. C'est pour le moins ce qui ressort de la légende de Kristian du 10e siècle. Ceci dit, des points d'interrogation se posent : pourquoi a-t-il été assassiné ? Est-ce parce que son frère Boleslav n'est pas parvenu à stopper à temps les préparatifs de l'assassinat ? On ne pourra probablement plus jamais le résoudre. »

Si Venceslas a influencé l'histoire tchèque de la première moitié du Xe siècle en tant que souverain, il l'a marqué pour l'éternité en tant que patron, par les attributs qui sont liés à sa personne et au fait qu'il est resté un personnage spirituel qui n'a jamais cessé de régner sur les pays tchèques. D'ailleurs, la couronne que le roi Charles IV a fait créer, en 1346, est appelée couronne de Saint-Venceslas, en signe de son règne éternel...

Le culte de Venceslas est aussi étroitement lié à un phénomène qu'on appelle le Palladium des pays tchèques : une icône de protection que Venceslas avait sur soi au moment de l'assassinat et que l'un de ses amis a réussi à cacher :

L'église de l'Assomption de la Vierge MarieL'église de l'Assomption de la Vierge Marie « Venceslas, quand il était enfant, a reçu cette icône à l'occasion de son baptême de sa grand-mère, Ludmila. L'icône qui évoque les origines byzantines est parvenu en pays tchèques en 863 avec l'un des deux évangélisateurs, Méthode, qui a baptisé le prince Borivoj, l'époux de la princesse Ludmila. Le plus important sur cette icône, c'est son cadre métallique d'origine qui est resté intactcontrairement au panneau en bois qui a été remplacé par un relief de la Madone à l'enfant Jésus. Et c'est cet objet qui est dorénavant appelé le Palladium des pays tchèques. Depuis le XIIe siècle, ce relief est devenu un autre objet de culte, marial, qui faisaient venir à Stara Boleslav des milliers de pèlerins et c'est à eux qu'une nouvelle église, de l'Assomption de la Vierge Marie, de style baroque y a été érigée, en 1617, par Giovanni Maria Philippi. »

L'aventure de l'icône se poursuit sous le règne de l'empereur Rodolphe, connu pour avoir garanti la tolérance religieuse des protestants et des catholiques. Par crainte que le protestantisme ne prédomine dans le pays, les catholiques venaient prier devant la Madone et le relief a été proclamé, en 1609, le Palladium des pays tchèques - un objet sacré à la garde duquel était attachée la conservation de l'Etat tchèque. Un objet modeste et petit par ses dimensions - 13 centimètres sur 20, mais dont la valeur était comparable à celle des joyaux de la couronne.

Venceslas est devenu le patron peu après sa mort, encore du vivant de son frère, Boleslav. Le Moyen âge ne connaissait pas le long processus de canonisation. Dans le cas de Venceslas, deux éléments indispensables pour être proclamé saint ont été accomplis : la mort en martyre et le transfert du corps à l'église au plus haut degré de l'hiérarchie ecclésiastique :

« Après sa mort, Venceslas a été enterré à Stara Boleslav, dans la crypte de l'église Saint-Cosme et Saint-Damien aujourd'hui inexistante. Quelques années plus tard, son corps a été transféré, sur ordre de son frère Boleslav, au Château de Prague. Ceci faisant, Boleslav devait être bien conscient de doter ainsi Venceslas de l'attribut du saint.»

Très tôt, l'Eglise catholique a reconnu Venceslas comme patron du pays tchèque. Il est devenu le deuxième saint tchèque, après sa grand-mère, Ludmila. Son culte a donné lieu à la tradition renouvelée du pèlerinage national de Saint -Venceslas qui se déroule pour la 5e fois cette année à Stara Boleslav. Nina Novakova :

Le cardinal Miloslav Vlk, photo: CTKLe cardinal Miloslav Vlk, photo: CTK « Un accent mythique s'ajoute au pèlerinage, après que l'archevêque de Prague, le cardinal Miloslav Vlk, a donné son accord à ce que la relique tchèque la plus précieuse - le crâne de saint Venceslas puisse retourner sur le lieu du fratricide. C'est une chose tout à fait unique, car une seule fois, au fil des siècles, le crâne a quitté la chapelle Saint-Venceslas au Château de Prague : en 1929, à l'occasion du millénaire du saint. Il y a de cela maintenant quatre ans que le crâne est déplacé en toute solennité de Prague à Stara Boleslav. Une atmosphère indescriptible règne à l'intérieur de la crypte la veille de la fête, lorsque les prêtres prient toute la nuit auprès de la relique et le cardinal la porte, le jour de fête, du lieu du martyre jusqu'à la place de Stara Boleslav où une messe est ensuite célébrée... Les retours du prince Venceslas sont donc éternels... ».

Parmi les visiteurs de marque de la basilique Saint-Venceslas de Stara Boleslav, Nina Novakova se souvient notamment des successeurs des Habsbourg qui étaient installés jusqu'en 1918 au château voisin de Brandys nad Labem et qui connaissent bien le personnage de saint Venceslas ainsi que le Palladium :

Stara BoleslavStara Boleslav « C'était vraiment un plaisir d'accueillir à Stara Boleslav, dans l'année de la béatification du dernier empereur Charles 1er de Habsbourg, en 2004, son arrière-petit-fils, l'archiduc Johannes : Un jeune homme moderne, un Suisse au début d'une carrière de banquier et qui, lorsque nous sommes arrivés à l'église, s'est arrêté devant les statues de la sainte Ludmila et du saint Venceslas et qui a voulu voir aussi le Palladium. Les prêtres l'ont autorisé de le toucher de sa main et les pèlerins polonais présents en ce moment à l'église, se sont laissés photographier avec lui. »

Le dernier Habsbourg à visiter Stara Boleslav était, en 2006, Otto de Habsbourg, le fils aîné du dernier empereur d'Autriche et dernier roi de Bohême.