Panorama Revolver revue, 25 ans d’autodéfense culturelle
La revue Revolver a soufflé ses vingt-cinq bougies samedi soir sur la nouvelle scène du théâtre national de Prague. Ce magazine d’actualité culturelle et artistique, née dans les années 1980 et publié sous forme de samizdat, a réussi sa conversion, passant d’un magazine de fait contestataire, contre le régime, à un celui d’une revue de référence en matière de littérature et d’art, tout en gardant, toujours, son esprit critique.
Un quart de siècle pour la Revolver Revue, c’est une longévité assez
remarquable pour un magazine littéraire et artistique exigeant, dirigé
par un petit comité de rédaction et qui, quelque soit le régime
politique dans lequel il s’est développé, a toujours farouchement
défendu son indépendance.
La Revolver Revue est née en 1985. Elle reprend le flambeau de Vokno, une
des premières revues samizdat, issue du mouvement underground, dont les
éditeurs purgent à ce moment-là des peines de prison pour leur activité
dissidente. Ivan Lamper, Viktor Karlík et Jáchym Topol, les fondateurs de
Revolver, consacrent d’ailleurs le premier numéro de la revue à Ivan
Martin Jirous, poète et idéologue de l’underground, qui passera près
de huit ans en prison sous le régime communiste.
Dès 1987, la revue crée également une maison d’édition
indépendante et samizdat, les éditions RR. La première publication est
Un roman tchèque, de Ladislav Klíma.
Jusqu’à la chute du régime, les moyens de reproduction et de diffusion
sont rudimentaires. Le premier numéro est imprimé avec la technique de
cyclostyle, une technique de duplication artisanale inventée à la fin du
XIXe siècle. 25 numéros sont édités. En 1987, le 7ème numéro parait
pour la première fois après être passé par une imprimerie, mais
toujours de façon illégale.
Alexandr Vondra, ancien ministre des Affaires étrangères, mais aussi
ancien signataire de la Charte 77 et collaborateur de Revolver, revient sur
ces 25 ans de la revue :
Alexandr Vondra
« Cet anniversaire représente beaucoup pour moi. J’avais 25, 26 ans
quand la Revolver Revue a commencé. C’est un moment très important,
entre 18 et 26 ans, un moment où l’on se forme. Cette époque était
terrible mais en même temps elle est associée pour moi à une aventure
fantastique, quand nous avions pour quoi nous battre, quand nous avions
contre quoi nous battre. Même si on était à un pas de la criminalité
– c’est ainsi que la revue s’appelait au début, ‘à un pas
de…’ – il y avait beaucoup de rigolade. C’était une affaire de
cœur, et pas seulement un calcul rationnel, même si nous voulions faire
quelque chose de qualité, meilleur que les autres samizdats. Et je crois
que nous y sommes parvenus. »
Terezie Pokorná, photo: Ondřej Němec
Comme l’ensemble des publications samizdat, la Revolver Revue est
surveillée de près. La StB mettra même le feu à la maison où sont
imprimés ses numéros, en 1989, quelques mois avant la révolution de
velours. Terezie Pokorná, l’actuelle rédactrice en chef de la revue,
rappelle les conditions d’existence et surtout l’importance de cet
espace alternatif sous le régime communiste :
« Il est significatif pour cette époque et pour les samizdats que l’art ou la culture étaient une sorte d’asile. C’était un substitut pour tout ce qui n’était pas possible de faire, comme par exemple de la politique de façon professionnelle. En 1989 et 1990, ça a été une année avec des circonstances tout à fait nouvelles et nombre de gens se sont précipités dans ces évènements. »
Vingt ans après, la revue existe toujours, avec sa petite structure et
malgré la concurrence sur le nouveau marché éditorial, ce que Terezie
Pokorná considère encore comme un miracle. Surtout, la revue a réussi à
conserver ce qui fait son essence : un regard critique et engagé sur la
littérature et sur le monde. Terezie Pokorná :
« Nous avons restauré le slogan que nous utilisions en tant que samizdat, qui est ‘Revolver Revue, le magazine d’autodéfense culturelle’. Il était utilisé à l’époque de l’underground et nous l’utilisons maintenant à nouveau parce que nous pensons que ce magazine fait toujours partie de la minorité. Quand il est né sous le communisme, cet encerclement par la majorité avait d’autres paramètres, puisqu’il s’agissait de politique et de pouvoir. Mais maintenant, nous sommes encerclés par le mainstream, la presse à sensation et tous les médias et nous sommes donc une minorité qui doit continuer à défendre cet espace pour une culture comme nous l’entendons. »
Chaque année, la Revolver Revue attribue un prix, récompensant une
personnalité, qu’elle soit peintre, écrivain ou musicien comme Ivan
Jirous, dit Magor, le philosophe Zdeněk Vašíček ou Tony Ducháček, du
groupe Garage. Pour ses vingt-cinq ans, c’est le groupe WWW qui a été
choisi.
A l’occasion de cet anniversaire, un hommage a également été rendu à
Zbyněk Hejda, qui fêtait le deux février dernier ses quatre-vingt ans.
Zbyněk Hejda, ancien signataire de la Charte 77 et lauréat du prix
littéraire Seifert en 1996, est un des plus anciens contributeurs de la
Revolver Revue. Il fait le parallèle entre la revue Tvář, revue culte du
printemps de Prague, et Revolver.
Zbyněk Hejda
« Ce qui m’a toujours plu dans Revolver Revue, c’est que c’est un
périodique qui présente la littérature et les arts plastiques qui ne
sont pas dans les courants principaux. Et je pense même que c’est ce qui
la relie avec le magazine Tvář, où j’ai travaillé dans les années
1960. A la rédaction de Tvář, nous essayions de boucher les trous,
c’est-à-dire de publier des choses qui étaient soit interdites, soit
marginalisées, pour les introduire à nouveau dans le monde littéraire.
Et dans ce sens, je vois une parenté certaine entre nos efforts et ceux de
la Revolver Revue. »
Velvet Revival, photo: Anne-Claire Veluire
La soirée d’anniversaire s’est terminée avec le groupe du Velvet
Revival, composé de deux membres du groupe légendaire des Plastics People
of the Universe.






