Prague, royaume canin

Le chien est sans aucun doute l'animal domestique préféré des Tchèques. Dans la capitale, impossible de ne pas le remarquer, le chien est le meilleur ami du Pragois, qu'il accompagne partout. Depuis quelques temps pourtant, la législation a tendance à devenir plus contraignante pour les chiens, et surtout pour leurs maîtres.

Difficile d'y échapper, il suffit de faire quelques pas dans la rue, d'entrer dans une « hospoda », ou de se promener dans un jardin public : les chiens sont omniprésents à Prague. Même dans certaines salles de cinéma, comme le cinéma Aero à Zizkov, certaines scènes de vos films préférés peuvent être coupées par les aboiements d'une bête poilue à quatre pattes, à qui ses maîtres ont décidé d'offrir une soirée culturelle. Cet amour des Tchèques pour le « meilleur ami de l'homme » dépasse le cadre familial. A en croire Radim Fiala, de la société tchéco-morave de cynologie, un cynologue sommeille en presque chacun de ses concitoyens :

« Depuis longtemps maintenant, la République tchèque figure parmi les plus grandes puissances mondiales en matière de cynologie. D'après nos statistiques, près d'un tiers des ménages possède un chien. Je pense que la Tchéquie joue un rôle certain dans la cynologie au niveau mondial. J'en veux pour preuve qu'est enregistré ici chaque année un nombre impressionnant de nouveaux centres d'élevage. Seul le Japon possède un chiffre supérieur à la République Tchèque. »

Le pays, et sa capitale en particulier, sont donc à déconseiller aux ennemis de la race canine. Ici, le chien fait sa loi et le lobby anti-clébard n'a qu'à bien se tenir.

Pourtant, les incidents provoqués par quelques molosses, souvent repris par des médias en manque de 'sensationnel', en ont choqué plus d'un et ont poussé certains députés à proposer un renforcement de la législation en la matière. L'une des propositions de loi concerne l'enregistrement obligatoire de chaque animal, alors que jusqu'à présent seules certaines races devaient faire l'objet de cette procédure auprès de l'administration.

A Prague et dans quelques autres villes du pays, les propriétaires de chiens sont désormais dans l'obligation de faire tatouer leur animal ou de lui faire insérer une puce électronique sous l'épiderme. Rudolf Blazek, porte-parole du maire de Prague, justifie ce nouveau réglement :

« Il s'agit avant tout de réguler le nombre de chiens abandonnés et de chiens errants. Bien entendu, nous espérons que cela fera prendre conscience aux gens de leur reponsabilité, car cette mesure permettra de savoir rapidement qui est le propriétaire de tel chien, et qui en est responsable. »

Voilà une mesure qui n'aurait pas fait plaisir au brave soldat Svejk...

Autre problème causé par les chiens, problème récurent dans de nombreuses métropoles : les excréments. Récemment, les Pragois ont pu voir une campagne de publicité détonnante pour lutter contre ce phénomène. Une affiche composée d'une photo sur laquelle on peut voir un homme et un chien face à face, en train de déféquer sur le trottoir. Et la légende, en caractères gras, ne contient que quatre mots : tel maître, tel chien ! La campagne a été réalisée par l'agence Pro-Situation, à la demande de la mairie du 5e arrondissement de Prague.

Le porte-parole de cette mairie, Jiri Baumruk, explique la démarche :

'Tel maître, tel chien !''Tel maître, tel chien !' « Nous espérons ainsi attirer l'attention sur ce problème, un problème qui nécessite l'emploi de tels moyens. La mairie de Prague 5 a dépensé pas moins de cinq millions de couronnes l'année dernière pour le nettoyage, l'installation de poubelles spéciales, ou la rénovation de jardins publics par exemple. Nous avons dû cette année étendre la surface que nos services nettoient, et la somme consacrée à cette tâche atteindra cette année 5 millions et demi de couronnes, que nous finançons en partie avec les taxes sur les propriétaires de chien.»

Une taxe qui s'élève, à Prague, à 1500 couronnes par an pour un seul chien, une somme conséquente que beaucoup évitent de payer et qui, selon Jiri Baumruk, ne suffit pas à amortir les frais engagés pour nettoyer et réparer les dégâts causés par les fidèles compagnons à quatre pattes.