Prague, le centre névralgique du système Galileo

Galileo, le système de positionnement par satellites européen, est entré en service à la mi-décembre 2016. Et c’est à Prague qu’est basé depuis 2012 le siège de l’Agence du GNSS européen, GSA pour les intimes, c’est-à-dire l’agence en charge des projets européens de navigation par satellites, et donc de Galileo. Pour Radio Prague, cela valait bien une petite visite des lieux.

GSA, photo: ŠJů, CC BY 4.0GSA, photo: ŠJů, CC BY 4.0 C’est dans le paisible et sympathique quartier de Holešovice, aux abords de la Vltava, qu’on trouve la GSA. Un bâtiment tout de vitres et de gris, sans doute pour évoquer tout croiseur spatial qui se respecte. A l’intérieur, la reproduction en grandeur nature d’un satellite de la constellation Galileo nous indique que nous ne nous sommes pas trompés d’adresse. Marie Ménard et Reinhard Blasi nous y accueillent :

Marie : « Je suis Marie Ménard, en charge de la communication pour l’Agence du GNSS européen ici à Prague. »

Reinhard : « Je m’appelle Reinhard Blasi. Cela fait maintenant plus de huit ans que je travaille pour la GSA. On a commencé à Bruxelles et il y a quatre ans et demi, en 2012, on a déménagé ici à Prague. »

Galileo, quèsaco ?

Reinhard Blasi et Marie Ménard, photo: P. MeignanReinhard Blasi et Marie Ménard, photo: P. Meignan Le projet Galileo est plus ancien encore. L’idée d’un système de positionnement par satellites purement européen a germé au début des années 1990, alors que les Américains achevaient d’installer le leur, le Global Positioning System (GPS).

Marie : « La première fois qu’il y a eu cette idée, c’est lors de la première guerre du Golfe, où le seul système qui existait était un système américain, avec un système qui a été dégradé pour des raisons évidentes. Les Européens ont alors bien pris conscience de la nécessité de construire leur propre programme, leur propre système européen. Et la première commissaire européenne qui a vraiment fait en sorte que cela s’enclenche a été Loyola de Palacio, qui en 2001 a réellement lancé l’organisation. »

Le projet Galileo, dont la spécificité face à ses concurrents est d’être sous contrôle civil, et non pas militaire, a connu un premier aboutissement au mois de décembre dernier, quand il est entré officiellement en service. Les médias s’en sont largement fait l’écho : « A Bruxelles ce matin, l’Europe spatiale prend son envol. Galileo, c’est une constellation de satellites. L’Europe veut gagner sa place sur le marché de la géolocalisation, un secteur dominé par le GPS américain, et convoité par les Russes et les Chinois. Un projet à dix milliards d’euros lancé il y a dix-sept ans, stratégique pour la croissance du continent », apprenait-on par exemple au journal télévisé de la chaîne France 2. Mais que signifie exactement cette mise en service ?

Photo: ESAPhoto: ESA Reinhard : « Cela veut dire qu’avec les satellites qu’on a en place aujourd’hui, cela fonctionne déjà. Donc, nous avons dix-huit satellites en orbite. On n’a pas encore une couverture globale mais globalement cela fonctionne, surtout étant donné que cela est utilisé ensemble avec le GPS. Cela veut dire que depuis décembre, on a vraiment un service et les utilisateurs en profitent aujourd’hui. »

Les satellites de la constellation européenne bénéficient logiquement de technologies plus modernes que leurs cousins du GPS. Galileo doit donc être plus stable et plus précis et proposer des services uniques. Avec des applications dont profitent classiquement les particuliers via leur téléphone et d’autres destinées aux entreprises et aux institutions. C’est vrai dans tout un tas de domaines, l’agriculture par exemple mais également les transports : le ferroviaire, l’aérien ou encore le secteur automobile avec le développement des véhicules sans chauffeur. Sans compter les applications militaires. D’ici à 2020, les lancements de satellite vont se poursuivre et Galileo devrait être pleinement opérationnel.

Reinhard: « Galileo, quand il sera complètement opérationnel, comptera trente satellites. Cela veut dire d’abord vingt-quatre satellites, soit le minimum pour avoir une couverture globale, ainsi que six satellites de réserve, pour être certain que cela puisse toujours fonctionner partout dans le monde. »

La GSA, une agence européenne décentralisée à Prague

Reinhard Blasi et Marie Ménard, photo: P. MeignanReinhard Blasi et Marie Ménard, photo: P. Meignan Le centre pragois ne s’occupe pas uniquement de Galileo. Il a par exemple aussi la charge du service EGNOS, qui fonctionne déjà et qui permet d’améliorer les performances du GPS sur le territoire européen sans devoir déployer une structure lourde et onéreuse.

Trois acteurs entrent en jeu dans les programmes européens de positionnement et de navigation par satellites : la Commission européenne, qui les supervise, l’Agence spatiale européenne (ESA), qui s’occupe de l’aspect technique, et enfin la GSA et son siège pragois, dont Marie Ménard explique le rôle :

Marie : « D’abord c’est le centre névralgique de la GSA. Toutes les décisions sont prises ici, toutes les unités sont représentées ici, que ce soit de la sécurité, au développement des marchés, à l’administration et à la provision de services. Donc, et Galileo, et IGNOS, tout ce qui est ‘service provision’ et tout ce qui est exploitation du système, tout est géré à Prague. »

Tout est géré à Prague mais des antennes existent à Saint-Germain en Laye en France, avec le centre de surveillance de sécurité de Galileo, ainsi qu’à Madrid. Quant au siège de la GSA, lorsqu'il a débarqué dans la capitale tchèque, il comptait environ quarante employés. Ils sont désormais 150, ce qui donne la mesure de l’évolution de son activité en quelques années. Un peu moins d’un tiers de ces employés sont tchèques et au total une vingtaine de nationalités européennes y cohabitent, visiblement sans difficulté aucune :

Reinhard : « En fait, on ne se rend plus compte au fur et à mesure que tous les jours nous sommes exposés à un monde, à un microcosme vraiment européen, comme ici au sein de la GSA. C’est devenu quelque chose de tellement normal qu’on oublie que nous avons ce bénéfice d’être dans cet environnement international européen. Bien sûr, c’est intéressant, en même temps on joue avec les différentes origines, avec les caractéristiques, les stéréotypes, on fait des blagues, cela se passe très bien. »

Photo: GSAPhoto: GSA Marie : « C’est un fonctionnement très particulier. Chacun vient avec ses particularités, ses habitudes. Je trouve que c’est vraiment un des aspects très agréables d’être dans une agence de l’Union européenne. »

Pour Prague, l’implantation de la GSA est un avantage certain. Le centre estimait à 800 millions de couronnes les retombées pour la Tchéquie depuis 2012, environ 30 millions d'euros. Selon Marie Ménard, la capitale tchèque s’offre ainsi une visibilité dans l’industrie spatiale européenne tandis qu’un tissu d’entreprises tchèques a pu se développer dans le secteur et répond désormais aux appels d’offres du centre.

Pour ceux qui auraient l’envie de découvrir la GSA et son travail de leurs propres yeux, des portes ouvertes sont organisées chaque année, avec une journée pour les étudiants et une autre pour le public. L’occasion de toucher du doigt l’aventure spatiale européenne…

Reinhard : « Bien sûr que l’espace est quelque chose de fascinant. C’est vrai pour tout le monde, si l’on regarde le nombre des films de science-fiction. Cela reste une dernière frontière. »

Marie : « Ce que je trouve tout à fait fascinant, c’est que, si on remet dans les choses dans le contexte, en 2007 - il y a dix ans, c’était hier -, Facebook se lançait juste. Maintenant plus personne n’imagine de fonctionner sans Facebook. Ce que je crois, c’est que Galileo et les applications, c’est exactement la même chose. C’est-à-dire que, dans quelques années, personne n’imaginera ne pas avoir accès à toutes ces informations. »