Panorama Les Tchèques sont-ils migrateurs ?

09-09-2003 | Alain Slivinský

Le taux de chômage est en hausse constante, à la veille de l'entrée de la République tchèque dans l'Union européenne, on parle beaucoup de la migration des citoyens des pays candidats. Quelle est donc la mentalité des Tchèques en ce qui concerne la recherche d'un emploi ? Sont-ils prêts à déménager pour aller travailler dans une autre ville, une autre région, un autre pays ? Toutes ces questions touchent la vie de chaque jour des citoyens d'un petit pays au coeur de l'Europe, leur quotidien.

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Photo: Commission européennePhoto: Commission européenne Ceux qui connaissent les Etats-Unis le savent très bien : les Américains sont très mobiles. Pour eux, changer de ville ou d'Etat pour trouver un emploi qui leur convient, n'est pas un problème. Peut-être est-ce un héritage des pionniers qui, partis de la côte est, avaient peuplé tout le territoire, jusqu'à la côte ouest ? Il faut dire, aussi, que même en période de difficultés économiques, il n'est pas difficile de déménager, car on trouve toujours un logement aux Etats-Unis. En Europe de l'Ouest, les Britaniques sont ceux qui migrent le plus, à la recherche d'un emploi. Les Scandinaves, aussi, n'ont pas de problème à changer d'emploi ou de domicile. Les Français ou les Allemands sont beaucoup plus sédentaires. Et les Tchèques ? Aiment-ils changer d'adresse, d'emploi, de mode de vie ?

Les Tchèques seraient, plutôt, assez sédentaires. Naturellement, comme dans tous les pays, les jeunes changent plus facilement de domicile et d'emploi. Pourquoi ? Tout simplement parce que leur situation est différente de celle d'un père de famille, par exemple. Les jeunes de moins de 25 ans ne sont pas mariés, en général, donc ils n'ont pas d'engagement. Ils ne sont pas très exigents, non plus. Ils ne demandent pas un bel appartement. Le plus souvent, ils vivent avec d'autres jeunes dans la même situation, en sous-location. En Tchéquie, le plus haut taux de chômage sévit en Bohême du nord et en Moravie du nord. Dans les anciens centres industriels, métallurgiques et miniers, les entreprises ont beaucoup licencié, et il est très difficile de trouver un emploi. Par contre, à Prague, la capitale, le taux de chômage est le plus bas de la République. Les offres d'emploi sont, aussi, bien plus nombreuses que dans les autres régions. Quoi de plus facile, donc, que de déménager à Prague, quand on y trouve un bon emploi et une bonne rémunération ? Facile, oui pour le travail, mais beaucoup moins pour le logement. C'est souvent dans le logement, justement, que réside tout le problème de la migration des Tchèques.

Ainsi donc, le jeune Tchèque, qui arrive à Prague avec une bonne qualification, trouve une bonne place, mais est contraint de vivre en sous-location. En effet, les loyers sont très élevés dans la capitale, que ce soit dans le centre ou à la périphérie. Les moins de 25 ans acceptent cette situation : en semaine, ils vivent dans une sorte de dortoirs et pendant le week-end, ils rentrent « à la maison », en l'ocurrence chez leurs parents où ils disposent d'un service complet. Dans la majorité des cas, la maman fait la lessive et approvisionne son fils ou sa fille pour la semaine suivante. Cette situation dure jusqu'au mariage, le plus souvent. Il existe, bien sûr, une catégorie de jeunes, moins de trente ans, qui gagnent assez pour se payer un appartement à Prague, à Brno, ou dans d'autres villes où il est assez aisé de trouver un emploi. Mais il n'y en a pas des masses. En ce qui concerne le travail à l'étranger, les jeunes sont encore les plus nombreux. Bien souvent, il ne s'agit que d'activités saisonnières...

Parlant d'activités saisonnières, ces derniers temps, ce ne sont plus seulement les jeunes qui les pratiquent, car elles deviennent courantes dans un peu toutes les régions tchèques touchées par un fort taux de chômage. Les emplois saisonniers se trouvent, surtout, dans l'agriculture : préparation des plantations de houblon, récolte des fraises, cueillette du houblon, vendanges, en fin de compte toutes les activités agricoles qui nécessitent un travail manuel. Dans la banlieue de Prague, par exemple, il existe une immense plantation de fraises : un héritage de la collectivisation communiste, une ancienne ferme d'Etat. Sur des centaines d'hectares, on y cultive les fraises. Début juin, les Moraves du nord, mais aussi certains Slovaques, de la république voisine, arrivent par centaines pour la cueillette. Les conditions de travail sont très exigentes et le salaire est des plus bas. Mais que faire quand, dans votre région, il n'y a pas d'emploi ? Quelques milliers de couronnes gagnés ainsi, ajoutés à l'allocation sociale ou chômage, sont les bienvenus dans le budget d'une famille.

Si les Tchèques n'aiment pas changer de domicile, de ville, de région ou d'Etat, ils sont nombreux à travailler dans une autre ville que celle où ils habitent. Tous les jours, par exemple, on compte dans les 40 000 habitants de Kladno et sa région qui se rendent à leur travail à Prague. Il en est de même dans les environs des grandes villes tchèques, Brno par exemple, en Moravie du sud. Les chiffres sont éloquents : alors que 70 % des habitants de la campagne travaillent dans un autre lieu que celui où ils sont domiciliés, 88 % des habitants des grandes villes possèdent un emploi dans celles-ci. Le plus souvent, les Tchèques utilisent les transports en commun pour se rendre à leur travail. A la campagne, la voiture devient plus dominante, car les petits villages sont moins bien déservis par les transports en commun. Combien de temps le Tchèque dépense-t-il pour se rendre à son travail ? Plus de la moitié dans les 20 minutes, mais 28 % des employés passent dans les 40 minutes dans un moyen de transport.

Et le travail à l'étranger, après l'entrée de la Tchéquie dans l'Union européenne ? Les statistiques indiquent qu'actuellement seulement 6 % de Tchèques pensent aller travailler à l'étranger. Dans les 3 % pensent qu'ils pourraient changer d'avis, donc trouver un emploi à l'étranger, éventuellement émigrer, après l'entrée de la Tchéquie dans l'Union européenne. En général, ce sont de nouveau les jeunes qui désirent trouver un emploi à l'étranger. Il y a des différences : ceux qui veulent se faire un peu d'argent, même au noir, et ceux qui recherchent un poste sérieux, souvent très bien rémunéré et, éventuellement, quitter leur patrie pour s'installer dans un autre pays. Ces derniers possèdent, en général, un plus haut niveau d'instruction. Les pays les plus recherchés ? Les Etats-Unis, le Canada, la Grande-Bretagne et l'Allemagne, ce dernier pays en raison de sa proximité. Conclusion ? Pas de migration massive des Tchèques à craindre, après le 1er mai 2004, date à laquelle la République tchèque deviendra un membre à part entière de l'Union européenne.

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