Panorama Les banques alimentaires, nouvelle forme d'aide aux pauvres en République tchèque
Eviter le gaspillage des produits alimentaires en recupérant les surplus et les invendus auprès des entreprises productrices et distributrices pour ensuite, par l'intermédiaire d'associations caritatives, redistribuer la nourriture aux populations les plus nécessiteuses qui souffrent de la faim : telles sont les diverses étapes qui composent la grande chaîne de solidarité que sont les banques alimentaires. Tout d'abord lancées aux Etats-Unis vers la fin des années 1960, puis en France, pour la première fois en Europe, en 1984, les banques alimentaires sont apparues en République tchèque au milieu des années 1990 alors que le nouveau système économique en place dans le pays depuis la chute du régime communiste avait déjà fait ses victimes et produit ses premiers laissés pour compte. Une dizaine d'années plus tard, le nombre de gens pauvres en République tchèque représente 4 à 5 % de la population, soit environ 500 000 personnes, dont près de 300 000 reçoivent ou sont susceptibles de recevoir une aide des banques alimentaires. Regroupées au sein d'une même fédération, les banques alimentaires tchèques sont aujourd'hui dirigées par un Français, Fabrice Martin-Plichta. Récemment, il s'est longuement confié au micro de Radio Prague, évoquant tout d'abord la présence des banques alimentaires en Europe centrale et orientale, puis plus concrètement la situation en République tchèque :
Fabrice Martin-Plichta « Elles sont particulièrement bien développées en Pologne où les premières
banques sont nées il y a plus de dix ans également. Aujourd'hui, il y a
vingt
banques régionales au sein de la fédération polonaise qui fonctionnent à
un très haut niveau de professionnalisme tout en appliquant les mêmes
règles qu'en France et dans d'autres pays européens, où les banques font
beaucoup appel au bénévolat, aux bonnes volontés et, surtout, aux dons des
entreprises, des communautés locales et de l'Etat. »
Justement, au niveau des dons, où en est la situation en République tchèque ? Et quel est le regard que les Tchèques portent sur les banques alimentaires ?
« Pour les dons, nous avons peu de problèmes. C'est juste notre travail de
montrer que nous existons, que nous voulons travailler avec les
entreprises
de production ou de distribution de produits alimentaires, que nous avons
des solutions à leur proposer pour leurs surplus ou leurs invendus que
nous sommes capables de redistribuer et qui peuvent encore servir en
donnant à manger à ceux qui en ont le plus besoin. Le problème pour nous
est plutôt le regard que portent les autorités compétentes,
l'administration, sur les banques alimentaires. Jusqu'à présent, elles
n'ont jamais reçu de soutien de la part des autorités de l'administration
et même du ministère des Affaires sociales. Nous espérons donc arriver
dans les prochains mois à les convaincre de notre rôle, de notre apport et
de l'intérêt pour l'Etat, les régions et les communes d'accompagner, de
soutenir le développement des banques alimentaires comme un partenaire
sérieux pour leur travail social. »
Quelles sont les associations caritatives tchèques qui collaborent
avec
vous ?
« Sont membres de la Fédération tchèque : Nadeje - Espoir, Emmaüs, l'Armée du salut, l'Association des centres d'accueil, qui représente 120 maisons à travers le pays, et la diaconie de l'Eglise évangélique de Silésie, qui est surtout implantée en Moravie du Nord. C'est un partenaire très important pour nous qui est très désireux de développer une banque alimentaire dans cette région où les besoins sont grands avec une forte population pauvre. Et puis il y a aussi ADRA, l'association des adventistes, qui travaille surtout vers l'étranger, mais qui voulait à tout prix être associée au développement et au soutien des banques alimentaires en République tchèque. »
Personnellement, qu'est-ce qui vous a poussé à vous engager dans cette voie ? Et quel regard portez-vous sur le monde associatif d'aide en République tchèque ?
« En tant que journaliste, j'ai été amené à beaucoup circuler, à visiter
et à m'intéresser au phénomène d'exclusion et de pauvreté dans ce pays et
en Slovaquie en particulier. C'est en développant un petit projet d'aide
humanitaire à des communautés tziganes en Slovaquie de l'Est qui m'a fait
m'intéresser aux banques alimentaires. En Slovaquie, elles n'existaient
pas. J'ai donc initié sa création et aujourd'hui, il y a 25 associations
humanitaires, sociales et caritatives qui sont membres de la banque
alimentaire slovaque et qui la développent. Elle a déjà commencé à
travailler à Zlaté Moravce, dans le centre de la Slovaquie. Et puis en
République tchèque, j'ai pris contact avec la fédération existante, avec
M. Hradecky, son président, qui est aussi celui de Nadeje, une des plus
grosses assiocations caritatives tchèques qui fait un énorme travail avec
les SDF en particulier, mais aussi avec d'autres populations défavorisées
ou exclues. Et je dois dire que le réseau associatif tchèque est très
dynamique, assez bien développé et a beaucoup d'initiatives. Il rencontre
les problèmes que l'on rencontre à peu près dans tous les pays, de
financement, etc. Mais ils sont peut-être plus particulièrement difficiles
dans ce pays où pendant très longtemps, les autorités les plus hautes ont
nié, et même certaines continuent toujours à nier, qu'il y a des pauvres
dans ce pays. »
Concernant la population tchèque, est-elle réceptive à cette forme
d'aide, car cela reste quand même quelque chose de relativement nouveau
pour les gens ?
« Oui, c'est effectivement nouveau. Je pense que beaucoup de gens, quand ils découvrent ce système et cette manière de faire du travail humanitaire, sont surpris, mais l'idée est plutôt bien reçue. Je sais que les collectes organisées par certaines associations dans des supermarchés en partenariat avec quelques chaînes de distribution connaissent un bon écho. Je pense donc que lorsque les banques alimenatires organiseront leurs propres collectes publiques, elles pourront susciter l'intérêt et une bonne réaction de l'opinion publique. »
Pour ceux qui souhaiteraient en savoir un peu plus sur la Fédération tchèque des banques alimentaires ou, mieux encore, apporter leur pierre à son oeuvre d'aide et de solidarité, voici l'adresse de son site Internet : www.potravinovabanka.cz







