Panorama Le trafic de la drogue

26-03-2002 | Alain Slivinský

La vie de chaque jour de la République tchèque, cela commence, de plus en plus, à être la confrontation avec un fléau qui touche le monde entier : la drogue. Les rois de la drogue étant de plus en plus attirés par la Tchéquie, nous avons consacré La République tchèque au quotidien, de cette semaine, à la problématique du trafic de la drogue.

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Les observateurs, les spécialistes de la police, de l'appareil judiciaire, des diverses organisations et institutions s'intéressant au problème, sont unanimes : la République tchèque devient un paradis pour les trafiquants de drogue, ce qu'on a coutume d'appeler la mafia de la drogue. En effet, les boss du trafic des stupéfiants considèrent le pays dont la capitale est Prague, comme relativement sûr. Pourquoi ? Tout d'abord, il est facile et bon marché de fonder des sociétés bidons en Tchéquie. Ces dernières servent, ensuite, à blanchir l'argent d'origine plus que douteuse. Les trafiquants savent, aussi, très bien qu'ils ne risquent pas de lourdes peines, dans le cas où ils auraient maille à partir avec la justice tchèque. En plus de cela, ils trouvent un environnement rêvé pour la recherche de collaborateurs éventuels : beaucoup d'existences locales, plus ou moins perdues, sont prêtes à travailler pour l'empire de la drogue, moyennant des rémunérations minimums. Ajoutons encore que les trafiquants ont pris, rapidement, conscience du fait, qu'en général, même dans le cas de leur emprisonnement, ils retrouveront leur argent sale, à leur libération...

Et la police tchèque, diriez-vous ' La police, elle, est bien obligée d'avouer qu'elle est perdante dans la guerre contre les gangs des narcotiques. Le rapport de la Centrale nationale de lutte contre la drogue indique qu'environ 80 % du trafic de la drogue ne sont même pas dépistés ! Le directeur de la centrale, Jiri Komorous, constate avec dépit que la Tchéquie offre, sans le vouloir, un asile relativement sûr aux chefs des gangs de la drogue, et qu'elle devient un carrefour important du négoce mondial en matière de stupéfiants. Quelles sont donc les chemins de la drogue qui passent par la République tchèque ?

Le chemin le plus connu est, certainement, la Route des Balkans. Elle commence en Asie, traverse la Turquie et la Bulgarie, pour arriver en Tchéquie. Le second chemin de la drogue est appelé la Route de la soie. Elle conduit des pays de l'ancienne Union soviétique, traverse la Pologne et se termine en Tchéquie. Ces deux routes sont surtout utilisées pour le trafic de l'héroïne. Les historiens pourraient constater : Hé oui ! Rien n'a changé, même à l'époque des vols dans l'espace. La drogue suit, aujourd'hui, le chemin des grandes caravanes qui transportaient, jadis, la soie asiatique vers les royaumes européens ! De Colombie ou de l'Equateur, il n'y a pas que le café qui arrive en Tchéquie. La cocaïne lui fait une forte concurrence. La Hollande, pays de la tulipe ? Pas seulement, car c'est aussi le L.S.D. qui arrive des Pays-Bas en République tchèque, transitant par la Belgique et l'Allemagne. Mais qu'est-ce qu'elle fait toute cette drogue en Tchéquie ? Récemment encore, la Bohême et la Moravie abritaient de grands entrepôts illégaux de stupéfiants. Ce n'est plus le cas, actuellement. Les entrepôts se trouvent en Pologne ou en Slovaquie. De Prague et de la Tchéquie, en général, c'est le trafic lui-même qui est organisé. Mais qui sont donc ces négociants de la mort lente, des temps nouveaux ?

Il n'y a pas longtemps, encore, le trafic des stupéfiants, en Tchéquie, était l'affaire des gangs des pays balkaniques. Les temps changent, les trafiquants aussi. Aujourd'hui, c'est la mafia russe qui domine. Cela ne veut pas dire que le trafic de la drogue est organisé seulement par des ressortissants russes. On parle, en effet, de mafia russe, car le point commun de ces gangs, opérant à partir du territoire tchèque, est la langue qu'ils parlent, en l'occurrence, le russe. Où va l'héroïne qui arrive d'Asie ? Une grande partie part pour l'Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne. Le reste est destiné aux pays scandinaves. Les gangs emploient la méthode de diversification. C'est à dire que le volume du trafic augmente, mais ce qui augmente le plus est le nombre de courriers qui transportent de plus petites quantités. Pourquoi ? Les trafiquants minimisent, ainsi, les pertes, en cas d'arrestation des courriers.

Quand on parle de drogue, on pense surtout à la cocaïne, à l'héroïne, éventuellement au L.S.D. La Tchéquie possède, pourtant, une triste primauté : sa propre drogue, la pervitine. Un petit plat maison fabriqué à partir de divers médicaments contenant, surtout de l'éphédrine. Les gangs russophones sont de bons commerçants. Ils ont bien compris l'intérêt de la pervitine et ont mis la main sur les réseaux de fabrication et de distribution. Vous vous demanderez comment la mafia russe a-t-elle réussi à supplanter sont concurrent balkanique ? Par la force. Elle emploie des méthodes beaucoup plus brutales. Selon les forces de police, la mafia russe a regroupé les fabricants de pervitine en Tchéquie, les obligeant à produire de la drogue de bonne qualité, destinée à l'exportation. Où ? En Allemagne principalement. Les gangs russophones décentralisent, aussi, la production. Il y a de moins en moins de laboratoires clandestins dans les grandes villes. Ils se trouvent, plutôt, dans des communes de moindre importance ou dans des endroits isolés. Avec la guerre en Afghanistan, la pervitine est devenue une drogue recherchée sur le marché occidental, car l'héroïne faisait défaut.

La Tchéquie devient une plaque tournante du trafic de la drogue. D'un autre côté, les Tchèques y participent de moins en moins, au niveau des courriers. Ils sont remplacés par les Polonais ou les Slovaques. Des faits alarmants : les Tchèques grimpent en grade, dans les structures de la mafia des stupéfiants, les méthodes des fabricants et des trafiquants deviennent de plus en plus sophistiquées, le trafic commence à toucher les matières utilisées par les sportifs, anabolisants ou autres.

On n'est pas encore dans le Chicago des années trente, à Prague, mais la Centrale nationale de lutte contre la drogue met sérieusement en garde : attendons-nous, si des mesures plus sévères ne sont pas prises, à une expansion du trafic des stupéfiants, sur le territoire tchèque. Sombres perspectives avec une augmentation du nombre des drogués, des règlements de compte sanglants entre les branches de la mafia, avec les efforts des gangs de s'infiltrer dans l'administration de l'Etat à la sicilienne, avec la participation d'un nombre plus important de citoyens au trafic des stupéfiants. Nombres d'organisations nationales et internationales sont bien conscientes du danger et appellent les autorités tchèques à réagir de la manière la plus rigoureuse et la plus rapide.

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