La navigation fluviale en Tchéquie

Nous sommes au beau milieu de l'hiver, avec de la neige, de la glace et tout ce qui accompagne cette saison. En passant sur les berges de la Vltava, dont certains bras morts sont pris dans les glaces, on remarque aussi des péniches et autres bateaux fluviaux. Pas étonnant qu'on se demande : et la navigation fluviale en République tchèque ? Un thème que nous développerons maintenant. La vie des mariniers, leur quotidien, n'est-ce pas un sujet intéressant ?

Avant de commencer à parler de la navigation en Tchéquie, il se doit de faire une constatation : la République tchèque est un pays continental. Elle ne possède donc pas de côtes ou de bords de mer. Par contre, les rivières y sont nombreuses, le seul fleuve étant l'Elbe qui se jette dans la mer Baltique. Dans le passé, la navigation fluviale était très développée sur le territoire tchèque, déjà depuis les temps anciens. Paradoxalement, la Tchéquie ne possède pas de mer, mais parmi les Etats continentaux, elle possédait la seconde plus importante flotte maritime dans le monde, après la Suisse. Les navires tchèques sur les mers et océans, les péniches de la compagnie de transport fluvial tchèque... Tout cela est, désormais, un passé lointain. En 1998, la République tchèque a perdu sa flotte maritime, une compagnie privatisée et qui n'a pu faire face à la concurrence mondiale. En août 2001, le pays a perdu sa flotte fluviale, Ceskoslovenska plavba labska, a été déclarée en liquidation. La raison ? Des problèmes financiers durant depuis des années et l'incapacité, de nouveau, à faire face à la concurrence.

Qu'est-il donc arrivé à plus d'une dizaine de navires de la flotte maritime et à 150 péniches de la flotte fluviale tchèques ? La flotte maritime a été vendue, dans le cadre de la privatisation. Aujourd'hui, on ne sait ce qu'il est advenu des navires, car une partie de la flotte a été achetée, ensuite, par celui que les Américains appellent le « pirate de Prague », le bien connu Viktor Kozeny, poursuivi pour fraude par les justices américaine et tchèque. En ce qui concerne les péniches de la compagnie tchèque qui a fait faillite, elles étaient convoitées par des armateurs allemands ou hollandais. En fin de compte, tous les équipements de la navigation fluviale tchèque ont été vendus à divers acheteurs. Cela ne veut pas dire, pour autant, que les péniches, les bateaux de plaisance, ont disparu de l'Elbe. En effet, la compagnie de navigation fluviale, Ceskoslovenska plavba labska a réussi, littéralement, à se maintenir à la surface, grâce aussi à l'aide de l'Etat. Il faut prendre en considération que l'Elbe est le seul fleuve qui coule sur le territoire de la Tchéquie, et est une voie de transport importante. C'est la seule qui relie le pays à la mer. Si la plupart des péniches qui naviguent à sa surface ne battent plus pavillon tchèque, cela ne veut pas dire que la navigation n'existe plus, qu'il n'y a plus de mariniers tchèques, de chantier naval. A Decin, le chantier naval existe toujours. Il vient de mettre à l'eau, d'ailleurs, un gros tanker fluvial pour un armateur étranger. Le principale armateur tchèque réside aussi à Decin, en Bohême du nord.

Le présent sur les rivières et l'Elbe en Tchéquie ? La Vltava qui se jette dans l'Elbe à Melnik, une ville située au nord de Prague, continue à offrir ses eaux aux péniches. Les bateaux de plaisance de toutes sortes continuent à battre pavillon tchèque et à transporter leurs passagers. En 2003, avec la sécheresse et la canicule, le niveau des cours d'eau a baissé et avec un hiver assez rude, au début de 2004, le transport fluvial rencontre des problèmes, comme nous l'explique le rédacteur de la Radio tchèque, Josef Suk :

« Environ une vingtaine de péniches de la compagnie de transport fluvial sur l'Elbe font route vers la Tchéquie, en cette fin de janvier. En raison du temps, elles ont dû jeter l'ancre à la frontière tchéco-allemande, comme nous en informe le porte-parole de l'armateur de Decin, Miroslav Sefara ».

« Elle devront rester à Hrensko. Comme la navigation sur l'Elbe est réglementée, il faudra que ces péniches déchargent, pour que leur niveau atteignent seulement 1,55 mètre en profondeur ».

L'Elbe 11 a fait naufrage dans le port de Hambourg (Photo: CTK)L'Elbe 11 a fait naufrage dans le port de Hambourg (Photo: CTK) Ce n'est pas le seul problème que l'armateur tchèque de Decin vient de rencontrer. Il y a quelques jours, l'une de ses péniches, l'Elbe 11, a fait naufrage dans le port de Hambourg, en Allemagne. On pensait que la péniche s'était cassée en deux. Les plongeurs ont découvert que ce n'était pas le cas : la coque a résisté et la péniche a été remontée à la surface, ce mardi. Naturellement pas en une seule partie, car avec son chargement elle aurait été trop lourde. Les plongeurs ont dû la couper en plusieurs parties. A propos des frais engagés dans cette opération, le directeur de la compagnie de transport fluvial de Decin, Lubomir Fojtu, propriétaire de la péniche l'Elbe 11, a déclaré au reporter de la Radio tchèque :

« Le prix de cette opération sera un forfait, donc nous ne devrions pas rencontrer de dépenses supplémentaires ».

La cargaison devrait être sauvée, car il s'agit de produits chimiques dans un emballage résistant à l'eau. La péniche en transportait dans les 800 tonnes. Pourquoi donc, cette péniche a-t-elle coulé dans le port de Hambourg ?

« La police n'a pas terminé son enquête et nous attendons donc les résultats. L'enquête se poursuit ».

La navigation fluviale, les mariniers, les armateurs, les ports, les écluses... Un monde magique pour un peu tout le monde, surtout en Tchéquie où la mer la plus proche se trouve à quelque 800 kilomètres. Et l'avenir ? On parle de la construction de canaux : Elbe-Danube ou Oder-Morava-Danube... Ce sont de vieux projets sortis des archives, mais qui pourraient, peut-être, voir le jour à l'avenir, car le transport fluvial est bon marché. Dans certains cas, il est indispensable, quand on doit transporter de gros volumes. Ces mariniers, ces péniches, seront-ils encore le quotidien de la Vltava, de l'Elbe et autres cours d'eau tchèques dans le futur ? Espérons que oui, car autrement un certain côté romantique du paysage tchèque disparaîtrait.