Etude : l’impolitesse des élèves envers les enseignants est la principale caractéristique du climat scolaire tchèque

« Transformations à l'école tchèque : le harcèlement entre pairs, une décadence des mœurs scolaires ? » : c’est le titre de l’article paru en France il y a quelques semaines dans les Dossiers des sciences de l’éducation. Son auteur, Magdalena Kohout-Diaz est docteur en sciences de l’éducation et professeur de philosophie à l’IUFM d’Aquitaine.

Photo: Commisson européennePhoto: Commisson européenne Pourquoi vous êtes-vous intéressée à ce phénomène de harcèlement entre élèves (šikana) dans les écoles tchèques ?

 « Il y a plusieurs raisons. D’abord les recherches ont été menées dans le cadre de l’Observatoire international de la violence scolaire, qui est une ONG pour laquelle nous sommes plusieurs chercheurs qui comparent des données concernant l’ampleur du phénomène de la violence en secteur scolaire. Phénomène auquel est relié le fait du harcèlement entre pairs à l’école. »

Quel est l’ampleur de ce phénomène du harcèlement en République tchèque ?

 « C’est justement l’objet de l’enquête que j’ai menée en 2005 en République tchèque. J’avais les résultats de plusieurs enquêtes tchèques qui donnaient des résultats contradictoires concernant l’ampleur du phénomène. Il y avait en particulier une enquête d’orientation psycho-pédagogique qui donnait des résultats absolument alarmants : 41% des élèves du second degré seraient harcelés par d’autres élèves – un résultat alarmiste et très médiatisé. D’autre part, il y avait une enquête plus confidentielle plutôt orientée vers les sciences sociales et qui tempérait ces chiffres et situait le pourcentage d’élèves harcelés autour de 16 à 18%... Dans les deux cas, la fiabilité scientifique des résultats pouvait être remise en cause. Donc c’est ce que je me suis appliquée à faire. »

Et vous avez réalisé une étude dans une quinzaine d’écoles tchèques, c’est bien ça ?

 « Exactement, quinze écoles tchèques dans des milieux CSP moyennes-favorisées avec des publics répartis de manière assez équilibrée entre garçons et filles et entre premier et second degré. Le résultat essentiel de cette étude était de deux ordres. D’abord mettre en évidence que le phénomène du harcèlement n’était pas du tout alarmant. En tout cas c’est ce que les élèves et les enseignants ont avancé, qu’il n’y avait pas véritablement de violence entre les élèves eux-mêmes. Deuxième donnée absolument massive : ce que les élèves et les adultes disent est que l’élément qui caractérise la violence scolaire en République tchèque est l’impolitesse autodéclarée des élèves envers les enseignants, donc pas une agressivité des élèves envers eux. Comparé à la France, c’est ce qui paraît effectivement le plus saillant et c’est cette impolitesse qui paraît réellement définir le climat scolaire en République tchèque d’après l’enquête que j’ai menée. »

C’est de l’insolence ? Comment l’expliquez-vous ?

 « Cette impolitesse, en tchèque ‘neslušnost’, a une dimension assez paradoxale liée au passé. Paradoxalement, on garde des normes éducatives très conformistes (se conformer à la politesse telle qu’on l’entendait dans le milieu scolaire dans la période pré-communiste et communiste, c’est à dire cette ‘slušnost’ ou conformité aux bonnes mœurs) mais elles tendent à être remises en question, ce que le milieu éducatif perçoit comme ‘neslušnost’, donc comme impolitesse. Autre précision : ce que les élèves ont également massivement mis en avant est le peu de confiance qu’ils ont dans les compétences des enseignants et en particulier dans leurs compétences pédagogiques. Donc là il semblerait qu’il y ait un gros travail à faire dans la formation des enseignants concernant un savoir-faire pédagogique plus interactif – c’est ce que demandent les élèves : la pédagogie du jeu ou le travail de groupe par exemple. »