Panorama Entretien avec Harry Pollak - 3è et dernière partie
Troisième et dernière partie de l’entretien réalisé avec Harry Pollak, dont le livre autobiographique vient de sortir aux éditions Mladá fronta. Parti en France à 17 ans, en 1938, il revient en Tchécoslovaquie en 1945 après avoir combattu avec l’armée tchécoslovaque en exil. En 1949, un an après le Coup de Prague, c’est le deuxième exil pour Harry Pollak, qui fuit le régime communiste avec son épouse et se retrouve en Grande Bretagne, où il entame une carrière assez exceptionnelle.
Votre livre est intitulé « Ma vie » et est sous-titré « L’homme qui
a sauvé la marque Aston Martin ». Au bout de plusieurs années dans
diverses entreprises et banques d’investissement, vous êtes devenu
consultant, et notamment consultant pour cette célèbre marque de voiture,
Aston Martin, qui a accepté de vous prêter la photo d’une de ses
voitures pour la couverture de votre livre…
« Oui, vous savez cette entreprise était un hobby de David Brown qui
avait un empire industriel dans le nord de l’Angleterre avec la
production de tracteurs et des milliers d’employés. La marque Aston
Martin était son petit bijou, mais perdait de l’argent chaque année, et
le pire est que quand les syndicats demandaient quelque chose, les grandes
usines du nord se mettaient en grève par solidarité. On leur a donc tout
permis pour les satisfaire…Au moment où la société financière de
Birmingham, dont je faisais partie du conseil d’administration, a eu la
possibilité de l’acheter, l’entreprise avait déjà perdu quatre
millions de livres sterling en un an et les banques voulaient couper les
crédits si un acheteur n’était pas trouvé. J’étais en vacances en
Suisse en train de faire du ski avec ma femme quand on m’a appelé pour
me dire de revenir immédiatement et regarder s’il y avait un moyen de
racheter et comment.
Harry Pollak, photo: Archives de Harry Pollak
Je suis revenu et ai préparé un plan en une
journée. Deux ou trois jours après on a acheté, David Brown était très
content de s’en débarrasser. J’ai immédiatement quitté le conseil
d’administration pour m’occuper uniquement d’Aston Martin et mes
partenaires, financiers et comptables, se sont chargés de la vente et des
finances. Ma tâche consistait à assainir les finances. J’étais membre
du conseil et en six mois nous sommes arrivés à un résultat positif pour
la première fois de l’histoire de la marque. C’était un travail très
intéressant parce qu’il y avait un grand nombre de personnes de haute
qualité technique mais sans coordination. Avec ce que j’appelle mon
‘selský rozum’, mon sens pratique, avec des choses qui pour moi
étaient élémentaires, on a pu mettre un plan en route. C’est vrai que
sans ma contribution, nous aurions eu du mal à sortir la marque de sa
mauvaise passe. »
Vous vivez en Suisse depuis 1975, comment avez-vous vécu la chute du régime communiste à Prague ? Etes-vous venu ici ?
« Non, j’étais un criminel en Tchécoslovaquie jusqu’à la révolution de 1989. Je ne voulais pas revenir parce que j’étais offensé par ce qui m’était arrivé. J’ai posé deux conditions à mon retour : qu’on me rende mon diplôme d’ingénieur et qu’on me restitue ma propriété. Quand ce processus s’est enclenché, je suis rentré, c’était en 1991. »
Harry Pollak, photo: Petr Brodecký
Vous êtes à Prague aujourd’hui pour faire la promotion de votre livre.
Vous avez rencontré beaucoup de gens de la presse. Quelle est votre
impression ? Les questions posées par les journalistes tchèques vous
surprennent-elles ? L’accueil qui vous a été fait vous a-t-il surpris ?
« Je suis surpris par l’intérêt, surpris que des gens soient prêts
à perdre leur temps pour me poser des questions… Je suis aussi surpris
par le genre de questions qui me sont posées, qui montrent que
l’intérêt du marché n’est pas dans les facultés que je possède,
mais davantage dans des choses qu’on écrit plutôt dans les magazines
féminins. Mais c’est la vie ! Et je suis très content d’avoir
l’occasion de parler de tout. Parce qu’en Suisse, même après 36 ans
de résidence, je suis toujours un étranger, toléré mais les gens ne me
parlent pas. Je suis un ermite. Dans le village où je vis il y a 2 800
habitants, qui me disent bonjour en général mais qui ne discutent pas
avec moi. Il y a seulement deux personnages avec qui je suis en contact.
Une amie de ma défunte épouse que je prends pour faire ses courses parce
qu’elle n’a pas de voiture et qui m’invite une fois par mois pour
déjeuner. Le deuxième est le chat de mon voisin, qui est très gentil et
vient me soulager dans ma solitude, et vient presque chaque jour. »







