Panorama Entretien avec Harry Pollak - 3è et dernière partie

30-11-2010 | Alexis Rosenzweig

Troisième et dernière partie de l’entretien réalisé avec Harry Pollak, dont le livre autobiographique vient de sortir aux éditions Mladá fronta. Parti en France à 17 ans, en 1938, il revient en Tchécoslovaquie en 1945 après avoir combattu avec l’armée tchécoslovaque en exil. En 1949, un an après le Coup de Prague, c’est le deuxième exil pour Harry Pollak, qui fuit le régime communiste avec son épouse et se retrouve en Grande Bretagne, où il entame une carrière assez exceptionnelle.

Télécharger: MP3

Votre livre est intitulé « Ma vie » et est sous-titré « L’homme qui a sauvé la marque Aston Martin ». Au bout de plusieurs années dans diverses entreprises et banques d’investissement, vous êtes devenu consultant, et notamment consultant pour cette célèbre marque de voiture, Aston Martin, qui a accepté de vous prêter la photo d’une de ses voitures pour la couverture de votre livre…

 « Oui, vous savez cette entreprise était un hobby de David Brown qui avait un empire industriel dans le nord de l’Angleterre avec la production de tracteurs et des milliers d’employés. La marque Aston Martin était son petit bijou, mais perdait de l’argent chaque année, et le pire est que quand les syndicats demandaient quelque chose, les grandes usines du nord se mettaient en grève par solidarité. On leur a donc tout permis pour les satisfaire…Au moment où la société financière de Birmingham, dont je faisais partie du conseil d’administration, a eu la possibilité de l’acheter, l’entreprise avait déjà perdu quatre millions de livres sterling en un an et les banques voulaient couper les crédits si un acheteur n’était pas trouvé. J’étais en vacances en Suisse en train de faire du ski avec ma femme quand on m’a appelé pour me dire de revenir immédiatement et regarder s’il y avait un moyen de racheter et comment. Harry Pollak, photo: Archives de Harry PollakHarry Pollak, photo: Archives de Harry Pollak Je suis revenu et ai préparé un plan en une journée. Deux ou trois jours après on a acheté, David Brown était très content de s’en débarrasser. J’ai immédiatement quitté le conseil d’administration pour m’occuper uniquement d’Aston Martin et mes partenaires, financiers et comptables, se sont chargés de la vente et des finances. Ma tâche consistait à assainir les finances. J’étais membre du conseil et en six mois nous sommes arrivés à un résultat positif pour la première fois de l’histoire de la marque. C’était un travail très intéressant parce qu’il y avait un grand nombre de personnes de haute qualité technique mais sans coordination. Avec ce que j’appelle mon ‘selský rozum’, mon sens pratique, avec des choses qui pour moi étaient élémentaires, on a pu mettre un plan en route. C’est vrai que sans ma contribution, nous aurions eu du mal à sortir la marque de sa mauvaise passe. »

Vous vivez en Suisse depuis 1975, comment avez-vous vécu la chute du régime communiste à Prague ? Etes-vous venu ici ?

 « Non, j’étais un criminel en Tchécoslovaquie jusqu’à la révolution de 1989. Je ne voulais pas revenir parce que j’étais offensé par ce qui m’était arrivé. J’ai posé deux conditions à mon retour : qu’on me rende mon diplôme d’ingénieur et qu’on me restitue ma propriété. Quand ce processus s’est enclenché, je suis rentré, c’était en 1991. »

Harry Pollak, photo: Petr BrodeckýHarry Pollak, photo: Petr Brodecký Vous êtes à Prague aujourd’hui pour faire la promotion de votre livre. Vous avez rencontré beaucoup de gens de la presse. Quelle est votre impression ? Les questions posées par les journalistes tchèques vous surprennent-elles ? L’accueil qui vous a été fait vous a-t-il surpris ?

 « Je suis surpris par l’intérêt, surpris que des gens soient prêts à perdre leur temps pour me poser des questions… Je suis aussi surpris par le genre de questions qui me sont posées, qui montrent que l’intérêt du marché n’est pas dans les facultés que je possède, mais davantage dans des choses qu’on écrit plutôt dans les magazines féminins. Mais c’est la vie ! Et je suis très content d’avoir l’occasion de parler de tout. Parce qu’en Suisse, même après 36 ans de résidence, je suis toujours un étranger, toléré mais les gens ne me parlent pas. Je suis un ermite. Dans le village où je vis il y a 2 800 habitants, qui me disent bonjour en général mais qui ne discutent pas avec moi. Il y a seulement deux personnages avec qui je suis en contact. Une amie de ma défunte épouse que je prends pour faire ses courses parce qu’elle n’a pas de voiture et qui m’invite une fois par mois pour déjeuner. Le deuxième est le chat de mon voisin, qui est très gentil et vient me soulager dans ma solitude, et vient presque chaque jour. »

Partager

à découvrir

Articles correspondants

En savoir plus

Archives de la rubrique

En savoir plus

Diffusion actuelle en français