Panorama Centropa : documenter la vie juive en République tchèque et dans toute l’Europe centrale et orientale
Documenter la vie des communautés juives en Europe centrale jusqu’à la Turquie en passant par la Roumanie : c’est l’objectif de l’organisation à but non lucratif appelée Centropa, basée à Vienne. Ouriel Morgensztern travaille pour Centropa depuis quelques années et il était récemment de passage à Prague, où nous l’avons rencontré pour lui demander de parler de son organisation et de ses activités.
Ouriel Morgensztern, photo: Centropa Vienna « On vient de terminer un séminaire pour des enseignants tchèques, dont
le but était de les familiariser avec notre organisation, Centropa, qui
documente la vie juive en Europe centrale et orientale. En gros, nous
faisons des interviews de personnes nées autour de 1920-1930 et nous
scannons leurs photos de famille. »
Centropa est basée et Vienne et ces interviews ont été menées dans plus d’une dizaine de pays dont la République tchèque.
L'équipe Centropa et Edward Serotta (à la droite), photo: Centropa Vienna « Oui, le projet a commencé en 2000 et a été initié par un ancien
reporter de la chaîne américaine ABC Edward Serotta. Nous avons
travaillé dans quinze pays simultanément, dont la République tchèque,
où nous avons interviewé une soixantaine de personnes, surtout à Prague
mais aussi en province. »
Quel est le but de ces séminaires destinés aux enseignants ?
« Le but de tout ça est de documenter la vie juive d’une manière qui
n’a pas été faite jusqu’à présent : on se base sur les photos de
famille et sur leur description pour montrer comment les gens vivaient,
comment ils ont survécu pendant la guerre, et comment ils vivent
aujourd’hui. Notre institut mêle les nouvelles technologies à
l’histoire pour pouvoir enseigner à la jeune génération la vie juive
d’une autre façon.
Photo: Centropa Vienna
On connaît tous les programmes qui insistent sur la
période de l’Holocauste mais on s’est aussi rendu compte qu’il y
avait un petit peu une ‘suroffre’ de ce type de programmes donc on a
essayé d’aborder la jeune génération d’une manière différente, en
lui montrant comment les gens vivaient, au moyen de petits films. Ces
petits films sont créés à partir des photos de famille scannées et de
leur histoire. Ces films font entre cinq et quinze minutes – on peut les
voir sur notre site internet – et ils s’attachent à un sujet
particulier comme une histoire d’amour, une fête juive particulière, ou
des thèmes plus sensibles comme la Shoah ou les transports d’enfants. »
Photo: Centropa Vienna
C’est donc pour décrire la vie telle qu’elle était et pas seulement
la disparition ? Les personnes âgées que vous avez rencontrées ont
décrit leur jeunesse et leur vie avant la guerre, avant la Shoah, et
peut-être parfois après ?
« Exactement, on documente leur vie avant, pendant et après. Une petite
anecdote pour vous situer un petit peu le propos : on a interviewé une
personne, pas en Tchéquie mais en Ukraine, qui nous a dit qu’elle avait
déjà vu cinq organismes et que nous étions les premiers à lui avoir
demandé comment elle avait vécu.
Photo: Centropa Vienna
Alors que les autres s’attachaient à
documenter quelque chose qui était aussi important – et heureusement que
ça a été fait parce que les survivants sont de moins en moins nombreux
– à savoir ce qui s’était passé pendant l’Holocauste, des
histoires de mort. Nous, on s’attache à documenter la manière dont les
gens vivaient et vivent. »
Depuis peu, la base de données de la Fondation pour la Shoah est disponible à Prague et je crois que vous avez en projet un échange de bases de données.
L'exposition tchèque à l'académie Gann de Boston, photo: Centropa Vienna « Oui, nous sommes une organisation à but non lucratif et l’intérêt
est que nos recherches profitent à tout le monde, à la jeune génération
mais aussi aux historiens. Donc les coopérations avec les musées
nationaux, en Tchéquie et dans les autres pays, sont primordiales
puisqu’on veut toucher le plus de personnes possibles. On documente
quelque chose qui n’existe plus. La vie telle qu’elle était à
l’époque n’est plus la même maintenant, mais la manière dont on la
propose à notre public – à travers notre site Internet, nos films et
des expositions – est un peu un témoignage de cette vie qui n’est plus
présente en Europe, la population juive ayant été décimée.
L'exposition à Arad, photo: Centropa Vienna
Même si
les communautés revivent et sont extrêmement dynamiques dans certains
pays, il reste beaucoup moins de Juifs qu’à l’époque et leur
organisation est complètement différente. Leur langue aussi d’ailleurs,
par exemple. Le vivier des communautés juives d’avant-guerre était la
Pologne, avec comme langue principal le yiddish. C’est aussi quelque
chose qu’on a essayé de préserver, mais la langue est en train de
disparaître un petit peu.
Comment financez-vous vos projets ?
Photo: Centropa Vienna « Le financement est maintenant assuré à 50% par des donateurs privés
aux Etats-Unis, des personnes privées ou des fondations, et localement,
dans chaque pays on travaille avec les ministères de l’Education, des
Affaires sociales, de l’Intérieur, les ambassades… Avec des petits
financements locaux on arrive à financer des séminaires comme
aujourd’hui à Prague ou des choses un peu plus importantes comme des
expositions. Il va sans dire que la crise économique dont tout le monde a
souffert et souffre encore nous a aussi touchés, mais nous sommes toujours
là… et on continue ! »





