A Zlín, « l’or se trouve dans la boue »

Et si les clubs du championnat tchèque de football montraient l’exemple au reste de la société ? Alors que le gouvernement refuse d’accueillir des migrants sur la base des accords votés au niveau européen, les joueurs étrangers, et plus particulièrement africains, à évoluer dans le championnat national sont chaque année un peu plus nombreux. Qu’il semble désormais loin le temps où voir un joueur noir de peau courir balle au pied sur les pelouses de République tchèque relevait de l’exotisme. La preuve à Zlín, petite ville de Moravie de l’Est : pas moins de quatre joueurs figurent dans l’effectif de ce club surprise de la saison dernière, qui s’apprête à disputer la phase de groupes de la Ligue Europa. Parmi eux, l’attaquant sénégalais Dame Diop et le le milieu gabonais Duval Nzembi, que nous avons rencontré. Tous deux, et d’abord Duval Nzembi, évoquent leur adaptation réussie à la vie paisible à Zlín :

Duval Nzembi, photo: Dominik Zahnaš / FC Fastav ZlínDuval Nzembi, photo: Dominik Zahnaš / FC Fastav Zlín Duval Nzembi : « J’ai déjà connu quelques pays durant ma carrière. La France, la Bolivie, mais aussi d’autres encore avec l’équipe nationale. Mais la République tchèque m’a plus dès que j’y suis arrivé. C’est un pays calme, et cela tombe bien car j’aime beaucoup la tranquillité. Et puis je trouve que les gens sont très sympas. J’ai pensé que c’était un bon cadre pour m’épanouir. On pense toujours à aller en France ou en Angleterre en négligeant les autres pays alors que, comme le dit l’adage, ‘l’or se trouve dans la boue’. J’ai dit à mon manager que j’aimais ce pays. Après ma saison passée à Otrokovice (en 3e division nationale), j’ai eu des offres de différents clubs étrangers, entre autres albanais… Mais mon manager a bien compris que je n’avais pas envie d’aller ailleurs. C’est pourquoi j’ai accepté la proposition de Zlín. »

Dame Diop : « Moi aussi, j’apprécie le calme des petites villes comme Zlín. Prague est une belle ville (Dame Diop a porté le maillot du Slavia pendant une demi-saison en 2014-2015, ndlr) et j’aime y passer un week-end de temps à autre. Mais vivre dans une grande ville peut te perturber. Tu sors avec tes amis en boîte ou au resto, et ce ne n’est pas idéal pour la récupération. Or, cela fait partie de l’entraînement. C’est pourquoi il est plus facile de se concentrer uniquement sur le football sans se laisser distraire par le reste dans une ville comme Zlín. »

Vous n’y menez quand même pas une vie de moine ?

Dame Diop, photo: Site officiel du FC Fastav ZlínDame Diop, photo: Site officiel du FC Fastav Zlín Dame Diop : « Non, non, non ! Ma copine n’est pas là, je ne suis pas encore mariée et je ne suis pas moine. Je suis juste un joueur professionnel. »

Que faites-vous alors de votre temps libre à Zlín ?

Dame Diop : « Nous sommes pratiquement tout le temps entre amis, entre nous joueurs. Nous sommes ensemble sur le terrain et le restons en dehors aussi. Et quand nous avons deux jours de libre, nous allons dans les plus grandes villes dans les alentours comme Brno ou Ostrava pour faire un peu de shopping ou se balader un peu. Mais on reste tranquilles. »

Passez-vous aussi un peu de temps avec vos coéquipiers tchèques ?

Dame Diop : « Nous avons des repas communs après chaque match. Et alors peu importe qui est Africain, Tchèque, Argentin, Serbe ou Bosnien. Nous échangeons et rigolons ensemble, puis chacun va se coucher de son côté. »

 « Allez les cordonniers ! »

FC Fastav Zlín, photo: Dalibor Michalčík / FC Fastav ZlínFC Fastav Zlín, photo: Dalibor Michalčík / FC Fastav Zlín Connaissez-vous le surnom de votre équipe ?

Duval Nzembi: « Le surnom de notre équipe ? »

Dame Diop « Fastav ! »

C’est le nom de votre sponsor… Le surnom est « Ševci ».

Duval Nzembi : « Ah oui, ‘Ševci’ ! Ce sont des… »

Vous êtes-vous un peu intéressés à l’histoire de Zlín ?

Duval Nzembi : « Oui, on m’a expliqué que les ‘ševci’ étaient des cordonniers. »

Et savez-vous pourquoi ?

Duval Nzembi : « Parce qu’il y en avait beaucoup. »

Cela vient de la marque de chaussures Baťa.

Tous les deux : « Bata (ils prononcent le nom de la marque en français) ?! Ah, oui ! »

Dame Diop : « Oui, je m’y suis un peu intéressé, parce qu’au début je ne comprenais pas pourquoi les supporters scandaient ‘Ševci, Ševci’ dans le stade. J’ai donc demandé à un coéquipier qui m’a expliqué ce que cela signifiait et qu’il y avait beaucoup de cordonniers autrefois à Zlín. »

Duval Nzembi : « Allez les cordonniers ! »

 « Regarde, c’est le black »

Qu’aimez-vous faire à Zlín ?

Zlín, photo: Marek Červinka, CC BY-SA 4.0Zlín, photo: Marek Červinka, CC BY-SA 4.0 Duval Nzembi : « J’apprécie les parcs, où il y a parfois un peu de monde, c’est agréable. Tu prends l’air et c’est toujours très calme. Bon, nous avons aussi quelques cafés et restos… »

Dame Diop : « Et puis il y a un très beau zoo ! J’aime aller voir les animaux, c’est magnifique, cela me rappelle le pays. »

Et la nourriture tchèque ?

Dame Diop : « Ce n’est pas mauvais. Mais c’est aussi lié à la manière dont nous avons été éduqués. Où que l’on soit dans le monde, nous devons nous adapter rapidement. Quel que soit le pays où nous sommes, nous nous adapterons. Ce n’est pas un problème. Et puis la nourriture tchèque est plutôt bonne, même si je ne vous citerai pas les noms des plats… En même temps, je vis à l’hôtel, et je mange tout ce qui s’y prépare, sauf le porc, puisque je suis musulman. La seule chose est qu’il y en a partout, les Tchèques en mangent beaucoup. »

Quelles sont enfin les relations que vous avez avec les Tchèques dans la vie de tous les jours ? On peut supposer que les habitants de Zlín vous reconnaissent dans la rue parce que des gens de couleur, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’y en pas des mille et des cents…

Dame Diop : « Cela se passe bien. Je n’ai jamais eu le moindre problème lié à une forme de racisme. Jamais. Les gens nous saluent, rigolent ou demandent une photo. Ils sont vraiment très sympas. »

Duval Nzembi : « C’est vrai, ce n’est vraiment pas compliqué. Le plus souvent, les gens nous sourient et sont agréablement surpris de nous voir. Ils se regardent et se disent ‘regarde, c’est le black’. Les moins courageux font des photos discrètement. Quand nous les surprenons, c’est nous qui leur disons de venir. On en profite, tant mieux ! »