A Zlín, du rêve à la réalité

Ils avaient rêvé d’Arsenal ou du Milan AC. Le tirage au sort en a décidé autrement. Ce sont donc les modestes Moldaves du Sheriff Tiraspol que les footballeurs du FC Fastav Zlín accueilleront jeudi, à Olomouc, pour la 1ère journée de la phase de groupes de la Ligue Europa. Petit poucet de la « petite » coupe d’Europe, le club morave sera un des trois représentants tchèques dans la compétition, avec le Slavia Prague et le Viktoria Plzeň. Et pour la plupart de ses joueurs, il s’agira du premier match de coupe d’Europe de leur carrière. Parmi eux, le milieu de terrain gabonais Duval Nzembi et l’attaquant sénégalais Dame Diop. Deux footballeurs africains parmi des milliers d’autres en Europe, qui ont évoqué leurs attentes, leurs rêves et le parcours tortueux qui, en passant par la Bolivie, l’Arménie ou la Russie, les a amenés jusqu’en République tchèque au micro de Radio Prague.

FC Fastav Zlín, photo: Dalibor Michalčík / FC Fastav ZlínFC Fastav Zlín, photo: Dalibor Michalčík / FC Fastav Zlín Dame Diop : « Nous abordons la compétition avec la volonté d’apprendre, c’est normal quand on voit les autres équipes. Mais cela ne veut pas dire que nous serons spectateurs. Nous allons nous battre pour accrocher quelque chose. Que ce soit une première fois ne signifie pas tout. Nous sommes des joueurs professionnels et sommes donc là pour donner le maximum. »

Que représente dans votre carrière cette participation à la coupe d’Europe ?

Duval Nzembi : « C’est énorme, d’abord parce que ce n’est pas quelque chose qui est donné à tout footballeur. Même si c’est la Ligue Europa, ça reste une grande compétition au niveau des clubs en Europe. Cela l’est d’autant plus pour moi qui jouais encore en troisième division à Otrokovice, ville voisine de Zlín, la saison dernière… C’est un rêve qui se réalise et nous entendons bien en profiter un maximum avec l’ambition de montrer notre bout de nez et que nous ne sommes pas là juste pour faire le compte. »

Du FC Khimri au Shirak Giumri

Même si les joueurs africains sont désormais de plus en plus nombreux y compris dans le championnat tchèque, on s’étonne toujours un peu que des joueurs sénégalais et gabonais comme vous atterrissent en République tchèque, et d’autant plus en Moravie dans une petite ville comme Zlín. Quel a donc été votre parcours ?

DN : « Ah… Cela a été dur. Très dur. J’ai dû cravacher dur pour en arriver là où j’en suis aujourd’hui. Je suis passé par des chemins sur lesquels beaucoup auraient peut-être abandonné. Mais j’avais des objectifs depuis tout jeune, et je savais que rien de grand ne s’obtient dans la facilité. J’ai eu la chance de jouer en équipe nationale gabonaise dans toutes les catégories d’âge, mais j’ai quitté le Gabon pour aller en Bolivie, où je suis resté un an et où ça ne s’est pas très bien passé… »

Expliquez-nous quand même comment un jeune joueur gabonais en arrive à jouer en Bolivie…

Duval Nzembi, photo: Dominik Zahnaš / Fastav ZlínDuval Nzembi, photo: Dominik Zahnaš / Fastav Zlín DN : « Quand tu as de l’ambition et que tu attends quelque part, on te fait miroiter que tu vas peut-être signer en France dans un club de deuxième ou troisième division. Mais toi, tu ne peux pas attendre éternellement au Gabon, car le niveau du championnat local n’est pas suffisamment bon. Et puis voilà, j’ai eu cette opportunité d’aller en Bolivie… Et j’y suis allé ! Cela m’a beaucoup apporté, ne serait-ce qu’au niveau de la culture et de la langue. Mais bon, c’était loin de l’Europe et de mes objectifs. Et c’est comme ça que je suis arrivé à Otrakovice, où cela n’a été que du bonheur. La preuve : les trois mois passés là-bas m’ont ouvert d’autres portes à Zlín. »

Et pour vous, Dame ?

DD : « J’ai signé mon premier contrat professionnel au FC Khimki, un club de de deuxième division en Russie. J’y suis resté sept mois avant de partir en Arménie au Shirak Giumri. Durant les deux ans et demi là-bas, j’ai remporté le championnat, la coupe nationale et participé à deux reprises aux éliminatoires de la Ligue des champions. C’est d’ailleurs ce qui m’a valu d’être convoqué en équipe nationale. Puis un recruteur du Slavia Prague m’a remarqué et m’a convaincu de venir tenter ma chance. Comme j’arrivais en fin de contrat en Arménie, j’ai donc accepté. Et cela fait maintenant bientôt trois ans que je suis en République tchèque, même si je n’ai pas beaucoup joué au Slavia. Mais ce sont des choses qui arrivent dans la vie. Quand on est jeune, il faut apprendre à être fort de façon à pouvoir s’adapter. Il ne faut jamais renoncer. J’ai donc résilié mon contrat avec le Slavia pour tenter ma chance ici à Zlín. »

Quels adversaires auriez-vous aimé affronter en Ligue Europa ?

DD : « Sportivement parlant, je n’ai pas de préférence. Le plus important n’est pas seulement de jouer, mais aussi de gagner ne serait-ce que quelques matchs. Mais quelles auraient été nos chances contre les grands clubs ? Si c’est pour aller chez eux et prendre une valise… Je préfère donc des clubs plus moyens et davantage à notre portée. Car on espère bien nous qualifier pour le tour suivant ! »

 « Ma vie est en Afrique »

Comment envisagez-vous la suite de votre carrière ? Duval par exemple, nous ne disposez à Zlín que d’un contrat d’un an…

DN : « Je suis serein. Les dirigeants voulaient que je signe pour deux ans, mais j’ai préféré un contrat d’un an renouvelable. L’important maintenant, c’est le terrain. »

Dame Diop, photo: Dalibor Michalčík / FC Fastav ZlínDame Diop, photo: Dalibor Michalčík / FC Fastav Zlín DD : « (Il rit) Idem ! Après, seul Dieu seul sait… »

DN : « Tout footballeur a ses rêves secrets. Mais je peux bien vous dire que je rêve de jouer un jour en Angleterre, l’important, c’est le présent. Et cela passe d’abord par des performances sur le terrain. Sans travail, pas de rêve. »

On suppose que d’avoir pu faire du football votre métier est déjà un rêve qui s’est réalisé. Mais les carrières sont courtes et aléatoires dans un milieu de requins…

DN : « Aujourd’hui, un joueur en Europe, pour peu qu’il soit bien organisé et bien entouré, peut vivre de son activité tout en préparant l’après-football. Certes, il ne faut pas faire de folies, mais nous n’avons pas non plus besoin du salaire de Cristiano Ronaldo pour assurer nos arrières. Il faut aussi savoir se priver aujourd’hui pour envisager l’avenir. Aujourd’hui, la bouteille d’eau qui est devant moi, elle est à moi, mais le sera-t-elle aussi demain ? Elle le sera si je m’y prépare aujourd’hui. Après, j’ai la chance d’avoir un don, et il est aussi important de le transmettre aux prochaines générations. La question qu’il faut se poser n’est pas de savoir ce que l’on peut avoir de plus, mais ce que l’on peut donner aux autres. Et plus les années passent, plus tu y penses. »

Plus concrètement, cet avenir, vous le voyez en Europe ou en Afrique ?

DN : « J’aimerais rester dans le milieu du football en Europe. Pourquoi ne pas servir d’intermédiaire entre l’Europe et l’Afrique pour aider les jeunes ? Il y a des pépites en Afrique, mais elles n’ont personne pour leur tendre la main. Or, aider me procure du plaisir. Ca, ce serait un rêve qui se réalise ! La boucle se bouclerait en quelque sorte. En tous les cas, j’entends rester au service du football. »

DD : « Moi, ma vie est en Afrique. Ma carrière de joueur professionnel m’empêche de mener une vie de famille. Ta famille, tu la vois deux fois dans l’année. Ce sera donc elle ma priorité une fois ma carrière finie. »