1# Ces Tchèques strasbourgeois : « Quand vous vivez à l’étranger, vous idéalisez un peu votre pays »

Tout au long de l’été, Radio Prague vous propose de découvrir les portraits de Tchèques installés à Strasbourg. Comment va la vie en Alsace ? C’est comment la France ? Cela ne vous manque pas trop la Tchéquie ? Autant de questions que nous avons posées à Lucie Nešporová, attachée culturelle à la représentation permanente tchèque auprès du Conseil de l'Europe, qui ouvre cette série estivale.

Lucie Nešporová, photo: archive de Lucie NešporováLucie Nešporová, photo: archive de Lucie Nešporová Lucie Nešporová, pouvez-vous m’expliquer ce que vous faites à Strasbourg, et depuis quand y êtes-vous ?

« Je suis installée à Strasbourg depuis trois ans. J’y travaille, et mon mari est Français, d’où ce choix de pays. Je me plais beaucoup à Strasbourg, c’est une très belle ville, qui me fait beaucoup penser à Prague, ma ville natale, où j’ai passé la plupart de mon temps. Auparavant j’ai vécu à Toulon, dans le sud de la France, que j’aimais beaucoup aussi. Surtout le soleil et la mer ! Ce sont des éléments très agréables, mais très honnêtement, je préfère la vie à Strasbourg. »

Pourquoi vous sentez-vous mieux à Strasbourg qu’à Toulon ?

« Je trouve que cette ville est beaucoup plus multiculturelle, ouverte au monde. Je me sens mieux ici qu’à Toulon. »

Vous parliez aussi de la proximité culturelle avec la République tchèque. Sentez-vous des similitudes entre votre cadre de vie ici et celui que vous pouviez connaître en République tchèque ?

Strasbourg, photo: Jonathan Martz, CC BY-SA 3.0Strasbourg, photo: Jonathan Martz, CC BY-SA 3.0 « Absolument. Quand on se promène dans les petites rues de Strasbourg, on a vraiment l’impression d’être un tout petit peu à Prague. Les gens ici sont très habitués aux étrangers, donc il n’y a pas de souci si vous parlez mal le français. Les gens ont plutôt l’habitude d’accepter, d’être ouverts. Je crois que les gens du sud de la France sont beaucoup plus renfermés sur eux-mêmes. C’est plus compliqué pour un étranger de se faire des amis, de suivre les événements culturels. A Toulon, il y en avait assez peu. Vraiment, il y a ici des choses qui se passent tous les jours. Les gens sont très ouverts à se lier d’amitié avec vous. Il y a une vraie facilité de vie, je trouve Strasbourg plus sympathique. »

Et l’Alsace ?

« C’est une très bonne question. C’est assez spécifique, et pourtant cela reste ouvert. Il faut comprendre les Alsaciens. Ils restent un peu renfermés, ils ne sont pas très souriants, mais une fois que vous comprenez leur logique et leur mentalité, vous acceptez leur jeu d’être un peu malpoli en un sens, vous arrivez à vous faire des amis aussi. »

Vous travaillez à la représentation permanente de la République tchèque auprès du Conseil de l’Europe, pouvez-vous nous expliquer ce que vous y faites ?

L' Agora (bâtiment général du Conseil de l'Europe), photo: Adrian Grycuk, CC BY-SA 3.0 plL' Agora (bâtiment général du Conseil de l'Europe), photo: Adrian Grycuk, CC BY-SA 3.0 pl « La République tchèque préside le comité des ministres du Conseil de l’Europe pendant six mois. En tant qu’attachée culturelle de la représentation permanente, je suis responsable du programme culturel qui accompagne la présidence tchèque. C’est un peu le but : pas seulement les éléments politiques mais aussi la culture, promouvoir la République tchèque à l’étranger, ce qui est très important. C’est mon travail. Je suis en contact avec la ville de Strasbourg afin d’organiser avec elle des événements culturels, et avec des partenaires français, locaux, qui nous aident beaucoup à réaliser nos projets. Donc je suis une intermédiaire entre la République tchèque et la ville de Strasbourg. »

Y a-t-il une communauté tchèque importante à Strasbourg ? Est-ce important pour vous de garder des contacts avec d’autre Tchèques ?

« Tout à fait. C’est aussi pour cela que la vie ici me semble plus facile qu’à Toulon. Il y a une communauté tchèque à Strasbourg d’environ 150 personnes, ce qui n’est pas du tout le cas à Toulon. Si on y trouve par hasard une ou deux personnes, c’est déjà beaucoup. Il est très important aussi de se retrouver de temps en temps avec des amis qui parlent la même langue. Nous avons tous des enfants du même âge. C’est aussi pour cela qu’avec mes amis, nous avons fondé une école tchèque, afin de pouvoir transmettre un peu d’éducation tchèque à nos enfants. Tout cela compte dans la vie à Strasbourg, même si nous sommes très éloignés de la République tchèque. Cela nous aide à garder un contact intensif avec la République tchèque. »

Cela fait maintenant de longues années que vous êtes en France. Quel regard portez-vous sur ce pays ?

« Pour être honnête, parfois j’ai du mal à comprendre la mentalité. Comme je l’ai dit, mon mari est français, mes enfants parlent français et leur mentalité est plutôt la mentalité française, puisqu’ils n’ont jamais vécu ailleurs. J’avoue que j’ai très souvent du mal à accepter des choses qui ne me plaisent pas, et que l’on ne trouve pas dans notre pays, la République tchèque. En même temps, j’ai beaucoup d’amis français, ce sont des gens très amicaux, ouverts. Je crois qu’on a toujours du mal à s’habituer aux choses qui ne nous sont pas très proches, que l’on ne connaît pas. »

Est-ce que vous pourriez être plus précise sur ces choses qui vous dérangent, ou auxquelles vous avez du mal à vous habituer ?

« Il y a toujours des liens avec ma vie personnelle, à l’organisation de ma famille, etc. Ce qui me dérange par exemple, ce sont les grèves que l’on croise tous les jours. Dans l’organisation d’un foyer où les deux parents travaillent, si vous avez plusieurs enfants, c’est impossible de s’organiser si tous les jours vous affrontez des problèmes avec la cantine, le fonctionnement de l’école… Je ne me suis jamais habituée à cela. »

Photo illustrative: CC BY-SA 3.0Photo illustrative: CC BY-SA 3.0 Il a peut-être d’autres choses auxquelles vous vous êtes habituée plus facilement ?

« Oui, par exemple la nourriture française. J’adore la cuisine française, la restauration, les vins, les fromages… Pour cela, vous êtes vraiment très forts. En Tchéquie, on n’a jamais réussi à produire des fromages, du vin, comme vous. »

Vous êtes de fait éloignée de la Tchéquie depuis quelques années également. Comment voyez-vous évoluer ce pays de loin ?

« J’y retourne deux fois par an, plutôt pour de courts séjours, donc je n’ai pas vraiment le temps pour observer. Je trouve peu d’évolution, à vrai dire. C’est peut-être parce que j’y retourne peu souvent et pour peu de temps. Quand vous vivez à l’étranger, vous idéalisez un peu votre pays. Parfois je me dis : ‘Cela ne serait pas possible en République tchèque, c’est affreux ce qu’il se passe ici’. Puis je parle avec mes amis à Prague, qui me disent ‘Soies contente d’être en France, parce qu’ici c’est vraiment affreux’. Donc je crois que c’est comme partout, il y a de bons et de mauvais côtés. »

Vous voyez-vous rester encore à Strasbourg quelques années supplémentaires ?

« Oui. J’aime bien voyager, rencontrer des cultures différentes. J’aimerais bien retourner un jour à Prague. »

Rendez-vous la semaine prochaine pour une nouvelle plongée au cœur de la communauté tchèque de Strasbourg.