Tomáš Garrigue Masaryk et le défi qui attend le prochain président tchèque

L’héritage du premier président tchécoslovaque Tomáš Garrigue Masaryk, mort il y a précisément 80 ans de cela, et la publication des résultats d’une nouvelle enquête menée pour élucider les circonstances de la mort de son fils, le diplomate Jan Masaryk, sont les deux premiers sujets abordés dans cette nouvelle revue de la presse tchèque de la semaine écoulée. Nous nous intéresserons aux conséquences que pourraient avoir pour la République tchèque les ouragans qui ont déferlé récemment sur les Caraïbes et les Etats-Unis, ou encore à la popularité des investissements dits d’alternative et à la volonté grandissante des Tchèques de léguer par le biais de testaments une partie de leurs biens à des organisations à but non lucratif.

Tomáš Garrigue Masaryk, photo: Repro TGM v LánechTomáš Garrigue Masaryk, photo: Repro TGM v Lánech Ce jeudi 14 septembre, 80 ans se sont écoulés depuis la mort de Tomáš Garrigue Masaryk, fondateur et premier président de l’Etat tchécoslovaque. A l’occasion de cet anniversaire, le journal Deník Referendum a constaté sur son site Internet que le caractère hors du commun de la République tchécoslovaque de l’entre-deux-guerres, marqué par un humanisme profond et des aspirations mondiales, se rattache en premier lieu à la personnalité exeptionnelle de Masaryk lui-même. Un autre texte publié par l’hebdomadaire Reflex explique de son côté :

« Tomáš Garrigue Masaryk est sans aucun doute une des plus grandes personnalités de l’histoire tchèque moderne. Lutte implacable pour la liberté, honnêteté et incorruptibilité sont autant des caractéristiques qui ont valu à cet homme au visage et au physique sublimes une autorité dont aucun de ses successeurs n’a ensuite joui. Les hommes d’Etat comme lui sont rares. En attendant l’élection présidentielle en janvier prochain, on peut se demander dans quelle mesure le prochain président tcKlára Stejskalováhèque parviendra à se rapprocher de toutes ces qualités. »

Václav Havel a une biliothèque qui porte son nom, tandis que Václav Klaus dispose d’un institut éponyme. Le quotidien Mladá fronta Dnes de jeudi rapporte que Tomáš Garrigue Masaryk aura finalement bien lui aussi une bibliothèque à son nom afin de conserver et développer son héritage. Tout en indiquant que cette bibliothèque siègera à l’Académie des sciences, l’auteur précise :

« Il s’agit là de rembourser une dette, car l’idée d’édifier des bibliothèques à l’image des présidents américains est apparue lorsque Masaryk était encore vivant. Le président tchécoslovaque avait légué ses archives, une bibliothèque, et mis à disposition des moyens financiers. Toutefois, seule une partie de ces objets a pu être conservée car tout ou presque a disparu après 1945. Aujourd’hui, 80 ans plus tard, on parvient néanmoins à reconstituer une grande partie des volumes de la bibliothèque originale qui avaient été dispersés dans différents établissements. »

En dépit d’une nouvelle enquête, le mystère demeure autour de la mort de Jan Masaryk

Jan Masaryk, photo: ČTJan Masaryk, photo: ČT La police a récemment mené en catimini une nouvelle enquête sur le décès de Jan Masaryk, fils du premier président tchécoslovaque. Cet ancien chef de la diplomatie est décédé le 10 mars 1948 dans d’obscures circonstances toujours restées non élucidées, après que son corps ait été retrouvé sous les fenêtres de son appartement dans la cour du ministère. Le quotidien Hospodářské noviny rapporte à ce sujet :

« La précédente enquête qui avait été menée par la police a été refermée il y a une quinzaine d’années de cela. Tandis que la version officielle prétend qu’il s’agit d’un suicide, les enquêteurs sont parvenus à la conclusion qu’il s’agit d’un assassinant, sans toutefois pouvoir identifier son auteur. Depuis quelques mois, et probablement pour la dernière fois, la police a ouvert une nouvelle enquête pour élucider les circonstances de la mort de Jan Masaryk qui, 60 ans après, reste source de toutes sortes de théories. Son objet est clair : désigner l’auteur du crime. »

La police a pris cette décision sur la base de découvertes qui lui ont été transmises par une chercheuse en histoire. Les nouvelles informations en question indiquent que le diplomate se trouvait en compagnie d’un haut fonctionnaire ministériel au moment des faits. Après avoir étudié les données disponibles, la chercheuse a privilégié la piste selon laquelle Jan Masaryk aurait été assassiné. Resterait donc à savoir par qui. D’après la directrice de l’Office de documentation et d’enquête sur les crimes du comunisme, Eva Michálková, qui est citée dans le journal, « la clé du mystère qui plane toujours sur cette mort se trouverait dans des archives étrangères ».

Les ouragans et la République tchèque

Photo illustrative: Archives de Radio PraguePhoto illustrative: Archives de Radio Prague « Que signifie la saison des ouragans pour la République tchèque ? », s’interroge Václav Cílek dans un texte publié sur le site echo24.cz. Géologue et climatologue reconnu, Václav Cílek observe entre autres :

« J’estime, sur la base de la combinaison de différents modèles et prévisions climatiques, que les ouragans actuels en Amérique représentent pour la Tchéquie un grand danger de fortes inondations très fortes en provenance du sud-ouest, depuis l’océan Atlantique, qui seraient renforcées par les eaux chaudes de la Méditéranée de l’Est. Ce modèle n’est cependant pas une nouveauté, car nous y sommes déjà confrontés depuis les inondations qui ont touché la Moravie et l’est de la Bohême en 1997. Ce qui est nouveau en revanche, c’est non seulement l’ampleur de ces tempêtes, mais aussi leur fréquence croissante. »

Le site se réfère en conclusion à un rapport de la caisse d’assurances Munich Re qui prévoit un risque deux fois plus élevé de grandes inondations pour l’Europe à l’avenir, et même trois fois plus élevée pour les inondations éclair.

Ces testaments qui tiennent compte des organisations à but non lucratif

Photo illustrative: Tomáš Adamec, ČRoPhoto illustrative: Tomáš Adamec, ČRo De l’argent, des maisons ou encore toutes sortes de collections de valeur : la liste des biens que certains Tchèques souhaitent léguer aux organisations à but non lucratif par le biais de testaments est très large. L’éditorial de l’édition de mercredi du quotidien Lidové noviny fait part de ce phénomène relativement nouveau en Tchéquie:

« Pour encourager davantage encore cette tendance, l’organisation baptisée ‘Pour une donation facile’ qui regroupe une trentaine d’organisations de ce genre, a lancé une campagne. Son but est d’attirer l’attention sur les organisations caritatives qui restent en marge de l’intérêt des donateurs. Bien évidemment, les organisations qui sont très connues, comme par exemple Le comité de bonne volonté – la Fondation Olga Havlová, sont privilégiées. Le nom de la première épouse du président Václav Havel, la transparence du projet et une tradition longue de près d’un quart de siècle valent à cette dernière de jouir d’une popularité hors du commun au sein de la société. »

Le journal remarque que le nouveau Code civil qui a pris effet en 2014 a aussi permis aux gens d’agir plus librement. De ce fait, le nombre de testaments rédigés augmente d’année en année, les gens s’intéressant beaucoup plus que par le passé à ce que leurs biens deviendront après leur mort.

Œuvres d’art et voitures de collection, des investissements sûrs ?

Tatra, photo: Klára StejskalováTatra, photo: Klára Stejskalová Les objets d’art, les voitures anciennes, les timbres-poste, les devises ou encore le vin : telles sont les principales commodités qui, actuellement, constituent les meilleurs investissements dits d’alternative pour les collectionneurs tchèques. Rien qu’au cours du premier semestre de cette année, ceux-ci ont dépensé plus de 730 millions de couronnes (près de 28 millions d’euros) pour l’achat d’œuvres d’art aux enchères. Un texte mis en ligne sur le site ekonom.cz précise à ce sujet :

« La bonne situation économique actuelle encourage ce type d’investissements recherchés par tous ceux qui veulent déposer et assurer leurs moyens. Outre les œuvres d’art traditionnelles, les voitures anciennes, dont les prix grimpent à une vitesse vertigineuse, sont de plus en plus prisées. C’est vrai notamment pour les marques Škoda et Tatra dont la demande connait un boom. Les voitures Tatra, même celles qui sont très usées, sont actuellement pratiquement introuvables sur le marché. Toutefois, il convient de constater que cet intérêt ne concerne que les investisseurs locaux. »

En Allemagne voisine, par exemple, un intérêt identique est voué aux voitures Wartburg qui ont connu leurs heures de gloire sous le régime communiste. L’article indique également que la capitale tchèque a accueilli récemment l’Investor Prague Show, une foire consacrée à ce domaine.