Pas de grand débat à l’occasion du 50e anniversaire du Printemps de Prague

Le 50e anniversaire du Printemps de Prague n’a pas initié en Tchéquie un important débat sur cette période. Plus de détails dans cette nouvelle revue de presse qui rappellera également l’accueil qui a été réservé aux réfugiés tchèques en Suisse après l’occupation du pays en août 1968. Elle vous présentera ensuite une réaction à la critique qui a été adressée par une partie de la communauté juive de République tchèque au gouvernement israélien. La participation des retraités au développement économique sera un autre sujet traité. Quelques mots enfin au sujet des statues dédiées aux femmes à Prague et à Brno.

'Le Printemps de Prague', photo: Reclam'Le Printemps de Prague', photo: Reclam Le 50e anniversaire du Printemps de Prague, une période de dégel et de relative libéralisation du régime communiste, ne suscite en Tchéquie qu’un faible intérêt. D’après ce que constate l’historien Pavel Kolář dans un texte pour le site aktuálně.cz, la commémoration n’a pas impulsé des regards nouveaux et inédits sur la période :

« Chaque nouvel anniversaire lié au Printemps de Prague, un des phénomènes centraux de la mémoire tchèque, semble confirmer que l’importance de l’année 1989 s’estompe. Les textes publiés de temps à autre se contentent de présenter des interprétations habituelles. Ils répètent les mêmes idées sur le caractère utopique de la tentative de concilier le socialisme avec la démocratie ou encore sur l’impossibilité de réformer le communisme, sur la lutte pour le pouvoir au sein du Parti communiste tchécoslovaque, qui n’intéressait pas la majorité de la société. Or, les historiens tchèques ont réalisé des travaux excellents sans pour autant proposer une nouvelle interprétation des événements. »

Voilà pourquoi Pavel Kolář salue la parution d’une monographie de l’historien allemand Martin Schulz Wessel. Il observe avec un brin d’ironie qu’elle constitue « une aide internationale » au discours tchèque qui demeure rigide. D’après ce qu’il écrit sur le site aktuálně.cz, l’ouvrage, intitulé Le Printemps de Prague. L’Entrée dans un monde nouveau (Der Prager Frühling. Aufbruch in eine neue Welt), va à contre-courant de l’histoire traditionnelle qui réduit les événements de l’année 1968 à l’occupation du 21 août et qui amoindrit ou néglige l’immense effervescence de la société qui l’a précédée. S’inscrivant dans l’évolution plus large de l’histoire mondiale, la réforme tchécoslovaque peut aussi servir d’exemple de la façon dont une société est à même de se régénérer après une crise grave. Un héritage qui pourrait inspirer même aujourd’hui, après tous les échecs et déceptions de l’évolution post-1989.

Le moment où la Suisse a ouvert ses portes aux réfugiés tchécoslovaques

L'exposition La Seconde vie, photo: Klára StejskalováL'exposition La Seconde vie, photo: Klára Stejskalová Le refus des quotas sur les réfugiés constitue le premier point de la déclaration programme du gouvernement de coalition que le leader du mouvement ANO Andrej Babiš, nommé ce mercredi pour la deuxième fois Premier ministre, envisage de former avec le Parti social-démocrate (ČSSD). Un constat qui amène l’auteur d’une note publiée dans l’hebdomadaire Respekt à attirer l’attention sur l’exposition La Seconde vie (Druhý život), qui se déplace actuellement dans plusieurs villes du pays et qui rappelle qu’au lendemain de l’écrasement du Printemps de Prague en août 1968, près de vingt mille réfugiés tchécoslovaques ont été accueillis en Suisse. Il écrit :

« Ce qui lie la majorité des vingt-cinq Tchécoslovaques dont les portraits sont présentés à l’exposition, c’est qu’ils ont rencontré le succès dans leur seconde patrie. Tous ceux qui ont quitté le pays après l’invasion de la Tchécoslovaquie, se sont vus accorder un visa par la Suisse, un permis de travail et les frais couvrant les premiers mois de leur séjour leur ont été remboursés. Mais outre un soutien officiel, les Suisses eux-mêmes ont offert leur aide aux Tchèques et aux Slovaques. Au lieu de surfer sur la vague anti-migratoire, les politiques, de concert avec la population, manifestaient à Bern et dans d’autres villes suisses contre l’occupation et en faveur du soutien aux immigrants tchécoslovaques. »

Enfin, le texte invite le nouveau gouvernement tchèque, qui devrait être formé avant le 50e anniversaire de l’occupation de la Tchécoslovaquie, à se souvenir de l’aide qui a été accordée à des dizaines de milliers de réfugiés tchécoslovaques à l’époque et à revoir sa position sur les réfugiés dans sa déclaration de programme.

Des Tchèques de confession juive critiques à l’égard de la politique israélienne

Plusieurs personnalités issues de la communauté juive de République tchèque ont adressé une lettre ouverte au gouvernement israélien dans laquelle elles expriment leur désaccord avec sa politique à l’égard des Palestiniens. D’après l’auteur de l’article publié sur le journal internet Deník Referendum, cette déclaration constitue une voix qui mérite d’être entendue. Il explique pourquoi :

« L’important, c’est que cette voix retentisse en République tchèque qui soutient plus qu’ailleurs l’idée que toute critique d’Israël serait de l’antisémitisme. Il est vrai que des voix critiques individuelles existent, mais il n’y avait pas jusqu’ici d’approche commune et coordonnée. C’est donc la première fois qu’une voix critique à l’égard de la politique israélienne se lève au sein de la communauté juive tchèque. Par ailleurs, les polémiques qui ont accompagné cette déclaration et vivaces aussi sur les réseaux sociaux prouvent à quel point il a été pour ses membres difficile de l’adopter. »

En conclusion, l’auteur du texte publié dans le journal Deník Referendum émet le vœu que cette déclaration critique des Tchèques de confession juive ne passe pas inaperçue et qu’elle rehausse l’image de la République tchèque dans le monde et aussi en Israël. De même, il souhaite qu’elle apporte une importante impulsion au débat tchèque sur la question israélo-palestinienne et sur la position que le gouvernement tchèque devrait prendre à l’égard de ce conflit douloureux.

La montée de « l’économie grise »

Photo illustrative: stockimages / FreeDigitalPhotos.netPhoto illustrative: stockimages / FreeDigitalPhotos.net « Les retraités vont sauver la Tchéquie. Ils travaillent et dépensent plus que les autres ». Tel est le titre d’un texte qui a été publié dans l’hebdomadaire Ekonom et dans lequel son auteur donne quelques explications à cette hypothèse :

« C’est la première fois depuis l’existence de la République tchèque que le nombre de retraités a dépassé les 2 millions sur près de 10,5 millions d’habitants. Le nombre de retraités actifs est désormais supérieur à 200 000, ce qui représente 4 % de l’emploi au niveau national. La catégorie de la population de plus de 65 ans devient donc un des moteurs de l’économie tchèque. A côté des programmes destinés à les soutenir, les seniors commencent à gérer eux-mêmes leur destin. Ainsi, ils aident le marché du travail en situation de manque de main d’œuvre. Les entreprises commencent à réaliser qu’un employé âgé et expérimenté peut devenir un bon mentor pour les jeunes et qu’un senior actif est un excellent choix. L’apport considérable des personnes âgées à l’économie tchèque est dû aussi à leur pouvoir d’achat. »

D’après une récente recherche de la banque ČSOB, un tiers des entreprises en Tchéquie sont désormais prêtes à employer des retraités. L’hebdomadaire Ekonom rapporte que si l’ensemble de l’Europe vieillit, le vieillissement de la population est particulièrement rapide en Tchéquie. Il est alors particulièrement important que l’Etat se rende compte de cette évolution démographique et agisse de façon à assurer le fonctionnement de cette « économie grise ».

Ces capitales misogynes

La carte avec des statues à Brno, photo: Pavla HorákováLa carte avec des statues à Brno, photo: Pavla Horáková « Même une ampoule à sa statue » : Tel est le nom d’un projet lancé dans le cadre du festival Meeting Brno et dont le but consiste à attirer l’attention sur l’absence de statues et de monuments dédiés aux femmes dans la capitale de la Moravie du Sud. Il y a une seule exception, avec le monument dédié à l’étudiante Marie Kudeříková, exécutée en 1943 par les nazis pour ses activités dans la résistance. Le projet présente onze femmes liées à la ville qui mériteraient d’être ainsi honorées. C’est ce que rapporte Petr Zídek dans l’édition de mercredi dernier du journal Lidové noviny :

« Même si Prague est de ce point de vue un peu moins misogyne que Brno, la capitale tchèque ne possède pas elle non plus beaucoup de statues dédiées aux femmes. On pourrait les compter sur les doigts des deux mains. Il n’y a que trois femmes écrivaines, dont l’incontournable Božena Němcová, et deux actrices qui ont été ainsi immortalisées. En en attendant une quatrième, trois statues ont été dédiées à ce jour à Milada Horáková, exécutée en 1950 par le régime communiste. »

Outre les statues des saintes Agnès et Ludmila, les autres statues qui se trouvent à Prague n’incarnent pas des figures historiques.