« Liquidation » du journaliste slovaque Ján Kuciak: finie la comédie

Cette nouvelle revue de presse se penche d’abord sur le retentissement de l’assassinat du journaliste slovaque Ján Kuciak dans les médias tchèques. Elle revient ensuite sur le Coup de Prague depuis lequel 70 ans se sont écoulés pour s’interroger sur le bien-fondé des parallèles qui sont parfois dressés avec la situation actuelle. Elle propose aussi un regard sur le parcours hors du commun du réalisateur Jiří Menzel et quelques observations au sujet des Jeux olympiques de Pyeongchang. Un mot enfin sur l’état des autoroutes tchèques.

Photo: ČTKPhoto: ČTK « C’est une information folle et tragique que l’on aura du mal pendant bien longtemps encore à digérer. » C’est ce que constate l’éditorialiste de l’hebdomadaire Respekt en réaction à l’assassinat du jeune journaliste slovaque Ján Kuciak et de sa fiancée, un acte « qui constitue une attaque contre les bases mêmes d’une société démocratique ». Saluant la condamnation déterminée de cet acte par l’ensemble des représentants politiques slovaques tout comme la déclaration du président de la police selon laquelle toutes les menaces visant les journalistes seront désormais prises au sérieux, le rédacteur en chef de Respekt, Erik Tabery, remarque :

« Cet assassinat rappelle en même temps la fragilité de la profession de journaliste. Les journalistes ne disposent ni de protection policière ni de pouvoirs d’enquête, ne portent pas d’armes. Beaucoup d’entre eux plongent dans des coins sombres de la société pour y effectuer leurs recherches et la seule chose qui les protège, c’est une sorte de consensus social tacite qui veut que les journalistes ne se liquident pas. Il s’agit là d’un tabou qui a été brisé en Slovaquie. »

« Jusqu’ici, les journalistes faisaient l’objet d’attaques meurtrières dans des pays souffrant d’un important déficit démocratique », remarque l’auteur d’une note mise en ligne sur le site aktualne.cz. L’assassinat du journaliste slovaque constitue donc un avertissement très sérieux tant pour la société que pour les politiques. Ces derniers sont appelés à cesser d’attaquer verbalement les journalistes, une habitude actuellement très répandue en Tchéquie, pour ne pas devenir coresponsables. « Avec l’assassinat de Ján Kuciak, finie la comédie qui, en fait, n’en a jamais été une, » écrit-il.

L’auteur d’un article mis en ligne sur le site echo24.cz a remarqué à ce propos :

« L’assassinat du journaliste slovaque Ján Kuciak et de sa fiancée Martina Kušnírová est tombé dans un climat qui, même en République tchèque, est empreint d’une tension névrotique. La société fait signe de vibrations que les uns ressentent fortement et devant lesquelles d’autres ferment les yeux. De toute façon, cette mort a touché aussi la Tchéquie à un point sensible comme si cet événement s’était passé chez nous. Et on ne peut d’ailleurs pas exclure que cela puisse effectivement arriver. »

Des parallèles avec Février 1948 ?

Février 1948, photo: ČTFévrier 1948, photo: ČT Le 70e anniversaire du Coup de Prague, le 25 février, a donné lieu à de nombreuses réflexions historiques. Il a aussi laissé apparaître certains parallèles entre la situation d’alors et le présent. Considérant que de tels parallèles sont superficiels et injustes, le politologue Jiří Pehe, qui est l’auteur d’une analyse mise en ligne sur le site aktualne.cz, explique :

« Tandis qu’en 1948 il s’agissait d’une attaque frontale contre le système démocratique au bout duquel se trouvait un système totalitaire, aujourd’hui nous sommes plutôt les témoins de tentatives visant à faire secouer certains piliers de la démocratie libérale de façon à ce qu’elle fonctionne à l’image des puissants. Il n’y a pas d’attaque frontale contre la démocratie surtout en raison de ce que tout essai draconien et trop visible d’établir un système non démocratique dans un pays qui est économiquement et politiquement intégré dans la communauté des Etats démocratiques, mènerait à l’isolement du pays... Ce sont les citoyens qui ont toujours un important mot à dire et qui peuvent manifester leur mécontentement. Une chose qui, sous le régime établi en 1948, n’était pas possible. »

L’historien Petr Blažek lui aussi met en doute les tendances visant à comparer les événements de 1948 et le présent. D’après ce qu’il a déclaré pour le site echo24.cz, la situation d’aujourd’hui est foncièrement différente, notamment sur le plan international, de celle de 1948 et aussi en raison de la non existence de l’Union soviétique et de l’absence d’un parti communiste vraiment fort. Cela dit, les événements qui se déroulent depuis les élections législatives de novembre 2017 dans le pays auront d’après lui une importance clé pour le caratère de son système politique. L’historien fait part en outre de la radicalisation des médias et des représentants politiques « qui commencent à utiliser un langage qui diffère de celui des années 1990 et qui évoque celui des régimes autoritaires. »

Mondialement reconnu, Jiří Menzel est un cinéaste tchèque par excellence

Jiří Menzel, photo: Martina SchneibergováJiří Menzel, photo: Martina Schneibergová Le réalisateur et metteur en scène Jiří Menzel, lauréat en 1966 de l’Oscar du meilleur film en langue étrangère pour ses Trains étroitement surveillés, a fêté ses 80 ans il y a quelques jours de cela. D’après ce que signale un texte publié dans l’un des récents numéros du quotidien Lidové noviny, un tel anniversaire invite d’habitude les personnes concernées à dresser des bilans. Hélas, Jiří Menzel lui-même ne peut pas le faire, car il se remet d’une grave maladie. Toutefois, de nombreuses rétrospectives et reprises des films qu’il a réalisés ou dans lesquels il a joué, dans les salles de cinéma et sur le petit écran, permettent de se rappeler une création dont les débuts remontent aux années 1960 ; une création qui lui a vallu une grande notoriété dans le pays et à l’étranger. Le journal remarque à ce propos :

« Celui qui voudrait compter l’ensemble des travaux et des distinctions de Jiří Menzel, réalisateur et metteur en scène de théâtre, scénariste et comédien, se perdrait dans une immense quantité de titres et de données. Son œuvre est définitivement inscrite dans les encyclopédies de cinéma et de théâtre. Nous autres qui connaissons par cœur certaines scènes de ses films, sommes pourtant toujours prêts à les revoir. Combien y a-t-il en Tchéquie d’artistes qui sont mondialement reconnus et respectés et qui demeurent en même temps ‘tchèques’ par excellence ? »

Ce que les JO de Pyeongchang ont révélé

Photo: ČTKPhoto: ČTK Tant que l’on voudra éviter un point de vue tchèque, force est de constater que les Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang n’ont apporté aucune émotion. C’est ce que l’on peut lire dans un texte publié dans le quotidien Lidové noviny qui précise :

« Evidemment, les Jeux ont apporté ce qui leur appartient, soit d’excellentes performances sportives et des résultats surprenants, y compris ‘des miracles sur la neige ou sur la glace’. Ils ont aussi confirmé le durcissement du traitement du dopage. En ce qui concerne le bilan par nations, c’est la Norvège qui a fini en tête du peloton. Tout en étant logique, car il s’agit d’un pays dit d’hiver, ce résultat peut quand même être considéré comme une surprise. C’est que, comparé aux Jeux d’été où les grandes puissances d’aujourd’hui, les Etats-Unis, la Chine, la Russie, se disputent d’habitude la vedette avec celles du passé, l’Allemagne et la Grande-Bretagne, c’est de nouveau la tradition qui l’a emporté à Pyeongchang. »

D’après ce que l’on peut lire dans le quotidien Lidové noviny, c’est aussi, dans un certain sens, la Corée du Nord communiste qui l’emporte en s’invitant de force au dernier moment aux Jeux. Ce geste bienveillant de la part des organisateurs sud-coréens avait-il une importance ? Le journal répond par la négative, estimant que des gestes de ce genre sont vains, une chose qui se serait confirmée il y a dix ans de cela avec la présentation de la Philharmonie de New-York à une mission de bonne volonté à Pyongyang.

Les autoroutes tchèques

Photo: Barbora NěmcováPhoto: Barbora Němcová La qualité des nouvelles autoroutes tchèques construites dans la seconde moitié des années 1990 ont tendance à se détériorer au bout de 20 à 25 ans. Une information fournie par le quotidien économique Hospodářské noviny qui rapporte :

« Les experts cherchent désormais une réponse à la question de savoir quelle est la cause de cette courte longévité des nouvelles autoroutes en béton, celle des autoroutes qui étaient construites auparavant étant beaucoup plus durable. L’autouroute D1 nouvellement reconstruite, par exemple, la première autouroute construite dans le pays qui rellie Prague à Brno et à Ostrava pour mener jusque vers la frontière avec la Pologne, est vieille de 40 à 50 ans. Modifier la technologie de la production du béton se présente comme une des voies privilégiées à cette fin par les responsables. »

La Tchéquie dispose de près de 1 200 kilomètres d’autoroutes, dont 400 sont en béton, le reste en asphalte.