Les slogans de la révolution, 28 ans après

Cette nouvelle revue de presse présente d’abord les grandes lignes de deux textes consacrés au rappel des événements de novembre 1989. Elle se penche ensuite sur certaines questions que les représentants du milieu de l’entreprise tchèque jugent prioritaires. Quelques explications enfin au sujet d’une nouvelle disposition législative se rapportant aux réservistes de l’armée.

Photo : Jan Vodňanský, ČRoPhoto : Jan Vodňanský, ČRo Les slogans scandés lors des manifestations qui ont abouti à la chute du régime communiste se sont-ils finalement accompli ? Cette interrogation a été soulevée dans le quotidien Hospodářské noviny, à la veille du vingt-huitième anniversaire du début de la révolution dite de velours, ce vendredi 17 novembre. Il évoque d’abord le slogan « Fini le temps d’un parti unique » :

« En novembre 1989 le constat selon lequel le règne d’un parti unique était inacceptable faisait l’unanimité. Et pourtant, aujourd’hui, l’idée du règne d’un parti unique ou, plutôt, d’un mouvement unique est de nouveau d’actualité. Plus encore : cette idée est largement soutenue par la société. En effet, aux récentes élections législatives les gens ont plébiscité le mouvement ANO d’Andrej Babiš au point de lui permettre d’avoir sous sa gestion, aussi bien le gouvernement que la Chambre des députés. Des personnes sarcastiques pourraient dire qu’il ne reste plus qu’à instituer le rôle dirigeant du mouvement ANO dans la société ».

« Le retour à l’Europe » est un autre grand slogan de novembre 1989. Il y a 28 ans, le pays voulait se débarrasser de sa position de satellite de l’URSS pour adhérer aux Communautés européennes. Aujourd’hui en revanche, la moitié de la population dénonce le projet européen ainsi que l’adoption de l’euro et souhaite un référendum sur une éventuelle sortie du pays de l’Union européenne. A l’époque, les gens scandaient aussi « Vive Havel ». L’ancien président tchèque, hélas, n’est plus parmi les vivants, et ce même dans le sens métaphysique du mot. Considérant que les idées de Havel concernant les droits de l’homme et la solidarité avec les plus vulnérables sont presque tombées dans l’oubli, l’auteur du texte publié dans le quotidien Hospodářské noviny indique:

Photo : ČT24Photo : ČT24 « En ce qui concerne les slogans ayant surgi en novembre 1989, c’est seulement celui qui dit ’On en a assez’ qui a toujours sa raison d’être. Tout comme à cette époque-là, les gens, indignés, souhaitent aujourd’hui encore un changement. Cependant, il apparait que ces derniers en ont assez de ce que les événements de novembre 1989 ont apporté, qu’il s’agisse de la démocratie, de la liberté, ou de l’appartenance à l’Europe. A leurs yeux, la démocratie est devenue le synonyme de la corruption politique, tandis que la liberté celui de chaos. Ainsi, les valeurs exprimées dans les slogans de novembre 1989 semblent s’être évaporées. Aujourd’hui, le pays ne risque bien entendu pas de redevenir un régime totalitaire, car l’histoire ne se répète pas. Mais le climat de notre époque nous oblige à se rappeler les temps passés. »

Faire sortir les gens de leurs bulles sociales

Photo : Filip Jandourek, ČRoPhoto : Filip Jandourek, ČRo D’après ce que signale l’éditorial de la dernière édition de l’hebdomadaire Respekt, « les festivités commémoratives du 17 novembre 1989 se déroulent dans des circonstances peu communes ». Elles sont liées aux élections législatives d’octobre dernier, au cours desquelles les électeurs ont majoritairement plébiscité des partis qui ne voient pas l’évolution du pays au cours des 28 dernières années d’un oeil positif. Un nouveau test sera l’élection présidentielle qui aura lieu en janvier prochain et « dont un populiste pourrait également sortir vainqueur. » L’auteur de l’éditorial estime cependant :

« On peut dire qu’il existe quand même au moins une raison de célébrer cet anniversaire, car en évoquant les événements de novembre 1989, on se rappelle aussi des meilleures facettes de la société locale. A l’époque, les gens partageaient en commun la volonté de mettre fin à un système qui les humiliait et qui limitait leurs droits. Et même si aujourd’hui un tel système n’existe plus, il faut toutefois chercher et définir notre but commun. Evidemment, impossible de ressusciter l’éthos des jours révolutionnaires, mais pourquoi ne pas au moins essayer de briser les bulles sociales dans lesquelles les gens semblent être désormais enfermés ? »

Photo : khardan, CC BY-SA 3.0Photo : khardan, CC BY-SA 3.0 Le magazine Respekt a à ce propos lancé une enquête auprès de ses lecteurs les invitant à présenter des idées ou des projets sur la façon dont ces bulles pourraient être éclatées.

Ce que privilégie le milieu de l’entreprise

Les hommes d’affaires tchèques portent sur certains aspects de l’évolution politique de leur pays, un regard qui diffère de celui de la majorité des électeurs. C’est ce qu’assure un article publié dans l’hebdomadaire Ekonom. S’appuyant sur une mini-enquête effectuée à cette occasion, il précise :

« Un gouvernement libéral prooccidental stable, telle est la priorité déclarée dans cette enquête par les représentants du milieu de l’entreprise. Et contrairement à ce qu’estime la société majoritaire, ceux-ci sont également favorables à la venue dans le pays de travailleurs étrangers, en raison d’un important manque de main d’oeuvre dans de nombreux domaines spécifiques. L’orientation pro-européenne du pays, vision à contre-courant de l’opinion publique, est également pour eux indiscutable. Concernant l’adoption de l’euro, ils y sont plutôt favorables, tout en tenant compte de l’approche fortement négative de la majeure partie de la population à l’égard de cette idée. Pour cette raison, la Chambre de commerce tient à séparer le débat sur l’euro du reste des questions liées à l’Union européenne ».

Photo : Giorgio Comai, CC BY-NC-SA 2.0Photo : Giorgio Comai, CC BY-NC-SA 2.0 Le sondage effectué par le magazine Ekonom révèle en outre que les entrepreneurs tchèques préconisent une politique pragmatique à l’égard de la Russie, en vue de pouvoir élargir leurs activités commerciales dans cette région. Le site aktualne.cz indique pour sa part que suite à la démographie fléchissante, le manque de la main d’oeuvre constituera en Tchéquie, dans un proche avenir, un problème bien plus grave qu’à l’heure actuelle.

L’armée mise sur les réservistes

Dès la fondation de l’Etat tchécoslovaque, en 1918, la sécurité de certains établissements d’intérêt stratégique a été assurée, en plus des soldats, par des membres du mouvement gymnastique Sokol. Ils étaient bien organisés, en bonne forme physique et prêts à aider la jeune nation. Cent ans plus tard, la République tchèque cherche à renouer avec cette tradition de la première république en essayant de constituer des réserves qui seraient composées de membres de différents groupes et associations d’intérêt ; sportifs, tireurs, radioamateurs, plongeurs et autres. Le quotidien Lidové noviny a à ce propos rapporté :

Photo : Archives de l’arméePhoto : Archives de l’armée « En temps de paix, ces réservistes volontaires seront ‘dormant’ pour être appelés en cas de menace militaire ou dans des situations de crise comme des inondations ou un blackout massif des réseaux électriques. Le manque de réservistes dont souffre actuellement l’armée professionnelle, qui a par ailleurs des effectifs eux-mêmes assez modestes, est la principale motivation de cette nouvelle initiative, lancée par le Ministère de la Défense. Une disposition s’y rapportant devrait prendre effet au printemps 2019 ».

Et le journal de citer l’expert sécuritaire Andor Sandor selon lequel il s’agit d’une bonne initiative, contrairement par exemple à celle en faveur d’un permis général de port d’arme qu’une partie de la population réclame.