Les représentants tchèques aux Etats-Unis bientôt « à l’offensive »

En attendant la rencontre à la Maison Blanche du président tchèque Miloš Zeman avec son homologue américain Donald Trump fin avril, plusieurs autres visites officielles tchèques aux Etats-Unis sont prévues. Liquider ou conserver les différentes architectures de la période communiste, le sujet fait actuellement débat en Tchéquie. Tels sont les deux premiers sujets au menu de cette revue de la presse de la semaine écoulée qui propose aussi quelques extraits des réactions des médias tchèques aux résultats des élections législatives hollandaises. Un regard enfin sera porté sur la crédibilité des enquêtes concernant la cote de popularité et sur la présence de la communauté turque à Prague.

Hynek Kmoníček, photo: Prokop Havel, ČRoHynek Kmoníček, photo: Prokop Havel, ČRo Une véritable « invasion » tchèque aux Etats-Unis est à prévoir au cours des mois à venir. C’est ce que signale l’éditorial du quotidien Lidové noviny de ce mardi qui rappelle que Donald Trump recevra son homologue tchèque, Miloš Zeman, à la fin du mois d’avril. Le journal rapporte également :

« C’est Hynek Kmoníček, jusqu’ici chancelier présidentiel, nommé ambassadeur aux Etats-Unis, qui ouvre l’offensive de la diplomatie tchèque à Washington. Ensuite, ce sera au tour du chef de la diplomatie Lubomír Zaorálek qui participera à une conférence consacrée à la lutte contre l’organisation de l’Etat islamique, en présence des représentants de 68 pays. D’autres visites aux Etats-Unis sont également envisagées : celles du ministre des Transports, Dan Ťok, et de la commissaire européenne tchèque, Věra Jourová, ou encore celle du ministre adjoint de la Défense, Daniel Koštoval. Cette ‘offensive’ devrait culminer par une rencontre du président Miloš Zeman avec Donald Trump à la Maison Blanche, dont la date n’a pas encore été précisée. »

Le journal Lidové noviny indique également que même si une mission officielle d’entrepreneurs aux Etats-Unis n’est pas à l’ordre du jour, il y a plusieurs projets privés d’investisseurs tchèques qui se dessinent d’ores et déjà, en dehors des initiatives des dirigeants politiques.

L’ambiguïté de l’architecture socialiste

Transgas, photo: Google MapsTransgas, photo: Google Maps Conserver ou liquider les constructions « moches » remontant à la période du régime communiste ? La question, qui divise l’opinion publique et les experts, est de nouveau dans l’actualité avec l’anéantissement en cours d’un complexe de trois bâtiments en béton, acier et verre, appelé Transgas et situé en haut de la place Venceslas à Prague. Les détracteurs de cette démarche s’appuient en premier lieu sur l’argument qui veut que ces bâtiments représentent un des exemples les plus marquants du brutalisme en Tchéquie. Et peu importe, comme l’écrit un texte consacré à cette polémique qui a été publiée dans la dernière édition de l’hebdomadaire Respekt, si ceux-ci nous plaisent ou non, car ils témoignent d’une certaine époque architecturale spécifique. Le magazine note en outre :

« Mais ce n’est pas seulement le brutalisme qui est menacé. A Prague, on ne trouve qu’une douzaine d’édifices construits après l’an 1945 à être inscrits sur la liste du patrimoine protégé. La Maison de commerce Máj, sur l’avenue Národní au centre-ville de Prague, est le dernier édifice à y avoir été inscrit, il y a dix ans, échappant ainsi de justesse à la destruction. Toutefois, il n’y a que très peu d’édifices bâtis au cours des soixante-dix dernières années à avoir eu la même chance. Quand quelqu’un décide de les supprimer, on ne réussit que rarement à les sauver. »

L’auteur du texte publié dans l’hebdomadaire Respekt admet qu’aujourd’hui, ces édifices peuvent paraître problématiques, tant d’un point de vue esthétique que d’un point de vue utilitaire. Il souligne cependant que leur protection ne devrait pas traduire uniquement le goût du jour. Il illustre son propos avec le cas des maisons cubistes qui se trouvent à Prague et qui, en dépit de nombreuses critiques, ont pu être sauvées grâce au système de la protection du patrimoine. Et de conclure que « l’Etat doit assumer la responsabilité de la conservation des témoignages de l’une de ses époques difficiles ».

Les élections hollandaises et les médias tchèques

Geert Wilders, photo: Geert Wilders, photo:  « Après les législatives en Hollande, l’Union européenne jubile. Les Pays-Bas n’ont pas changé, ce qui est une nouvelle formidable. L’échec de Wilders – une leçon pour la République tchèque. » Voilà quelques-uns des titres de textes et d’analyses en réaction sur les sites tchèques aux résultats des élections législatives aux Pays-Bas. Dans celui mis en ligne sur le site ihned.cz, on peut par exemple lire :

« Notre époque est marquée par la montée en puissance du nationalisme et de l’isolationnisme. Si les prévisions catastrophiques concernant l’effet domino du populisme déclenché par le Brexit britannique et la victoire de Donald Trump aux Etats-Unis s’étaient confirmées, c’est Geert Wilders, qui porte le drapeau de la colère anti-establishment, qui se trouverait sous la lumière des projecteurs. Mais les pas bien calculés de Mark Rutte à l’égard d’Erdogan ont permis de tourner les projecteurs ailleurs. »

Selon le site aktuálně.cz,en Tchéquie, les eurosceptiques, les adversaires de l’islam et des réfugiés souhaitaient la victoire de Wilders. Son succès aurait renforcé les tendances anti-Bruxelles et il serait célébré tout comme l’a été celui de Donald Trump aux Etats-Unis. Mais il n’en a rien été, les populistes locaux ne peuvent pas adresser à Wilders leurs félicitations.

Le site novinky.cz remarque à ce propos :

« Il y a une leçon que les représentants politiques tchèques sont amenés à tirer des élections aux Pays-Bas, c’est qu’un simple programme négatif n’ouvre pas automatiquement la voie vers la victoire. Au lieu d’abuser des craintes naturelles et des frustrations, il y a lieu d’être ferme et fort, tout en rejetant un discours radical... C’est aussi le taux de participation qui devrait servir d’inspiration aux électeurs car les élections, c’est en effet une fête de la démocratie. »

Ce que les enquêtes révèlent sur la cote de popularité

Tomio Okamura, photo: Tomáš Ton, ČRoTomio Okamura, photo: Tomáš Ton, ČRo Dans quelle mesure peut-on prendre au sérieux les enquêtes concernant la cote de popularité des représentants politiques ? Dans une analyse qui a été publiée dans le journal internet Deník referendum et qui se penche sur cette question, son auteur, le politologue Vladimír Hanáček, constate :

« Les résultats d’une enquête effectuée récemment à ce propos par l’agence CVVM ont retenu une grande attention, car elle confirmait la popularité croissante du député Tomio Okamura, leader du parti Liberté et démocratie directe, qui est considéré par la majorité de ses opposants politiques comme un populiste défendant des visions anti-système. La percée d’Okamura, placé dans ce sondage en deuxième position, derrière le vice-premier ministre Andrej Babiš, et devant le premier ministre Bohuslav Sobotka, semble constituer un signe alarmant. Mais il est vrai qu’une tendance croissante en faveur des forces populistes et de protestation caractérise le climat politique tchèque depuis quelques années déjà. »

L’auteur du texte publié dans le journal Deník referendum ne croit pas cependant qu’il y ait lieu d’attribuer à ce genre d’enquêtes une trop grande importance :

« D’habitude, ce sont les politiciens qui ont une grande capacité à diviser la société, à polariser les groupes d’électeurs, à provoquer des controverses, qui se trouvent au sommet des enquêtes de popularité. Moins un homme politique arrive à attiser des émotions controversées, plus basse sera probablement sa cote de popularité. Pour autant, de telles enquêtes servent comme une sorte de baromètre du climat au sein de la société. »

Pas de campagne turque en Tchéquie

Photo illustrative: Archives du Gouvernement de la République tchèquePhoto illustrative: Archives du Gouvernement de la République tchèque Une campagne turque à Prague n’aura pas lieu. C’est ce qu’annonce l’édition de ce jeudi du quotidien Mladá fronta Dnes en rapport avec la pression diplomatique déployée par la Turquie sur certains pays européens à l’occasion de l’approche du référendum pour ou contre le renforcement des pouvoirs d’Erdogan. Son auteur explique pourquoi :

« Comparé à la situation en Allemagne ou aux Pays-Bas, les Turcs en Tchéquie sont si peu nombreux qu’ils ne représentent aucun intérêt pour les représentants politiques. Selon les données officielles, la Tchéquie compte près de 3000 citoyens turcs, dont quelque 1100 ont le droit de participer à l’élection. Une autre différence : comparé aux Turcs qui sont établis en Allemagne dont une grande partie avaient quitté des régions pauvres et conservatrices de la Turquie, ceux qui vivent en Tchéquie sont souvent des personnes érudites et modernes qui ne veulent pas voir Ankara s’éloigner de l’Occident. »

Selon le fondateur de l’association Tchéquie-Turquie, Milan Hnátek, les citoyens turcs qui travaillent dans des entreprises internationales constituent pour le pays un important apport. D’après lui, ce qui est également certain, c’est qu’ils vont participer en grand nombre à ce référendum, car la politique joue pour eux, traditionnellement, un rôle important. Le journal écrit enfin qu’au cours des deux dernières années, 56 ressortissants turcs ont trouvé en Tchéquie un conjoint, plaçant les femmes tchèques à la quatorzième position des nationalités avec lesquels les Turcs se marient.