Le miroir de la société Les inondations locales désormais plus probables que les grandes crues... JO : applaudissements pour les perdants
L’ensemble de la presse tchèque a évoqué cette semaine les inondations dévastatrices qui ont touché, il y a dix ans, la République tchèque. Nous allons évoquer cet événement à travers quelques extraits tirés des nombreux articles qui y ont été consacrés et ont saisi l’occasion pour s’interroger également sur d’autres risques naturels qui nous menacent dans le futur... La presse qui a vécu au cours des quinze derniers jours à l’heure des JO de Londres, a prêté toute son attention non seulement à leurs principaux et célébres protagonistes, mais aussi à ceux qui ne se sont pas imposés sur le devant de la scène sportive et qui méritent pourtant d’être remarqués.
La vague d‘inondations qui a frappé le pays en août 2002 a noyé sous
les eaux plus d'un tiers du territoire tchèque et fait 17 victimes. Les
crues ont eu des effets catastrophiques à Prague aussi. Un des dernier
numéro du quotidien Metro qui est distribué gratuitement dans la
capitale, signale à ce sujet :
« La crue qui a frappé Prague a été sans précédent dans l’histoire moderne. Ceci dit, dans la longue histoire de la ville, elle n’a été ni la première et ne sera, probablement, ni la dernière. Chacune des crues précédentes avait sa spécificité, voilà pourquoi il serait très difficile de les comparer ».
Selon les historiens auquel le journal donne la parole et qui se réfèrent aux chroniques, on peut cependant comparer les inondations de 2002 avec celles de 1432 lors de laquelle les eaux ont submergé le centre ville de Prague jusqu’à la place de la Vieille Ville, C’était l’époque où le pays était dévasté par les guerres hussites et souffrait de sécheresse et de famine.
Le journal rappelle également que la crue de 1342 est celle qui a démoli
le pont Judithe, l’unique pont de Prague existant à l’époque. Et de
souligner que les inondations faisaient à l’époque partie intégrante
de la vie.
Dans l’édition du journal Lidové noviny de ce mercredi, Ivan Obrusník, expert en prévention de catastrophes, place le souvenir des inondations d’il y a dix ans dans un contexte plus large, s’interrogeant sur la manière dont le pays est préparé désormais à affronter de tels événements. Il écrit :
« Nous sommes assez bien préparés à des inondations dues aux crues des
grands fleuves, mais cela ne suffit pas. L’important est de prévenir les
inondations à caractère local qui sont de plus en plus fréquentes et de
plus en plus dangereuses. Le nombre de catastrophes naturelles en rapport
avec le changement climatique ayant tendance à augmenter, la protection
anti-inondation doit faire partie des mesures d’adaptation. Hélas, ces
mesures ne sont pas toujours suffisamment mises en oeuvres ».
Plus loin, l’auteur de l’article insiste sur les tendances qui existent dans le monde et au sein de l’Union européenne et que la République tchèque devrait suivre plus activement. Selon lui, le gouvernement dispose de fonds pour faire face aux dégâts causés par les inondations, mais il n’a pas de programme intégré et coordonné concernant l’ensemble des régions et des secteurs en vue de prévenir les futures catastrophes. A ce sujet, il signale :
« On devrait être mieux préparé à la sécheresse, car celle-ci peut causer des dégâts aussi importants que ceux causés par les inondations ».
Les risques de sécheresse, voilà un thème qui est aussi développé
dans un article publié dans l’édition de ce jeudi du quotidien Mladá
fronta Dnes et qui se penche sur une analyse du climat au cours des
cinquante dernières années réalisée par cinq observatoires
scientifiques du pays. Celle-ci prévoit pour la République tchèque, au
cours des prochaines décennies, des extrêmes météorologiques. Jan
Pretel de l’Institut hydrométéorologique précise :
« On peut s’attendre à un basculement vers des déséquilibres climatiques qui se traduiront par l’alternance d’épisodes de rude sécheresse et de pluies torrentielles, ainsi que par des inondations locales... C’est d’ailleurs ce qui se passe déjà dans divers endroits du pays ».
L’article constate également que les scientifiques de l’Institut de la production végétale de Prague s’emploient d’ores et déjà à cultiver des plantes agricoles, dites « plastiques », qui resteraient rentables même dans des conditions climatiques difficiles, comme celles annoncées au cours des prochaines années. Ce sont celles qui résisteraient aux deux extrêmes que sont la sécheresse et les pluies. Les chercheures sont unanimes : « Ces choses-là doivent être mises en place avec une certaine avance ».
JO : applaudissements pour les perdants
Ivana Sekyrová, photo: Wikimedia Commons
Il va de soi que les Jeux olympiques d‘été de Londres ont prédominé,
cette semaine, non seulement dans les pages sportives, mais aussi dans
l’ensemble des journaux. Au fil des jours, on a pu voir jusque sur les
unes les photos des médaillés, que les médailles soient d’or,
d’argent ou de bronze. Mais les médias ont aussi retenu, certaines
performances et certains récits moins spectaculaires qui méritent
pourtant d’être remarqués.
« L’institutrice tchèque l’a emporté à Londres, sur elle-même et sur son âge », a titré par exemple un article publié sur le site aktualne.cz, revenant sur la participation de l’athlète tchèque Ivana Sekyrová, 41 ans, au marathon femmes de dimanche dernier. Il a écrit :
« Athlète amateur de la ville de Sokolov, elle s’est classée en 67e position, elle peut cependant être considérée comme une gagnante. Son histoire est en effet incroyable. Institutrice, elle ne pouvait s’entraîner que le soir, car pendant la journée, elle travaillait à plein temps à l’école et s’occupait de sa fille de douze ans ».
Le marathon olympique de Londres a été le deuxième marathon, après celui de Rotterdam, en avril dernier, auquel Ivana Sekyrová a participé. Elle a pourtant marqué un bien meilleur temps qu’elle n’aurait osé l’espérer : 2:37:14. Pour elle, « c’était le moment d’une beauté absolue, l’accomplissement d’un véritable rêve olympique ».
Roman Šebrle, photo: CTK
Un autre athlète tchèque qui mérite des applaudissement en dépit du
fait qu’il ne se soit pas classé à Londres aux côtés des gagnants,
c’est, selon le quotidien économique Hospodářské noviny, le
décathlonien tchèque, Roman Šebrle. Lauréat de deux médailles
olympiques, d’or à Athènes et et d’argent à Sydney, champion du
monde 2007, il avait été contraint, mercredi, à abandonner les épreuves
dès leur commencement, à cause d’une blessure au talon. Depuis,
l’opinion publique est partagée, les uns reprochant à cet athlète de
37 ans de ne pas avoir cédé à temps sa place à un athlète tchèque
plus jeune, Adam Helcelet, d’autres lui manifestant leur soutien. Le
commentaire de Jindřich Šídlo est toutefois univoque :
« En ce moment, on ne devrait pas faire autre chose que d’accompagner Roman Šebrle par des applaudissements... Il demeurera à tout jamais un des athlètes les plus fantastiques que ce pays ait connu. Outre les médailles qu’il a gagnées, il a été le premier homme à avoir réalisé plus de 9 000 points, son record ayant résisté pendant onze ans. »
Selon l’auteur de cet article, les grandes histoires olympiques se composent non seulement de victoires, mais aussi de départs. Il explique :
Roman Šebrle, photo: CTK
« Quitter l’univers du sport de pointe auquel on a sacrifié toute sa
vie passée est une décision terriblement difficile. Roman Šebrle a
rêvé de pouvoir participer encore une fois au décathlon olympique... Les
héros comme lui ont le droit de décider quand et comment ils vont partir. »
Et l’auteur de l’article de conclure :
« La fin sportive de Roman Šebrle est triste. Il a certainement imaginé et mérité un autre départ. Mais il s’agit d’un départ tout à fait digne. Le droit de le critiquer n’appartient qu’à celui qui est sûr de pouvoir mieux s’acquitter d’un tel défi ».





