Le temps de choisir une première femme à la tête de l’Etat

La sous-représentation des femmes en politique à la lumière de la prochaine élection présidentielle est le premier sujet traité dans cette nouvelle revue de presse. Nous évoquerons également la nouvelle loi qui interdit la cigarette dans les restaurants et dans certains espaces publiques. Enfin, quelques réactions tchèques à l’attaque terroriste à Manchester, ainsi que deux regards sur le climat au sein de la société tchèque.

Photo illustrative: Filip Jandourek, ČRoPhoto illustrative: Filip Jandourek, ČRo Cent ans se seront bientôt écoulés depuis le moment où les femmes tchèques se sont vues octroyer le droit d’élire et d’être élues. Une possibilité qu’elles ont acquise en 1920, à la base de la Constitution de la République tchècoslovaque créée en 1918. La Tchécoslovaquie est dès lors devenue l’un des premiers pays à avoir doté les femmes de cet important droit. C’est ce que rappelle l’article publié dans l’hebdomadaire Respekt signé de la directrice de l’organisation Forum 50 %, Jana Smiggels Kavková. Elle constate :

« En dépit du fait qu’au cours de son histoire, notre pays ait connu toute une gamme de policitiennes marquantes et courageuses, comme par exemple Františka Plamínková ou Milada Horáková, on n’a jamais vu une femme devenir présidente de la République ou chef de gouvernement. Voilà pourquoi je considère que le temps est enfin venu de voter pour une femme à la tête de notre Etat. Bref, le temps est venu d’avoir une première présidente de la République ».

D’après ce qui est dit dans ce texte, une première présidente aurait une grande importance symbolique. Son élection donnerait un coup d’envoi à un partage plus équilibré des forces au sein de la politique nationale qui est dominée par les hommes, les femmes ne constituant qu’un cinquième de l’ensemble des représentants politiques. Une parité entre hommes et femmes est alors ce dont la politique locale a grandement besoin. Et l’auteur de s’interroger sur les raisons de l’absence des femmes parmi les adeptes ayant à ce jour annoncé leur candidature à la prochaine élection présidentielle qui se déroulera en janvier prochain.

Finie la cigarette dans les restaurants

Photo illustrative:  Jan Rosenauer, ČRoPhoto illustrative: Jan Rosenauer, ČRo Avec l’approche de la mise en vigueur de la loi anti-tabac à compter du 31 mai prochain qui interdit de fumer dans les restaurants et les bars et dans certains autres espaces publiques, on voit ressurgir un tollé de réactions tant désapprobatrices et nostalgiques que positives. Eva Králíková, chef du Centre pour le traitement des dépendances du tabac, estime que c’est une mesure nécessaire, d’autant plus que la Tchéquie a trop tardé, étant l’un des derniers pays à l’échelle européenne à avoir interdit la cigarette dans les espaces publiques. Elle a à ce propos pour le journal Mladá fronta Dnes précisé :

« Je n’aime pas qu’on dise qu’il s’agit d’une loi anti-tabac. Cette disposition n’est pas dirigée contre les fumeurs, car elle a pour objectif de protéger les espaces publiques. Je dirais plutôt que c’est une loi sur un environnement non fumeur, car la liberté de respirer un air frais prévaut sur celle de fumer. Je rappelerai que cette loi a fait chez nous l’objet de débats depuis déjà une trentaine d’années. Par ailleurs, notre pays est le premier à avoir interdit, avant encore la Deuxième Guerre mondiale, la cigarrette dans les automobiles. Mais il est vrai qu’à l’époque, c’était pour des raisons de sécurité ».

L’experte interrogée estime que la nouvelle disposition pourra encourager la détermination des fumeurs qui veulent s’acquitter de leur dépendance. D’après son expérience, telle serait effectivement la volonté de la majeure partie d’entre eux.

Quelle réponse au terrorisme ?

L'attaque à Manchester, photo: ČTKL'attaque à Manchester, photo: ČTK Chaque société est exposée à la menace terroriste, qu’il s’agisse d’un terrorisme à caractère « local » ou d’un terrorisme islamiste. C’est ce que remarque une note qui a été publiée au lendemain de l’attaque à Manchester, en Grande-Bretagne, sur le site du quotidien économique Hospodářské noviny et qui indique également :

« Aucune société au monde ne peut se sentir protégés d’individus fous prêts à tuer des innocents. Anders Breivik en Norvège en a été un des exemples les plus flagrants. Aujourd’hui, les actes terroristes contre des victimes choisies au hasard sont motivés le plus souvent par une interprétation primitive et erronée de l’islam. L’important est dans ce contexte de savoir que même si les services de renseignements arrivent à dévoiler et à déjouer un grand nombre d’attaques, leur travail ne peut jamais être parfait au point de pouvoir les détecter toutes. Ceci dit, il ne faut pas se laisser aller à la panique et à applaudir, par exemple, les barrières de sécurité mises en place autour du Château de Prague. »

Or, ce ne sont pas la peur, la panique et des démarches populistes, mais ce sont l’unité et la détermination qui donnent la meilleure réponse à l’acte terroriste qui s’est produit à Manchester. Des qualités, dont la scène politique britannique a fait le jour même de l’événement tragique preuve, écrit l’auteur de ce texte,.

L’éditorialiste du quotidien Mladá fronta Dnes estime pour sa part que la lutte contre les terroristes est une tâche qui incombe, aussi, à l’Alliance nord-atlantique. Selon lui, « celle-ci devrait s’engager pleinement dans la liquidation des terroristes, tout comme elle l’a fait après le 11 septembre 2001. » Il ajoute :

« Si, après les attaques à Manchester et à Paris, l’OTAN avait su donner une réponse spectaculaire et efficace sous forme d’une attaque militaire contre leurs initiateurs, il serait aussi plus facile d’expliquer au public européen la nécessité d’accroître les moyens financiers aux fins des forces armées ».

De plus en plus de Tchèques tentés par un régime autoritaire

Photo illustrative: johnhain / Pixabay, CC0Photo illustrative: johnhain / Pixabay, CC0 Les Tchèques, que veulent-ils vraiment ? Une question dont l’importance est accentuée à l’approche des élections législatives et de l’élection présidentielle. Elle a été soulevée par l’hebdomadaire Ekonom suite à la récente crise gouvernementale qui semble avoir révélé un conflit politique assez profond :

« Les recherches politologiques et sociologiques ont confirmé une croissance du nombre de personnes qui demandent d’être gouvernées d’une main forte. Or, à côté d’un tiers des Tchèques qui souhaitent voir le pays s’orienter plus à gauche et d’un autre tiers de ceux qui préfèrent une république de réformes, on voit se former un groupe d’habitants qui donnent leur priorité à un gouvernement autoritaire. Ce qui est nouveau, c’est qu’il existe désormais des hommes politiques influents prêts à s’appuyer sur ce groupe. Cette nouvelle donne permet de dresser quatre scénarios de l’orientation future de la Tchéquie et qui se présentent comme suit : une république autoritaire, l’édification d’un socialisme réel, une coalition non homogène composée de différentes formations ou encore une république de réformes. »

Selon l’hebdomadaire Ekonom, l’intérêt est de s’interroger d’où vient la nouvelle demande d’un régime autoritaire, dans une situation où la majorité des Tchèques se déclarent pourtant satisfaits de leur condition et de leur niveau de vie. Or, cette demande serait motivée en premier lieu par leurs sentiments de la peur, de la menace et de l’incertitude, les sentiments dont certains représentants politiques savent habilement profiter.

Ne pas confondre la critique et la haine

Photo illustrative: Frieder KümmererPhoto illustrative: Frieder Kümmerer La polarisation de la société tchèque est aussi un des sujets d’un entretien qui a été accordé par Tomáš Halík, prêtre et universitaire reconnu, pour le quotidien Lidové noviny de samedi dernier et dans lequel il dit :

« La haine est presque toujours le fruit de la peur. Dans le monde qui est le nôtre, il faut posséder beaucoup de foi, d’espoir et de courage de se poser des questions critiques pour ne pas se soumettre à l’angoisse, à la panique et à la désorientation. Une façon permettant de ne pas se faire prendre aux gluaux des démagogues et de leurs théories de conspiration. Dans un tel climat, les gens qui refusent de se faire manipuler par la pensée majoritaire, deviennent facilement l’objet d’une haine furieuse et irrationnelle. Le problème c’est que les gens ont aujourd’hui tendance à confondre la critique et la haine. Si cette première est nécessaire, la haine est toujours toxique ».

En ce qui concerne la prochaine élection présidentielle, Tomáš Halík la perçoit comme une occasion de choisir telle ou telle voie ou telle ou telle culture politique : « une voie qui est européenne, ou bien celle qui sert les intérêts russes et chinois ».