La crise gouvernementale sous tous ses angles

Les tenants et les aboutissants de la crise gouvernementale en République tchèque : tel est le premier sujet qui sera évoqué dans cette nouvelle revue de la presse de la semaine écoulée. Il y aura ensuite un regard porté sur les défis à relever par la République tchèque, un pays qui ne fait pas partie de la zone euro, face aux tendances visant à approfondir l’intégration européenne. On aura enfin quelques mots au sujet de la polémique liée au tricentenaire de la naissance de la souveraine habsbourgeoise Marie-Thérèse, reine de Bohême et de Moravie.

Bohuslav Sobotka, photo: ČTKBohuslav Sobotka, photo: ČTK La phase la plus grave de la crise gouvernementale qui oppose, d’un côté, le Premier ministre Bohuslav Sobotka et, d’un autre côté, le ministre des Finances Andrej Babiš, soupçonné de fraudes fiscales, ainsi que le président de la République Miloš Zeman, semble être finie. C’est ce que constate l’éditorialiste du quotidien économique Hospodářské noviny suite à la décision du chef de gouvernement d’accepter la nomination d’Ivan Pilný à la tête du ministère des Finances, telle qu’elle a été proposée par le mouvement ANO. Dans son analyse, il s’est en outre penché sur les conséquences de la crise pour ses principaux acteurs :

« Le Premier ministre Bohuslav Sobotka, leader du parti social-démocrate (ČSSD) s’en est tiré mieux que l’on ne l’aurait cru. Au début, tout a indiqué qu’il n’avait devant lui que deux alternatives, l’une aussi mauvaise que l’autre : celle d’expulser Andrej Babiš du gouvernement, une façon de l’auréoler du titre de martyr politique, ou celle d’y renoncer et d’être perçu comme étant faible. Andrej Babiš partant sans l’auréole, Sobotka peut désormais s’appuyer sur un parti unifié et sur le soutien d’un nombre considérable de gens qui ont manifesté dans la rue. C’est plus qu’il n’aurait pu espérer. »

Toutefois, comme le souligne l’auteur de ce texte, dans la perspective des élections législatives du mois d’octobre prochain, la situation n’est pas aussi favorable que cela pour le chef du gouvernement. D’abord, même s’il est considéré comme un rebelle au sein du mouvement ANO, le nouveau ministre des Finances demeure très attaché à ce parti. On peut aussi penser que durant la période d’été, les scandales liés à Andrej Babiš seront tombés dans un relatif oubli. De même, il y a lieu de se demander si la crise gouvernementale a effectivement porté préjudice à ce dernier. Et l’éditorialiste du quotidien Hospodářské noviny de conclure :

« La crise a confirmé que les prochaines élections législatives et l’élection présidentielle de janvier 2018 vont dans une certaine mesure décider du caractère du système dans lequel nous vivons. La phase grave de la crise gouvernementale une fois terminée, on entre dans celle de la guerre gouvernementale froide, qui en plus sera accompagnée d’une campagne électorale assez ’chaude’. On ne peut pas effectivement s’attendre à ce que l’ennui soit au rendez-vous en Tchéquie. »

Une déclinaison locale d’une crise politique plus globale

Photo: Martina SchneibergováPhoto: Martina Schneibergová A propos de la crise gouvernementale qui secoue la scène politique nationale depuis près de deux semaines, le site de l’hebdomadaire Respekt a interrogé Jiří Přibáň, juriste et politologue. Il observe :

« Pour moi, l’actuelle situation politique dans le pays présente une variante tchèque de la crise politique globale qui, face à la prolifération du populisme, débouche sur l’éclatement de la forme démocratique de gestion qui existait jusqu’ici et qui était basée sur l’alternance entre les partis traditionnels de gauche et de droite des traditionnels partis de gauche et d. En même temps, on assiste à un affaiblissement sans précédent de ces partis et à la liaison avec différentes formes de populisme. La crise est très grave, car elle a dévoilé une lutte pour le pouvoir qui consiste ni plus ni moins en une tentative de transformer le régime constitutionnel et politique en République tchèque. »

Or, l’enjeu des prochaines élections législatives ne sera pas de savoir qui va gouverner le pays mais comment celui-ci sera gouverné. Jiří Příbáň estime aussi :

« La faiblesse et la corruptibilité des partis ne renforcent pas seulement l’opposition politique, mais l’opposition contre la démocratie en tant que telle. Ainsi, notre situation commence à ressembler dangereusement à la situation en Hongrie et en Pologne. De ce point de vue, il faut apprécier très positivement la décision du chef de gouvernement de présenter sa démission et celle ensuite de révoquer Andrej Babiš de son poste de ministre des Finances, après que le président Miloš Zeman n’a pas respecté pour la énième fois la lettre de la constitution. Mais Bohuslav Sobotka a devant lui une tâche surhumaine consistant à convaincre le public qu’en dépit de tous ses défauts et de toutes ses erreurs, la social-démocratie est un parti plus crédible que le mouvement ANO de Babiš. »

Et de conclure qu’il s’agit désormais d’un combat qui décidera pour de longues années de l’avenir de ce pays.

La « nouvelle » Union européenne et la Tchéquie

Photo illustrative: Štěpánka BudkováPhoto illustrative: Štěpánka Budková La Tchéquie, l’un des pays de l’Union européenne à ne pas avoir adopté l’euro, risque de se voir reléguer au second plan. C’est ce que signale l’éditorial du quotidien Mladá fronta Dnes de ce mercredi en rapport avec les négociations menées à Berlin par le nouveau président français Emmanuel Macron, durant lesquelles la question du projet de ‘refondation’ de l’Europe a été abordée. Selon plusieurs experts en questions internationales cités dans ce texte, son absence dans l’eurozone sera source d’importants problèmes pour la Tchéquie, affaiblissant son influence et ses chances de toucher des fonds européens. En ce qui concerne la position des représentants tchèques à l’égard de l’adoption de l’euro, l’auteur de l’éditorial remarque :

« Pour l’ensemble des partis politiques, à l’exception de parti conservateur TOP 09, l’adoption de l’euro n’est pas un sujet faisant partie de leurs campagnes électorales, car ils ne veulent pas aller à contre-courant de l’opinion prédominante au sein de la société. Aussi la position du Premier ministre Sobotka à cet égard n’est pas clairement définie, même si celui-ci insiste sur la nécessité de maintenir le pays ‘au sein du noyau de l’Union européenne’. »

 « Emmanuel Macron nous confronte à une question essentielle, celle de savoir comment se préparer à l’écart grandissant entre la zone euro et le reste de l’Union européenne. » C’est ce que déclare le politologue Tomáš Weiss pour le site aktuálně.cz. Selon lui, deux domaines sont au cœur de l’intérêt de la Tchéquie : la libre circulation et la coopération économique. Dans le cas où le pays se retrouverait au fur et à mesure à la périphérie européenne, les représentants politiques seront appelés à expliquer comment ils envisagent de défendre ces intérêts... Dans une analyse concernant l’intégration européenne telle qu’elle est envisagée par Emmanuel Macron et qui a été publiée dans l’hebdomadaire Respekt, on a pu lire, toujours au sujet de la Tchéquie :

« Le projet d’approfondissement de l’intégration européenne augmente le stress des pays comme la Tchéquie qui n’ont pas la monnaie commune. En effet, il est clair que le cœur de l’action se trouve au sein de la zone euro. La politique tchèque est alors appelée à trouver une réponse. »

Polémique autour de Marie-Thérèse

Marie-ThérèseMarie-Thérèse Le tricentenaire de la naissance de la souveraine habsbourgeoise Marie-Thérèse, reine de Bohême et de Hongrie, commémoré ce samedi 13 mai, a donné lieu à toute sorte d’événements et, en même temps, à la publication de textes polémiques dans la presse liés à ce personnage historique. Dans une note publiée dans le quotidien Lidové noviny de ce mercredi, son auteur dénonce la décision de dévoiler à Prague un monument dédié à la souveraine. Il s’interroge :

« Certes, Marie-Thérèse a à son compte tout un éventail de mérites historiques, mais pourquoi lui dédier une statue ? Le cadastre qu’elle a mis sur pied a été révolutionnaire, il est vrai, mais c’est plus sous la contrainte des circonstances que de sa propre volonté qu’elle a entrepris la plupart de ses réformes. On ne saurait non plus appeler Marie-Thérèse ‘mère de la patrie’, comme l’a fait récemment l’hebdomadaire Respekt. Comme elle a perdu la Silésie, une partie économiquement développée des pays tchèques, il serait plus approprié de l’appeler ‘marâtre de la patrie’. »

Le supplément Orientace de samedi dernier de ce même journal a pour sa part dressé un long récapitulatif de ce que Marie-Thérèse, jusqu’ici l’unique femme à avoir été à la tête de ce qui est aujourd’hui l’Etat tchèque, a fait au profit ou au désavantage des pays tchèques. Une occasion de mettre en relief le fait qu’elle a initié des tendances qui ont donné naissance à « un Etat moderne qui est la source et le garant du bien-être public ».