Le miroir de la société La classe moyenne tchèque affiche son mécontentement

02-03-2012 15:29 | Alena Gebertová

« La classe moyenne tchèque en révolte contre ‘l’ère d’une nouvelle impuissance’ » : tel est le titre d’un article analysant la situation de cette catégorie de la population tchèque et récemment publié dans l’hebdomadaire Respekt. Dans la presse économique, nous avons retenu les informations selon lesquelles les prix des voitures vendues dans le pays sont aujourd’hui plus bas que jamais. Le goût prononcé des Tchèques pour l’astrologie est un autre thème que nous avons choisi dans les journaux de ces derniers jours.

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Selon une recherche sociologique internationale, 40 % des Tchèques estiment qu’ils appartiennent à la classe moyenne, 27 % se rangent dans la ‘classe moyenne inférieure’ et 6 % dans la ‘classe moyenne supérieure’. « Dans aucun autre pays de l’ex-bloc de l’Est, il n’y a autant de gens qui se déclarent appartenir à la classe moyenne », constate l’hebdomadaire Respekt.

Il s’agit là d’une preuve éloquente de ce que les Tchèques sont assez satisfaits de leur niveau de vie, même si, bien sûr, les situations au sein de la classe moyenne sont fort différentes. En effet, dans certaines professions de classe moyenne typiques, dont on ne citera que celle par exemple d’instituteur, les salaires n’atteignent guère la moyenne. En revanche, les salaires de certains entrepreneurs, qui se réclament également de la classe moyenne, y sont largement supérieurs. Respekt précise :

« Malgré la crise et ses impacts, le niveau de vie des Tchèques ne cesse de s’accroître. Depuis la moitié des années 1990, le pouvoir d’achat des Tchèques a augmenté de plus de deux tiers. La majorité des personnes interrogées l’été dernier dans le cadre d’une enquête Eurobaromètre l’ont confirmé en déclarant qu’ils se portaient bien. »

Malgré le bon niveau matériel, la classe moyenne en Tchéquie, comme dans beaucoup d’autres pays d’ailleurs, est mécontente. Respekt a cherché les causes de ce mécontentement :

« Décimée systématiquement tant par les nazis que par les communistes, la classe moyenne a pu renaître avec le changement de régime en 1989 – grâce aux restitutions des biens, grâce au développement de l’entreprise privée et à la hausse des salaires en fonction de la formation atteinte, etc. Toutefois, dès le début, cette couche est restée en marge de l’intérêt des autorités. Au centre de l’intérêt des gouvernements se trouvaient le secteur financier ou les grandes entreprises, au détriment des services publics, de la santé publique, de l’enseignement ou de la science et de la recherche. En dépit de certains progrès, le sentiment que les thèmes liés à la classe moyenne demeurent négligées, persiste toujours ».

Quelles retombées cette frustration, également nourrie par d’autres phénomènes négatifs dans la société, notamment par la corruption, peut-elle avoir ? Le journal indique en premier lieu le risque de voir surgir un populiste habile ou un partisan d’un gouvernement de main ferme, tout en ajoutant qu’il n’y a cependant pas actuellement de bien-fondé pour de telles craintes.

D’un autre côté, selon certains, les risques semblent plus complexes, moins visibles. Le journal cite les sociologues qui évoquent la menace d’affaiblissement, voire de démontage de la classe moyenne, et qui insistent sur le rôle important qu’ils jouent en faveur de la stabileté politique du pays, car « ce sont ses membres qui ont l’habitude de refuser tout extrêmisme politique et de soutenir plutôt la continuité au lieu des changements brusques ».

L’hebdomadaire Respekt conclut son article en donnant la parole à une jeune institutrice qui estime que « la classe moyenne est en partie elle-même responsable de sa misère actuelle, puisqu’elle n’est pas prête à lever la voix ». Pour elle, il y a lieu de s’engager tout en sachant que les choses peuvent mal tourner.

 

« Jamais auparavant, les voitures ne s’étaient vendues aussi bon marché en Tchéquie qu’aujourd’hui. La forte concurrence a fait chuter leurs prix à un niveau sans précédent » : c’est ce qu’a constaté une des récentes éditions du quotidien économique Hospodářské noviny, qui signale également qu’un modèle identique de voiture se vend en Tchéquie beaucoup moins cher que dans nombre de pays de l’Union européenne :

« Une Citroën C5 coûte actuellement en Tchéquie deux cents mille couronnes de moins que dans son pays d’origine, en France. Son prix en Allemagne est plus élevé encore. »

Un grand écart de prix existe aussi pour les voitures Škoda qui, pendant de longues années, ont été beaucoup plus chères en République tchèque, donc dans leur pays d’origine, qu’à l’étranger. Une Škoda Yeti par exemple s’y vend maintenant cent mille couronnes moins cher qu’en Allemagne. Hospodářské noviny explique :

« Cette baisse rapide des prix est due en premier lieu à la rude concurrence entre les constructeurs automobiles. Dans un premier temps, cette baisse n’a concernét que les petites voitures, tandis qu’elle touche désormais également les grosses voitures des managers. »

Le journal remarque qu’à l’heure actuelle, de plus en plus nombreux sont les Allemands qui viennent acheter une voiture en Tchéquie ou utilisent à cette fin les services d’agences spécialisées dans l’importation. La situation est donc foncièrement différente de celle qui existait il y a encore quelques années, lorsque fleurissait l’importation en Tchéquie de voitures en provenance de l’étranger, donc dans le sens inverse. Le journal écrit :

« Au cours de l’année écoulée, les statistiques officielles ont enregistré dix mille nouvelles voitures qui ont été immédiatement exportées vers l’étranger, dont trois mille Ford, deux mille Volkswagen ou plus d’un millier de Škoda. Les statistiques ne tiennent cependant pas compte des voitures qui ont été exportées pour être enregistrées à l’étranger. »

 

« Près de 80 % des Tchèques aiment lire les horoscopes dans les journaux et dans les magazines. Pour la moitié d’entre eux, ceux-ci sont, du moins de temps à autre, dignes de confiance » : c’est ce qu’a révélé dans ses pages le magazine Dnes se référant à de récents sondages :

« Le business autour des horoscopes et de l’astrologie se porte de mieux en mieux chez nous, Internet ayant apporté de nouvelles possibilités. En Tchéquie, on trouve des centaines d’astrologues qui proposent leurs services, quelque quatre-vingt-dix pratiquant rien qu’à Prague. »

Très variée, leur clientèle couvre un large spectre de professions et de couches sociales. L’astrologie a effectivement beaucoup de partisans, aussi, parmi les personnes d’un certain niveau intellectuel. Le prix que le client doit payer pour l’établissement d’un horoscope individuel varie selon les cas. L’auteur de l’article précise :

« La commande d’un horoscope à un astrologue peut côuter de trois cents à dix mille couronnes. Cela dépend du renom de l’astrologue et des services qui lui sont demandés. Chaque astrologue a sa propre spécialité. L’offre est vraiment très riche, allant des horoscopes individuels jusqu’aux conseils et recommandations se rapportant à des situations concrètes. »

D’où vient cet immense intérêt des Tchèques pour l’astrologie, considérée par les élites scientifiques comme une pseudo-science qui a perdu dans ce siècle toute raison d’être ? Par ailleurs, une association de sceptiques appelée Sisyphos décerne chaque année le prix de la Pierre errante, une façon de ’récompenser’ ceux qui ont trompé le public ou bien qui ont présenté comme scientifique une chose qui ne l’était pas.

Le journal a donné la parole à Pavel Suchan, de l’Académie des sciences, qui explique:

« Nous nous considérons, non sans orgueil, comme une civilisation développée qui a réussi des exploits formidables. D’un autre côté, nous sommes entourés de choses irrationelles auxquelles nous n’avons pas de réponse. Voilà pourquoi nous aimons nous plonger dans des situations et dans des explications ‘hors notre espace’. Cela nous amuse. Et comme la demande exige de l’offre, d’autant que cela rapporte de l’argent, la situation est telle qu’elle est. »

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