Le miroir de la société Coopérer et coordonner l’action à l’échelle européenne pour mieux protéger les enfants
L’année 2008 est censée être une année décisive en vue d’assurer la protection des enfants disparus, de lutter contre les enlèvements et l’abus sexuel des enfants sur Internet… Le constat a été dressé lors de la récente session à Prague des représentants de l’organisation Missing Children Europe, qui est une fédération européenne ayant en charge ces questions-là précisément. La République tchèque, elle aussi, veut s’engager activement dans cette tâche.
Zuzana Baudyšová
Créer un centre national se présente désormais comme la principale
priorité pour la République tchèque en vue de l’amélioration de la
situation en rapport avec les enfants portés disparus et victimes d’abus
sexuel. La mise sur pied d’un système d’alerte, inspiré par le
système français « Alerte Enlèvement », est l’un des éléments
clés de cette ambition. Zuzana Baudysova qui dirige la fondation Notre
enfant, Naše dítě, explique :
« On sait que ce sont les premières heures après l’enlèvement d’un enfant qui comptent le plus. Le nouveau système que nous voulons introduire signifie, par exemple, que tous les médias, la radio, la télévision, diffusent de brèves informations sur l’enfant disparu, interrompant par une émission spéciale le programme régulier. Il est très important que ce système soit interconnecté au niveau européen, car depuis que nous sommes membres de l’espace Schengen, il est on ne peut plus facile de circuler avec un enfant où que l’on veuille. Une bonne coopération européenne est donc de rigueur pour que l’enfant enlevé se retrouve chez une personne sûre ».
Delphine Moralis, photo: CTK
Si la volonté existe, le délai d’introduction du système « Alerte
Enlèvement » en République tchèque, pays dans lequel, à s’en
référer aux statistiques de la police, plus de 2 900 mineurs de moins de
15 ans ont été portés disparus au cours de l’an 2007, n’a pas encore
été fixé. Le projet semble donc être loin de prendre des contours
concrets. Selon Delphine Moralis, secrétaire générale de Missing
Childern Europe, l’apport de ce système est pourtant indiscutable :
« Il est très efficace. On peut le voir par exemple en France où il a été utilisé en été pendant la disparition d’un petit garçon, qui a été enlevé par une personne qui était sortie de prison et qui avait été condamnée pour des actes pédo-criminels. Grâce à Alerte Enlèvement, on a pu retrouver l’enfant dans un délai relativement bref. L’important est de savoir non seulement que ces systèmes sont efficaces, mais aussi qu’ils sont très bon marché. Ce sont des systèmes très faciles à implémenter. Il suffit de se coordonner…C’est donc une question de bonne volonté, et on espère vraiment que la protection des enfants soit suffisamment importante dans chaque pays de l’UE pour que cela se fasse. C’est une priorité pour nous ».
Džamila Stehlíková
Dzamila Stehlikova, ministre tchèque chargée des droits de l’homme,
estime pour sa part que les menaces auxquels les enfants risquent d’être
aujourd’hui confrontés sont grandes, d’où la nécessité d’y
adapter la législation nationale et de développer une coordination au
niveau européen.
« La protection de l’enfant, surtout d’un enfant menacé, enlevé ou victime d’un abus sexuel à des buts commerciaux, est une des priorités du gouvernement. Plusieurs dispositions législatives ont été adoptées à cette fin, dont je ne citerai que la loi sur la détention de la pornographie enfantine qui est désormais considérée comme un acte criminel. Toutes ces démarches nous permettent de nous approcher de la législation européenne et de participer à des projets européens ».
La session de la fédération Missing Children Europe a vu venir à Prague, aussi, Mme Margarida Barroso qui offre à ces projets un soutien moral. Elle explique pourquoi :
« J’ai toujours été un défenseur des droits de l’homme, j’ai
toujours eu une très particulière tendresse pour l’enfance, pour ce qui
est l’être humain, dans ses premiers phases de vie, des phases très
vulnérables, très fragiles, également parce que je me suis toujours
indignée contre toute sorte de violence, toute sorte d’injustice. Je
trouve qu’il faut vraiment que chaque société s’occupe comme il faut
de l’enfance. D’ailleurs, je trouve qu’il faut pour une question de
respect pour nous-mêmes en tant qu’êtres humains, donner de la valeur
à l’être humain dans chaque étape de sa vie : l’enfance, l’âge
adulte, la vieillesse. En ce qui concerne l’enfance, il faut comprendre
que de la qualité de chaque enfance dépend tout ce que nous devenons
comme adultes. Si nous sommes un enfant aimé, protégé, encouragé,
respecté, nous deviendrons très certainement des adultes très valables
dans notre société, heureux, épanouis, par contre, si nous avons été
abusés, il y a une grande possibilité qu’on sera très malheureux, mais
il y a aussi une très forte probabilité qu’on sera des adultes
maltraitants. En ce qui concerne la problématique de la disparition, je me
suis un peu engagée dans cette voie parce que plusieurs familles
portugaises dont les enfants sont disparus, sont venues demander de
l’aide à mon mari qui m’a demandé de m’en charger personnellement.
Et depuis lors, quand j’ai constaté la souffrance immense de ces
familles, j’ai décidé de consacrer une bonne partie de mon temps à les
aider et à faire de sorte que nos sociétés européennes comprennent
vraiment le besoin de prendre toute sorte de mesures pour empêcher qu’il
y ait encore de nouvelles disparitions, de nouvelles souffrances, de
nouvelles maltraitances, de nouvelles violences commises sur les enfants. »
Pensez-vous qu’aujourd’hui, les enfants sont plus menacées qu’auparavant ?
« Je pense que oui. Tout d’abord, nos sociétés sont devenues plus
violentes, plus anonymes, plus isolées, donc les individus sont moins
entourés, plus livrés à eux-mêmes, à leurs propres souffrances. On se
rend compte moins facilement qu’un individu a besoin d’aide. De ce fait
je pense que dans nos sociétés il y a plus de risques, d’un autre
côté, les enfants eux-mêmes sont beaucoup plus exposés. D’abord, les
villes sont chaque fois plus grandes, les grandes métropoles sont
immenses, les parents de plus en plus travaillent à deux, et les enfants
sont beaucoup plus souvent seuls pendant une bonne partie de la journée.
Il y a tous les dangers liés à l’Internet, il y a les GSM, il y a toute
une sorte de dangers qui n’existaient pas auparavant. Oui, je pense que
dans nos sociétés, il y a plus de risques et un plus grand besoin
d’être très attentifs ».





