Bulle immoboilière : où les jeunes Tchèques vont-ils bien pouvoir se loger ?

Le difficile accès au logement, en raison de la pénurie de celui-ci, est un problème auquel sont confrontés de plus en plus de jeunes Tchèques. Ce sera le premier thème de cette nouvelle revue de presse dans laquelle nous reviendrons aussi sur la dernière pièce de théâtre - Sur le départ – écrite par Václav Havel. C'était en mai 2008. Autres thèmes qui ont retenu notre attention cette semaine : l’étude par une équipe de chercheurs tchèques des causes de la haine ethnique, la politique antidrogue en Tchéquie ou encore le regard que porte la cantatrice Magdalena Kožená sur les écoles d’art élémentaires.

Photo illustrative: Pixabay, CC0Photo illustrative: Pixabay, CC0 La pénurie de logements ne semble pas inquiéter les responsables politiques. C’est ce que constatait l’édition de mardi du quotidien économique Hospodářské noviny qui rapporte que les prix du logement dans certaines localités de République tchèque ont augmenté de 40 % au cours des cinq dernières années, soit une inflation sans équivalent ailleurs en Europe. Sans surpise, c’est à Prague que la situation est la plus compliquée. Bien que la Banque centrale et les économistes préviennent des dangers de cette bulle immobilière, cela ne suffit pas pour soulager tous ceux qui ont un besoin urgent de logement mais qui disposent de moyens financiers insuffisants. Le journal précise :

« La politique du logement demeure en marge de l’intérêt des politiques. Il n’existe toujours pas de loi sur le logement social, et ce malgré le débat mené depuis vingt ans. Préparée par le précédent gouvernement de Bohuslav Sobotka, la loi en question a fini par être rejetée par le Parlement. Les Pirates apparaissent aujourd’hui comme la seule formation consciente de la gravité de la situation. Ils ont lancé leur campagne en vue des prochaines élections communales et sénatoriales en affichant leur intention d’imposer une réduction des prix du logement qui, selon eux, sont astronomiques. »

Le droit au logement a beau être un des droits fondementaux de l’homme, il ne fait mention d’aucun prix. C’est sur ce rappel que le quotidien Hospodářské noviny conclut son article en ajoutant que seule une nouvelle crise permettarit de modifier l’échelle des prix ; une issue que personne n’espère cependant.

En mai 2008, Václav Havel présentait sa dernière pièce de théâtre

'Sur le départ' (Odcházení), photo: ČT'Sur le départ' (Odcházení), photo: ČT Le site echo24.cz rappelle que dix ans se sont écoulés depuis la première au théâtre Archa à Prague de la dernière pièce écrite par Václav Havel - Sur le départ (Odcházení). L’occasion de remarquer :

« Rares sont les pays à avoir à leur tête un président qui écrit des pièces de théâtre. Certains dictateurs possèdent parfois quelques talents artistiques, comme l’empereur Nero qui écrivait des poèmes, mais une pièce de théâtre, c’est encore autre chose, car cela ne s’écrit pas aussi facilement. Durant ses mandats présidentiels, Václav Havel s’est consacré essentiellement à l’écriture de discours, mais lorsque son parcours politique est arrivé à son terme, il a achevé la pièce dont il s’était lancé dans l’écriture avant même la révolution de 1989. Cette pièce est devenue beaucoup plus personnelle qu’il ne l’avait initialement envisagé. Son titre Sur le départ résume parfaitement la situation dans laquelle Havel se trouvait tout en possédant une dimension symbolique : le départ est un état angoissant et très désagréable pour tous ceux qui n’y sont pas préparés. »

Deux ans après sa première présentation sur les planches, Václav Havel a adapté la pièce pour un film qu’il a lui-même réalisé. « Montrez-moi un autre pays à avoir un président qui, à ses vieux jours, tourne un film », écrit enfin l’auteur du texte.

Des chercheurs tchèques étudient les causes de la haine ethnique

Photo illustrative: BruceEmmerling / Pixabay, CC0Photo illustrative: BruceEmmerling / Pixabay, CC0 « La haine ethnique est contagieuse » était le titre d’un texte publié dans un récent numéro du quotidien Lidové noviny qui se penche sur les travaux d’une équipe de chercheurs tchèques dont les résultats ont été publiés dans la prestigieuse revue américaine PNAS :

« Cela fait longtemps que les scientifiques s’interrogent sur les causes de la rapidité de l’escalade des conflits ethniques. Les méthodes employées par les chercheurs tchèques avaient pour but de dévoiler notamment les éléments déclencheurs de la haine à l’égard des autres et d’examiner sa prolifération. Elles ont montré l’importance des comportements qui sont à même d’inspirer les autres et des exemples suggestifs. La tendance à agir de manière destructrice s’accentue lorsqu’elle est encouragée par le milieu environnant. Ainsi, même dans les sociétés et dans des situations normales où la discrimination n’est pas visible, il faut toujours tenir compte du risque d’un éclatement assez rapide d’un conflit. De surcroît, l’ampleur de la contagion de la haine est presque double lorsqu’un comportement agressif mise sur différents groupes ethniques. »

Dans cette optique, les chercheurs tchèques estiment qu’il est très important de punir sévèrement tous les crimes haineux.

La politique antidrogue est-elle un terme déplacé ?

Photo illustrative: Filip Jandourek, ČRoPhoto illustrative: Filip Jandourek, ČRo L’utilisation en République tchèque du terme de « politique antidrogue » amène l’auteur d’une note publiée dans la dernière édition de l’hebdomadaire Respekt à se poser la question de savoir si l’Etat a l’intention d’éliminer l’ensemble des stupéfiants et des substances psychotropes au lieu de chercher à les réguler de façon optimale. Il explique pourquoi l’emploi du terme « politique antidrogue » est déplacé :

« Une répression dure cause toujours plus de dégâts que de bien. La Tchéquie a pu vérifier le bien-fondé de ce constat depuis qu’elle a adopté un modèle raisonnable. Son but consiste à minimaliser les dangers liés à la consommation, à la production et à la distribution de stupéfiants. On peut même dire que notre politique dans ce domaine est l’une des meilleures au monde. Les coordinateurs de la politique antidrogue ont toujours préféré une attitude raisonnable, et ce même dans les sauvages années 1990 où ils ont eu à mener des combats contre les responsables politiques qui étaient favorables à une politique plus répressive. »

Ce sont donc les substances légales, l’alcool et le tabac, ainsi que d’autres addictions dont celle en premier lieu aux jeux de hasard, qui constituent un problème bien plus grave en Tchéquie. Les chiffres relatifs à la consommation d’alcool, qui est bon marché et facilement accessible, sont alarmants. Or, selon l’auteur du texte, la tolérence d’une majorité de la société pour la consommation d’alcool constitue pour tout le monde un risque bien plus grand que des seringues jetées ça et là dans un parc.

Magdalena Kožená : l’art est tout aussi important que le sport

Magdalena Kožená, photo: ČTKMagdalena Kožená, photo: ČTK Les écoles d’art élémentaires (ZUŠ), qui ont remplacé les écoles d’art populaires, constituent un phénomène tchèque à part entière. Elles offrent aux enfants, pour des frais de scolarité raisonnables, une éducation dans plusieurs disciplines : l’apprentissage d’instruments de musique, le chant, la danse, l’art dramatique, la peinture. Jeudi, elles ont fait parler d’elles dans le cadre d’un happening national intitulé ZUŠ Open auquel ont participé 400 écoles du pays. Rues, églises, châteaux, musées, commerces, cafés, gares ou encore places : tels sont les différents lieux publics dans lesquels les enfants se sont produits toute la journée à travers concerts, spectacles et autres diverses performances artistiques. Le projet était initié et parrainé par Magdalena Kožená. A cette occasion, la mezzosoprano tchèque mondialement connue s’est exprimée dans le quotidien Mladá fronta Dnes :

« En République tchèque, les gens considèrent ces écoles d’art comme une évidence. C’est une bonne chose, mais il est important de contribuer à leur déveoppement et à leur visualisation. Pour l’instant, ces écoles sont publiques et demeurent accessibles à des couches assez larges de la population, car les frais de scolarité restent raisonnables pour les parents. Les moyens ne sont cependant pas suffisants pour satisfaire tous les intéressés. L’autre but est donc de sensibiliser l’opinion publique sur l’importance de ces institutions pour le bagage culturel de la nation. Chaque parent sait que la pratique d’un sport profite à son enfant. En revanche, beaucoup considèrent que la fréquentation d’une école d’art est un luxe, et c’est pourquoi je veux qu’ils comprennent que l’art est aussi important que le sport, qu’il développe une autre facette aussi importante de la personnalité de l’enfant. »