Rencontres littéraires Une visite dans le massif de Sumava sur les traces de l'écrivain Johannes Urzidil

11-08-2007 | Václav Richter

Dans les années trente du siècle dernier l'écrivain tchèque de langue allemande Johannes Urzidil se rendait souvent dans le village de Zadni Zvonkova perdu dans le massif de Sumava. Il aimait ce pays montagneux connu pour sa beauté un peu mélancolique. Par la suite Johannes Urzidil a été obligé de s'enfuir devant les nazis, a vécu aux Etats-Unis et n'est plus revenu en Tchécoslovaquie découragé par le régime communiste. C'est grâce à l'Association Johannes Urzidil qu'a été créée dans le village de Zadni Zvonkova une exposition permanente consacrée aux séjours de l'écrivain dans cette contrée charmante et aux textes qu'elle lui avait inspirés.

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Johannes UrzidilJohannes Urzidil Milos Minarik de l'Association Johannes Urzidil invite les visiteurs dans la maison où est installée l'exposition de cet écrivain:

« La maison n'est liée avec Urzidil que dans une certaine mesure. Elle était là quand l'écrivain venait dans ce village. C'est la dernière maison qui a été bâtie à Zvonkova, vers la fin des années vingt. Elle est donc la plus jeune. Dans cette maison il y avait un bureau de tabac et, vu le fait qu'à cette époque Urzidil était encore un grand fumeur, il est fort probable qu'il y soit venu chercher ses cigarettes. Juste en face, il y avait l'auberge de Franz Carry avec qui Urzidil était très lié. Il est donc évident que l'écrivain se trouvait très souvent dans la proximité de cette maison. »

L'oeuvre et la vie de Johannes Urzidil sont un chapitre important de la coexistence des cultures tchèque et allemande en Bohême. Fils d'une mère tchèque et d'un père allemand, il était prédestiné à être un maillon, un médiateur, à concilier les antagonismes entre les Tchèques et la minorité allemande. Une grande partie de son oeuvre reflète cette animosité entre Tchèques et Allemands qui pendant toute sa vie continuait à s'aggraver pour dégénérer finalement en une haine ouverte.

Né à Prague en 1896, Johannes étudie dans des écoles allemandes mais parle bien tchèque. Ce bilinguisme est assez exceptionnel parmi les Allemands de Prague. A partir de 1913, Johannes Urzidil publie ses premiers poèmes dans le journal Prager Tagblatt et bientôt il devient membre du cercle des auteurs qui fréquentent le café Arco et parmi lesquels il y a les noms qui vont marquer la littérature du XXe siècle - Franz Kafka, Max Brod, Franz Werfel, Egon Erwin Kisch, Ernst Weiss, Milena Jesenska ... En 1919, il publie à Berlin son premier recueil de poésies intitulé "La Chute des assassinés". Il s'intéresse vivement aussi à la culture tchèque et notamment à la peinture. Il est ami des peintres Vaclav Spala, Josef Capek, Emil Filla et notamment de Jan Zrzavy avec lequel il entretiendra une correspondance jusqu'à sa mort. Dans l'entre-deux-guerres, Johannes Urzidil est conseiller de presse de l'ambassade d'Allemagne à Prague et il mène simultanément une carrière journalistique sans oublier sa propre création, notamment des poésies et des nouvelles.

Critique des dignitaires nazis, marié à une juive - il a épousé la fille du rabbin de Prague - il est obligé de s'exiler en 1939. Il travaille tout d'abord au service du gouvernement tchécoslovaque d'exil à Londres, puis il s'établit à New York où il s'adonne avec une nouvelle énergie à la littérature. Après la Deuxième Guerre mondiale, il publie plusieurs recueils de contes en Allemagne et en Suisse dont "Le Triptyque de Prague" et aussi "La Bien-aimée perdue", livres évoquant ses souvenirs pragois. Il continue à suivre ce qui se passe en Tchécoslovaquie, fréquente les émigrés tchèques à New York, notamment le journaliste Ferdinand Peroutka, mais refuse de revenir en Tchécoslovaquie. Il meurt subitement lors d'un voyage à Rome en 1970. Ses oeuvres continueront à paraître et seront traduites aussi dans plusieurs langues dont le français et l'italien. En Tchécoslovaquie, on ne publiera, jusqu'à la révolution de 1989, qu'une petite anthologie intitulée "Les jeux et les larmes". Ce n'est que la révolution suivie de la chute du régime communiste qui permettra finalement à l'oeuvre de cet écrivain d'être de nouveau traduite et publiée dans sa patrie tchèque.

 

Zadni Zvonkova en 1932Zadni Zvonkova en 1932 Aujourd'hui les lecteurs de Johannes Urzidil peuvent suivre ses traces dans le massif de Sumava. Evidemment le village de Zadni Zvonkova a beaucoup changé depuis le dernier séjour de l'écrivain dans les années 1930. Certianes maisons ont été abandonnées et le village est tombé partiellement en ruines. Milos Minarik estime cependant que si Urzidil y venait aujourd'hui, il le reconnaîtrait :

« Il le reconnaîtrait parce qu'il avait l'occasion de voir encore du haut des belvédères de Moldaublick et de Bärenstein quel était le sort ultérieur de la commune, les maisons qui tombaient en ruines etc. Néanmoins, aujourd'hui l'aspect du village est un peu différent. Les ruines ont disparues presque complètement dans la verdure et une partie de ce qui s'est conservé, est aujourd'hui restaurée. »

Le musée dans la maison de Zadni Zvonkova ayant abrité jadis un bureau de tabac n'est pas cependant consacré qu'à Johannes Urzidil. Le visiteur y trouve aussi des documents sur l'histoire de la contrée. Milos Minarik :

Le musée dans la maison de Zadni Zvonkova (à côté de l'église)Le musée dans la maison de Zadni Zvonkova (à côté de l'église) « Dans le musée il y a trois expositions. La première a été crée surtout grâce à l'initiative des habitants de jadis et aux documents qu'ils ont offerts est consacrée à l'histoire du village de Zvonkova d'une manière générale. On y voit le village comment il était, comment il s'agrandissait, comment on y vivait. Puis il y a une exposition consacrée à un des curés de Zvonkova, Engelmar Unzeitig, mort tragiquement dans un camp de concentration. Et finalement il y a la troisième exposition consacrée aux séjours de Johannes Urzidil. L'exposition est conçue de façon à expliquer pourquoi et comment Urzidil est venu dans cette contrée. Les auteurs ont réuni les documents sur les maisons où il habitait, sur les endroits qu'il fréquentait, sur ses activités au cours de ses séjours et les personnes qui venaient lui rendre visite. Et l'exposition s'achève par une collection des photos. Les fragments de ses textes décrivant de diverses parties du village telles qu'elles étaient à l'époque, sont confrontés avec les photos représentant leur aspect actuel. »

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