Les Tchèques, le peuple des rats de bibliothèque

Avons-nous encore besoin des bibliothèques publiques ? Quel est le rôle de ces institutions dans la société actuelle ? Pourquoi leur nombre en République tchèque est toujours aussi élevé ? Lisons-nous encore les livres à l’époque d’Internet ? Autant de questions qui ont surgi au cours de la Semaine des bibliothèques organisée du 4 au 10 octobre dans toute la République tchèque.

Les dernières enquêtes ont démontré que les Tchèques lisent en moyenne 17 livres par an et dépensent pour les livres annuellement quelques 1200 couronnes (48 euros). Par rapport à l’année 2007, le nombre de ceux qui achètent au moins un livre par an a baissé. Cette baisse est probablement explicable par la crise. On se demande donc si le manque d’argent pour l’achat de nouveaux livres a pour conséquence un regain d’intérêt des lecteurs pour les bibliothèques publiques. Le président de l’Union des bibliothécaires et des travailleurs de l’information Vít Richter estime que le temps de répondre à cette question n’est pas encore venu :

Vít RichterVít Richter « En tous cas l’année dernière les bibliothèques tchèques ont enregistré un nombre record de lecteurs. Elles ont accueilli 22 millions de lecteurs. Je pense que les bibliothèques de qualité, les bibliothèques bien équipées ne peuvent pas se plaindre du manque d’intérêt de la part du public. Pour le moment nous ne pouvons pas dire cependant s’il y a un lien direct entre la crise économique et le nombre de lecteurs dans les bibliothèques. Il faut encore attendre. En ce moment nous ne disposons pas encore de chiffres exacts. »

L’Union des bibliothécaires et des travailleurs de l’information organise aussi régulièrement le concours de la meilleure bibliothèque de l’année. Cette fois-ci la première place a été occupée par la bibliothèque de la commune de Petrůvky sur le Plateau tchéco-morave. Vít Richter explique pourquoi la première place a été attribuée à la bibliothèque de ce hameau difficile à trouver sur la carte :

La bibliothèque de la commune de PetrůvkyLa bibliothèque de la commune de Petrůvky « Petrůvky est une très petite commune. Elle n’a que 81 habitants mais 57 des ses habitants sont enregistrés dans la bibliothèque. Dans ce cas donc il faut absolument approuver les paroles de Mme Krejčí, bibliothécaire de Petrůvky qui a dit qu’on ne peut pas obliger les gens à lire mais qu’on peut les convaincre de visiter une bibliothèque. Cette bibliothèque est donc un véritable centre social, culturel et communautaire du village et je pense que c’est justement la raison pour laquelle elle a été distinguée. »

La bibliothèque de la commune de PetrůvkyLa bibliothèque de la commune de Petrůvky Le cas de Petrůvky démontre clairement que le rôle que la bibliothèque publique joue dans la vie de la société tchèque, ne se limite pas à l’emprunt de livres mais qu’il est beaucoup plus complexe. Ces institutions souvent modestes sont à la fois source de connaissances et de loisirs et aussi d’importants centres autour desquels s’organise la vie sociale de communes et de villes. Et comme elles donnent aujourd’hui aux lecteurs la possibilité de se brancher sur Internet, elles sont aussi un moyen de communication avec le monde.

 

La Semaine des bibliothèques en République tchèque est l’occasion pour ces institutions modestes de sortir de la pénombre dans laquelle elles existent et travaillent au cours du reste de l’année. C’est ce que constate aussi la secrétaire de l’Union des bibliothécaires et des travailleurs de l’information Zlata Houšková :

« Cette manifestation a pour objectif de rappeler l’existence des bibliothèques non seulement à ceux qui ont leur carte de lecteur mais aussi à ceux qui ne l’ont pas. Il s’agit donc de la promotion des bibliothèques et il faut montrer également que ce sont des institutions ouvertes que chacun peut visiter et où chacun se sentira bien. »

Chaque bibliothèque a apporté sa propre initiative et ses propres projets à l’organisation de la Semaine. Selon Vít Richter, l’Union des bibliothécaires et des travailleurs de l’information leur a pourtant donné certaines impulsions :

« Nous avons appelé les bibliothèques à consacrer chaque jour de la semaine à un groupe de lecteurs différent. Lundi c’étaient les seniors, mardi les parents en congé de maternité et de paternité, mercredi c’était le jour des enfants, jeudi a été consacré aux lecteurs handicapés de toutes sortes, vendredi aux minorités ethniques et linguistiques et finalement samedi la bibliothèque est ouverte pour toute la famille. Certaines bibliothèques sont ouvertes même dimanche et c’est donc la journée de tous ceux qui veulent venir. »

 

Cette année quelque 480 bibliothèques participent à cette initiative. D’après Vít Richter la récente enquête à Prague a démontré que la Semaine des bibliothèques est une manifestation connue de 30 % des Pragois. Les bibliothèques ont préparé pour leurs visiteurs un riche programme : séances de signatures, lectures publiques, débats, conférences, concours, jeux pour les enfants, productions musicales et spectacles de théâtre – tout cela figure au programme de la Semaine. Certaines bibliothèques ont même décidé d’annuler les amendes que devraient payer les lecteurs distraits qui ne rendent pas à temps les livres empruntés. Mirka Čápová du département pour enfants de la bibliothèque de la ville de Uherské Hradiště en Moravie présente une initiative qui ne fait que commencer au cours de la Semaine :

« Nous organisons par exemple le concours littéraire pour les enfants de moins de 15 ans sur le thème ‘Quelle est la couleur du monde ?’ ou ‘J’écris des contes, j’écris des poèmes, je me sens mal, je me sens bien’. Les enfants peuvent envoyer leurs œuvres soit à l’adresse de notre bibliothèque soit par e-mail. (…) Les enfants peuvent écrire des contes, des légendes, des poèmes. Tous les textes doivent nous parvenir avant le 15 janvier prochain. Leurs travaux seront ensuite jugés par un jury de spécialistes. Les meilleurs textes passeront au second tour et les résultats seront présentés à la fin de l’année scolaire lors du festival ‘Le Soleil de Uherské Hradiště.»

Dans chaque bibliothèque il y a des lecteurs qui entretiennent avec elle des rapports de proximité et d’intimité. Les bibliothèques sont aussi le partenaire important de la Télévision publique tchèque qui organise au cours de cette année l’enquête nationale intitulée « Le livre de mon cœur. » Près de la moitié de toutes les participations à cette enquête ont été recueillies justement par les bibliothèques. Les douze ouvrages qui ont remporté cette enquête et se sont placés en tête de la liste des livres les plus aimés et les plus lus des lecteurs tchèques ont figuré aussi au centre de l’attention des organisateurs de la Semaine des bibliothèques. Si quelqu’un ne connaissait donc pas encore ces livres, il avait la possibilité de les connaître dans une des bibliothèques tchèques.