Rencontres littéraires Les frères Grimm au cirque
"Il y avait une fois un roi et une reine qui vivaient ensemble en bonne intelligence. Ils avaient douze enfants, mais c'étaient douze garçons ..." Vous connaissez ? Cela vous rappelle quelque chose ? Oui, c'est le conte "Les Douze frères", paru déjà en 1857, dans le livre intitulé "Contes de Grimm" avec d'autres chef-d'oeuvres du genre que tout le monde connaît, car ils nous ont fait rêver dans notre enfance - Le petit chaperon rouge, Cendrillon, Blanche-Neige, Tom Pouce. Le livre en question est l'oeuvre commune des frères Jacob et Wilhelm Grimm, deux écrivains et philologues de la première moitié du XIXe siècle qui ont réuni, à partir de différentes sources, des contes populaires allemands dans un recueil qui allait faire la joie des enfants de nombreuses générations. Leur livre, plus précisément le conte "Les douze frères", a inspiré aussi Daniel Gulko, chef de la Compagnie Cahin-Caha, qui présente un spectacle intitulé tout simplement « Grimm » dans le cadre du festival du Nouveau cirque dans le Parc de Letna à Prague.
Cahin-Caha à Prague (Photo : CTK)
La Compagnie Cahin-Caha n'est pas une simple troupe d'artistes de cirque.
Daniel Gulko, chef de l'ensemble:"C'est une troupe française, mais à
peu près la moitié des gens ne sont pas Français. Il y a une troupe de
gens de cultures et de disciplines différentes. C'est très mélangé chez
nous, il y a des artistes de cirque, des acteurs, des danseurs, des
musiciens, quelques plasticiens. Donc, on travaille vraiment entre les
formes. On n'est ni cirque, ni théâtre. Nous, on dit: on est le cirque
bâtard. Bâtard, dans le sens d'un mélange, qui n'est pas pur, qui n'est
pas noble, qui est un mélange très brassé du bas."
Vous participez au festival du nouveau cirque. Qu'est ce que le nouveau cirque? C'est ce que vous appelez le cirque bâtard?
Cahin-Caha à Prague (Photo : CTK)
"Je dirais que le nouveau cirque est un label, une étiquette qui a
été posée sur un mouvement, je crois, pour simplifier les choses, mais qui
désigne un mouvement vraiment plus gros que le cirque, parce qu'il y a
aussi le spectacle de rue, il y a aussi le renouveau de tout ce qu'on
appelle les formes populaires qui, avant, étaient considérées comme un peu
ringardes ou vieilles. Et il y a tout un mouvement qui emploie ces formes
populaires et folkloriques, qui sont devenues des formes nouvelles,
contemporaines. Ce mouvement est plus critique, comme le théâtre
contemporain et la danse contemporaine qui prennent des positions beaucoup
plus radicales au niveau du contenu, de ce qu'ils disent, ou au niveau de
la forme et de l'esthétique. Et cela inclut la marionnette, le théâtre de
rue, la musique folk, folklorique ... Donc, nous, on fait partie de ce
mouvement-là."
Cahin-Caha à Prague (Photo : CTK)
Le conte des frères Grimm "Les douze frères" raconte l'histoire
d'une jeune fille, une princesse, qui, pour délivrer ses frères changés en
corbeaux, subit une épreuve dans laquelle elle risque de perdre la vie.
Condamnée à être brûlée vive, elle est sauvée au dernier moment par les
douze corbeaux. Le charme est rompu, les corbeaux redeviennent jeunes
hommes et embrassent leur soeur à laquelle ils doivent leurs délivrance.
"Nous, on a toujours créé notre propre histoire et on avait l'idée qu'il serait intéressant d'interpréter l'histoire de quelqu'un d'autre, dit Daniel Gulko. Mais on n'a pas réussi. (Rires.) On est trop libres peut-être. Donc, on s'est laissés influencer par les histoires des frères Grimm, surtout par l'histoire d'une fille qui perd ses frères parce qu'ils sont transformés en corbeaux. Elle doit passer à travers des épreuves, toutes sortes de choses difficiles pour essayer de les ramener. Et c'était la base de notre histoire. Cela reste encore, mais, maintenant, c'est beaucoup plus une expérience pour le public qui va prendre le chemin avec cette fille et qui va vivre des choses très étranges, des fois très drôles et des fois très belles."
Vous voulez donc engager le public dans votre spectacle?
Cahin-Caha à Prague (Photo : CTK)
"Ah oui, le public est très engagé dans notre spectacle. Mais, déjà,
dans le chapiteau, on ne peut pas être coupé du public comme dans un
théâtre. Déjà, on entend tout ce qui se passe en dehors, s'il y a un
avion, un chien, on va le savoir. Et puis on voit tout, il n'y a pas de
rideau. Quelqu'un est dans l'air, on le voit, quelqu'un entre, on le voit,
et on voit le public, puisque c'est un cercle, donc, le public se voit,
donc, déjà, les gens sont dedans, ils ne peuvent pas se cacher, ils ne
peuvent pas fuir. Et, en plus, nous aimons bien que le public fasse partie
de l'expérience. Donc, il y a des moments où on laisse carrément la piste
au public et le public va envahir la piste. Donc, les gens vont se trouver
sur la scène, 500 personnes. C'est extraordinaire."
Daniel Gulko
Danse dans la coupole du chapiteau, danse avec des branches d'arbres,
chutes dans le vide, acrobaties aériennes, hommes oiseaux, hommes
araignées, bains dans les plumes - telles sont les différentes parties du
spectacle. Loin d'être de simples numéros de cirque, elles se fondent dans
un univers onirique et quasi surréaliste. L'inspiration par les frères
Grimm se manifeste donc plutôt dans l'atmosphère du spectacle. On ne
raconte pas un conte, le public ne suit pas les aventures de la petite
princesse. Le spectacle n'est qu'un écho de son histoire, il reflète les
grands thèmes du conte - la trahison, la maturation et le mystère.
Vous avez déjà présenté votre spectacle ailleurs?
Cahin-Caha à Prague (Photo : CTK)
"C'est la première fois en République tchèque, mais il est maintenant
vieux d'un an et demi. Il a tourné déjà à peu près cinquante fois. Donc,
cela commence à être très solide après cinquante spectacles. C'est la
première fois en langue étrangère. Il y a quelques moments où les acteurs
vont dire quelque chose au public, et cela on a essayé de le traduire en
tchèque."
Quelles ont été les réactions du public?
Cahin-Caha à Prague (Photo : CTK)
"En général, le public aime beaucoup. Souvent les gens voient un
chapiteau et ils s'attendent à un cirque traditionnel. Ils attendent des
lions, des clowns, des clowns grimés en clowns, donc, au début, ils sont
un petit peu choqués, un petit peu confus, parce que ce n'est absolument
pas cela. Mais c'est vraiment un spectacle pour le public, donc, on les
fait rire, on les fait applaudir, et, au fur et à mesure, les gens
finissent par être heureux. Donc, ils font un chemin, comme les héros du
conte font un chemin. Et c'est un spectacle assez sombre, comme les contes
des frères Grimm sont des fois très sombres. Il y a des choses pas très
faciles à regarder dans les contes des frères Grimm. Mais c'est important
pour parler de notre intérieur qui n'est pas que lumière. Donc, nous, on a
gardé cet esprit-là. Et, un peu curieusement, les enfants comprennent
tout. Les enfants adorent. On a été assez surpris, c'est un spectacle très
mature, un spectacle fait par des adultes avec une vision de la société.
C'est donc intellectuellement pour les adultes, mais visuellement, les
enfants adorent. Donc, on a un mélange très spécial. Les intellectuels,
qui analysent le spectacle, et les enfants, qui se régalent."





