Chapitres de l'histoire Un entretien avec Lise London

23-04-2003 | Astrid Hofmanová

La semaine dernière, une conférence internationale sur les procès politiques dans l'ex-Tchécoslovaquie des années 50 s'est déroulée à Prague. Parmi les invités, il y avait Lise London, veuve d'Artur London, ancien vice-ministre des Affaires étrangères et l'un des treize hommes politiques condamnés dans l'un des plus grands procès politiques de l'histoire, le procès Slansky. Ecrivain, diplomate et homme politique tchèque d'origine juive, London a été l'un des trois accusés à avoir échappé de peu à la corde dans ce procès truqué. J'ai demandé à Mme London de nous raconter son histoire depuis son arrivée dans la Tchécoslovaquie d'alors.

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Ancien interbrigadiste en Espagne et membre de la Résistance française, Artur London revient s'installer en Tchécoslovaquie en 1948. En tant que vice-ministre des Affaires étrangères, il est arrêté en 1951 et condamné à perpétuité. Sa femme se souvient de son arrivée en Tchécoslovaquie, là où elle travaillait, avant l'arrestation de son mari, à Radio Prague.

C'était samedi ou dimanche, Artur London est parti chercher les journaux au ministère. Il n'est plus revenu. Mme London ne savait rien, elle a appris la nouvelle en lisant le journal dans le tram...

Convaincue de l'innocence de son mari, Lise London a écrit une lettre au Président de la République, Klement Gottwald, ainsi qu'au comité central du parti. Aucune réponse. Elle ne pouvait pas non plus assister au procès. Elle l'écoutait, comme tout le pays d'ailleurs, à la Radio. Lorsqu'elle a entendu dire son mari: « coupable », elle a cru en sa culpabilité...

Mme London a compris qu'il s'agissait donc d'un procès truqué. Elle s'est mise au travail pour réunir les preuves confirmant l'innocence de son mari, elle intervenait à l'étranger. Dans le même temps, sa vie à Prague est devenue un enfer. Ses anciens collègues et amis changeaient de trottoir pour éviter de la rencontrer. En dépit de cette expérience douloureuse, Lise London est restée fidèle aux idéaux communistes.

Grâce, entre autres, à l'intervention du Parti communiste français, Artur London n'a passé que cinq ans à la prison de Pankrac à Prague. Après sa libération, en 1956, il ne voulait plus vivre dans le pays où ceux qui l'avaient condamné étaient toujours au pouvoir. En 1963, London est réhabilité, quitte la Tchécoslovaquie et s'installe en France.

En 1968, Artur London publie à Paris le livre « L'aveu », dans lequel il décrit les coulisses du procès et les pratiques de la police politique dans les années cinquante. Le roman a été porté à l'écran par Costa Gavras. Dans les années 70-80, Artur London a critiqué les pratiques du régime Husak et organisé des campagnes pour la protection des droits de l'homme dans la Tchécoslovaquie d'alors.

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