Chapitres de l'histoire Nouveaux faits sur l'intervention des bérets rouges, le 17 novembre 1989
Retour, dans ces chapitres de l'histoire, sur la révolution de Velours. A la veille de son 17e anniversaire, de nouveaux faits sur l'intervention policière contre les étudiants, le 17 novembre 1989 sur l'avenue Narodni, viennent d'être révélés par l'Institut de documentation et d'investigation des crimes du communisme
Novembre 1989
En 1989, le 17 novembre était, comme cette année, un vendredi. Environ 15
000 étudiants s'étaient réunis en fin d'après-midi sur le campus
universitaire de Prague-Albertov pour un acte commémorant le 50e
anniversaire du décès de Jan Opletal, étudiant en médecine mort des suites
des blessures subies lors d'une intervention brutale des nazis. Les
dirigeants communistes se sont retrouvés dans une situation difficile:
pour des raisons politiques, ils ne pouvaient pas interdire la tenue d'une
manifestation rendant hommage à l'opposition antinazie de 1939 et convoquée
par un organe officiel des étudiants. D'un autre côté, ils ne voulaient pas
risquer que l'action dépasse son cadre. Sur ordre du ministre de
l'Intérieur Frantisek Kincl, l'état d'exception avait été décrété dans
Prague ce 17 novembre 1989.
Le mur de Berlin
La Tchécoslovaquie et la Roumanie étaient les derniers bastions du
communisme en Europe. En juin 1989, la Pologne avait organisé ses
premières élections libres, Tadeusz Mazowiecki du mouvement Solidarita
ayant été élu chef du gouvernement à l'issue de celles-ci. Huit jours
avant le début de la révolution de Velours à Prague, le symbole de la
Guerre froide et de la division de l'Europe, le mur de Berlin, est tombé.
Erigé dans la nuit du 12 au 13 août 1961, le mur est tombé aussi
rapidement qu'il avait été construit. Un carnaval a éclaté dans les rues
de Berlin, le 9 novembre 1989. Sur la place Venceslas, à Prague, quelques
rares passants rentraient à la maison, ignorant ce qui venait de se passer
à Berlin. Le lendemain, l'organe du PCT, Rude Pravo, écrivit que
l'ouverture de la frontière à Berlin témoignait de la tentative sincère
des communistes est-allemands de remplir d'un contenu concret les idéaux
de la perestroïka. On peut s'en étonner, mais la chute du mur de Berlin
n'a pas trouvé de large écho à Prague. La dissidence se concentrait sur la
date du 10 décembre, Journée des droits de l'homme. D'après l'historien
Vilem Precan, on pensait alors que ce serait cette date qui marquerait un
tournant, mais entre-temps, les étudiants donnèrent le coup d'envoi de la
chute du régime. Le jour du 17 novembre est arrivé...
Novembre 1989
Le moment décisif s'est produit à la fin du rassemblement des étudiants à
Albertov. Les organisateurs essayaient, en vain, de terminer la
manifestation comme prévue. Mais il était impossible d'empêcher environ 50
000 personnes de se mettre en mouvement. Ce qui a suivi est bien connu. La
foule s'est dirigée vers Vysehrad. Dans la rue Vysehradska, la police a
pour la première fois barré la route. Ceux qui décidèrent de continuer
jusqu'à la place Venceslas furent arrêtés par deux cordons des forces de
l'ordre et des membres de brigades mobiles spéciales, dits « les bérets
rouges », sur l'avenue Narodni. Les étudiants furent invités à se
disperser. Mais toutes les issues étaient hermétiquement fermées par les
boucliers des policiers qui ont serré violemment les rangs de plus de 2000
manifestants. Ces derniers ont gardé leur calme. On n'oubliera jamais les
images qui ont fait, le lendemain, le tour de Prague : assis par terre,
bougies et fleurs à la main, les jeunes scandaient: nous avons les mains
nues... Après 20 h 30, la patience des policiers s'épuisa : protégés par
leurs boucliers, ils ont serré la « masse » et « relâché » les gens
désarmés par des issues étroites à coups de poing, de pied et de matraque
violents.
Vaclav Havel
Le lendemain, Radio Europe libre a diffusé l'information sur la mort d'un
étudiant, lors de l'intervention de la veille. Bien qu'elle se soit avérée
non fondée, cette information a déclenché une résistance générale. Le fait
que les enfants soient battus et tués n'a laissé personne indifférent. Des
manifestations répétées sur la place Venceslas, la grève des étudiants et
des acteurs, puis le rassemblement de plus de 700 000 personnes sur
l'esplanade de Letna ont conduit à la chute du régime. Le rôle dirigeant
du parti communiste au pouvoir pendant plus de 40 ans a été aboli par la
loi du 29 novembre 1989. La victoire de la démocratie a été scellée un
mois plus tard par l'élection du dissident Vaclav Havel président de la
République.
Novembre 1989
Ces jours-ci, dix-sept ans plus tard, l'Institut de documentation et
d'investigation des crimes du communisme, UDV, vient de mettre à jour des
faits inédits. Le plan de déployer les bérets rouges en tenue de
camouflage, armés de matraques, lors des manifestations d'opposants au
régime, est né au ministère de l'Intérieur un mois à peine avant le 17
novembre 1989. Et c'est sur l'avenue Narodni que ces unités spéciales ont
vécu leur première. Selon Jiri Basta de l'UDV, ils étaient déjà intervenus
lors de la semaine Palach, en janvier 1989, pendant le rassemblement de
protestation contre l'invasion soviétique, le 21 août, puis à l'occasion
de la fête nationale du 28 octobre, où une manifestation interdite avait
eu lieu à l'occasion du 71e anniversaire de la fondation de la
Tchécoslovaquie démocratique. Mais toujours, les forces spéciales étaient
restées en tenues civiles. Après que les canons à eau aient dispersé les
manifestants, le 28 octobre, à Prague, Marko Solmosi, commandant de
l'intervention, a proposé de peser l'effet psychologique du déploiement
des bérets rouges en uniformes modèle 60 ou 80 : tenues de camouflage,
bérets rouges et matraque en caoutchouc de couleur blanche... Une
curiosité, le département a puisé son inspiration auprès des Comandos -
les unités spéciales cubaines qui avaient une expérience des interventions
en Angola et au Nicaragua.
Novembre 1989
Sur l'avenue Narodni, les bérets rouges intervenaient en groupes de trois
membres et en collaboration avec dix membres des forces de l'ordre. La
tâche de ces derniers était de désigner les personnes incommodes que les
bérets rouges passaient à tabac avant de les remettre à la police. Selon
la directive du ministère de l'Intérieur, les bérets rouges ne devaient
pas être directement déployés lors des actions hostiles au régime. Ils
étaient entraînés pour l'accomplissement de missions spéciales :
détournements d'avions, actes terroristes et autres crimes graves. L'ordre
a pourtant été donné de les envoyer, le 17 novembre, sur l'avenue Narodni,
sans qu'ils soient entraînés et préparés à la mission d'affronter des
civils. Leur intervention a fait 568 blessés. Trois membres du département
des missions spéciales du ministère e l'Intérieur ont été poursuivis pour
abus de pouvoir, un seul a finalement été condamné à 12 mois de prison
avec sursis.






