Chapitres de l'histoire L'histoire de la ville de Hlucin où seront inhumés les restes de soldats allemands de la Wehrmacht
Près de 4000 caisses contenant les restes de soldats allemands de la Wehrmacht tombés pendant le second conflit mondial sur le territoire de notre pays, entreposées jusqu'à présent dans une usine d'Usti nad Labem, seront dignement inhumés, plus de 60 ans après, au cimetière de Hlucin. Hlucin est une ville en Silésie, aux environs d'Opava. Son nom a maintes fois figuré dans l'histoire de notre pays et ses destinées sont tout aussi remarquables que paradoxales...
Hlucin
Commençons par quelques dates les plus significatives de l'histoire de
Hlucin. Depuis le XVIIIe siècle, celle-ci était partagée entre la Silésie
et la Prusse. Partie intégrante des pays de la Couronne de Bohême et
centre spirituel du catholicisme tchèque en Silésie jusqu'à 1742, Hlucin
est incombé à la Prusse par la paix dite de Berlin conclue après que
l'impératrice Marie-Thérèse ait perdu la Silésie. Ce n'est qu'après le
premier conflit mondial, en 1920, sur décision de la Conférence de la paix
de Paris délimitant les frontières du Nouvel Etat tchécoslovaque, que la
région de Hlucin fut transférée à la Tchécoslovaquie. Après le diktat de
Munich, en 1938, Hlucin était annexé au Reich allemand en tant
qu'Altreich, la population contrainte d'accepter la citoyenneté allemande,
près de 12 000 hommes obligés de partir sur le front. Deux milliers
d'entre
eux y sont tombés, laissant derrière eux près de 3000 orphelins...
Après 1945, Hlucin a réussi à négocier un « pardon général » : bien que ses hommes aient combattu aux uniformes de la Wehrmacht, la région n'en était pas punie par un transfert collectif. Le gouvernement tchécoslovaque a fait une exception. Seules quelques familles SS et quelques riches Allemands étaient transférés, 90 % de la population est restée... En été 1945, lorsque le transfert sauvage des Allemands des Sudètes culminait, 2 500 Allemands du Reich ont trouvé asile politique à Hlucin. Nulle part ailleurs, la société tchèque n'aurait accueilli, en 1945, les réfugiés d'Allemagne... Dans les années 1950, la citoyenneté tchécoslovaque était restituée à la population de Hlucin. Dans les années 1990, plusieurs milliers d'habitants de Hlucin ont demandé la nationalité allemande... Aujourd'hui, jusqu'à la moitié d'habitants de certaines communes, dont Kravare ou Kouty, a un passeport allemand.
Le cimétière à Hlucin
14 000 habitants de Hlucin et 7 500 morts, victimes de guerre, inhumés
ici, voilà la proportion actuelle après la décision d'y enterrer les
restes de 4000 soldats de la Wehrmacht tombés sur notre territoire. Les
autres 3500 morts qui restent, ce sont des soldats de la partie opposée,
l'Armée rouge, qui ont trouvé à Hlucin le lieu du dernier repos. L'idée
d'inhumer dignement les restes de soldats allemands était avancée par un
membre de la municipalité, Mojmir Sonnek. C'est lui qui a découvert aux
environs de Hlucin des pierres tombales provenant d'un ancien cimetière
juif dans lequel sont inhumés les soldats de l'Armée rouge. Le cimetière
juif était liquidé dès les premières années de guerre par les nazis et les
pierres tombales dispersées aux environs. Mojmir Sonnek a le mérite d'en
avoir retrouvées plus de 80, quelques-unes vieilles de 200 ans. C'était
lui qui a proposé d'inhumer les restes de soldats allemands à Hlucin. Les
caisses contenant leurs restes, entreposées d'abord dans une usine à Usti,
puis dans l'ancienne zone militaire de Brdy, étaient exhumées par
l'Association populaire pour l'entretien des tombeaux de guerre. Elles
devaient trouver le lieu de dernier repos au cimetière de
Prague-Strasnice, mais le projet n'a pas été réalisé, faute de moyens.
Dans cette situation, le maire de Hlucin, David Manas, a décidé de résoudre le problème demeurant pendant aussi longtemps irrésolu : C'est un devoir pour Hlucin d'inhumer les restes de soldats allemands, par égard au fait que ses propres habitants mourraient, en uniformes allemands, et leurs corps sont dispersés en Europe, en Afrique et même en Asie :
« De la région de Hlucin, 12 000 hommes ont été appelés à servir dans
les
rangs de l'Armée allemande. C'est un fait qui ne peut être ignoré, et je
ne peux m'imaginer que nous ne serions pas d'accord avec l'inhumation de
ces soldats dans notre cimetière. En plus de cela, la partie allemande
s'occupera entièrement de l'organisation et du financement, et cela ne
coûtera pas un sou à la commune. »
Selon le maire David Manas, la municipalité a édifié, il y a 5 ans, un nouveau cimetière au bord de la ville. Sa partie limitrophe, près d'un bois de bouleau, accueillera les cercueils de soldats de la Wehrmacht.
La rivière Odra, de son nom allemand Oder, traversant la ville
industrielle d'Ostrava, comme si elle séparait deux mondes : la région
silésienne de Hlucin, à l'ouest, et la région morave d'Ostrava, à l'est.
Dans cette dernière, on ne trouverait pas une seule plaque érigée à la
mémoire de la puissante présence d'Allemands d'autrefois, des habitants
d'Ostrava tombés sur le front allemand, ou encore de victimes allemandes
des gardes révolutionnaires tchèques peu après la guerre : plus de 200
femmes et vieillards mis à mort et enterrés dans le parc municipal sans
que le lieu soit marqué d'une inscription. De l'autre côté de la rivière,
à Hlucin, l'évolution historique mouvementée a fait que la notion « Allemand » est perçue positivement, explique le maire. Un habitant de
Hlucin de 77 ans, Reinhard Vecerek, président de l'Association Deutscher
Freundeskreis, lui donne raison : Hlucin appartenait à la Prusse, puis à
l'Allemagne d'abord dans les années 1742 - 1920, puis encore entre 1938 -
1945. Personne ne regarde les Allemands avec la rancune. La région de
Hlucin n'est pas grande, par ses dimensions, mais riche en histoire et, en
même temps, une sorte de garde de traumatismes de la guerre, tout à fait
particulière...





