Les Roms tchèques II

Aujourd'hui, nous parlerons du sort de cette ethnie pendant la Seconde Guerre mondiale.

Avant le second conflit mondial, 70-110 000 Roms vivaient en Tchécoslovaquie. Avec le déclenchement de la guerre, la situation des Roms a pris les dimensions les plus tragiques de toute leur histoire. En six ans, les nazis ont liquidé pratiquement tous les Roms tchèques et moraves et décimé, sur les plans social, économique et surtout humain, les Roms slovaques. Les débuts du génocide sur le territoire du protectorat de Bohême-Moravie datent de 1940, où l'on a dressé une liste des personnes asociales, englobant aussi les Roms, les métis tziganes, ainsi que toutes les autres personnes vivant comme tziganes. Pour exclure ceux-ci de la société, on les a placés dans des camps de travail punitifs organisés à Lety en Bohême du sud et à Hodonin en Moravie du sud. En janvier 1943, les organes de sécurité de protectorat ont fait une enquête sur le nombre de Tziganes qui n'étaient pas encore envoyés dans ces camps de travail, avant de décider, en février, de déporter tous les Roms du protectorat dans le camp de concentration d'Auschwitz, où les nazis ont réuni plus tard les Roms de l'Europe entière. Le premier train est arrivé à Auschwitz le 7 mars 1943. Dans les années 1942-45, plus de 5500 Roms ont été envoyés dans plusieurs camps de concentration, dont la majorité a été assassinée ou a péri dans des conditions inhumaines. Seuls quelques 500 Roms tchèques et moraves ont survécu à l'holocauste. Hitler pouvait être satisfait, car la question rom a été ?solutionnée? définitivement dans les pays tchèques. En Slovaquie, le sort des Roms a pris un autre chemin, car l'Etat slovaque ne respectait pas l'ordre de Himmler de 1943, selon lequel les Roms devaient être déportés dans le camp de concentration d'Auschwitz. Les Tziganes slovaques étant beaucoup plus nombreux que leurs compatriotes tchèques, leur liquidation ne pouvait pas suivre le même rythme précipité qu'en Bohême. Il est vrai que les Slovaques ne commençaient à réunir leurs Roms dans des camps de concentration qu'en 1944, mais l'objectif de cette discrimination raciale et de la persécution restait le même - la liquidation physique de la minorité rom.

La guerre a changé, radicalement, la composition de l'ethnie rom en Tchécoslovaquie, notamment en Bohême où elle a failli liquider toute la branche des Roms tchèques et moraves. La structure intérieure de l'unique partie de l'ethnie rom qui ait survécu à l'holocauste en Tchécoslovaquie, les Roms slovaques, a éclaté, ce renversement ouvrant la porte à l'approfondissement de leur retard social et culturel.

Tandis que le problème tzigane a pratiquement cessé d'exister en Bohême après la guerre, environ 100 000 Roms slovaques et hongrois déboussolés vivaient dans des villages pauvres éloignés à quelques kilomètres des communes slovaques. Il y régnait non seulement la pauvreté, mais aussi l'analphabétisme et le chômage. N'ayant aucune expérience de ce problème, l'administration d'Etat n'était pas en mesure de réagir à cette situation. Elle s'est limitée seulement à contrôler le mouvement des Tziganes, tout en reléguant au second plan les problèmes sociaux et culturels. Mais ces problèmes accumulés devaient être solutionnés de manière naturelle: les Roms que la pénurie chassait de leurs maisons sont retournés à leur vie nomade. Devinez quel était leur lieu de destination. Ce fut leur voisin tchèque, bien sûr, où ils trouvaient du travail et avaient la chance de gagner le décuple de leurs salaires habituels. Un nouveau phénomène sociologique est apparu: l'urbanisation des pays tchèques par les Roms slovaques. Parmi les phénomènes qui ont contribué aussi à la migration des Roms slovaques, il y avait les décrets de Benes édités après la guerre. Citons le décret ?sur la mobilisation de la main- d'oeuvre?, conformément auquel celui qui ne travaillait pas pouvait être poursuivi en justice, ou le ?Programme de liquidation des survivances de guerre? grâce auquel des milliers d'emplois ont été créés avec la perspective de grands bénéfices. L'afflux des Roms slovaque en Bohême et en Moravie a confirmé la première liste de la population tzigane dressée en 1947. Selon elle, 101 190 Roms vivaient en Tchécoslovaquie dont presque 17% en Bohême et en Moravie.

Les changements politiques après le putsch communiste, en février 1948, se sont reflétés aussi dans la solution de la problématique tzigane. Suivant le principe de l'égalité, la société a voulu lever toutes les barrières empêchant une relation égale entre les Roms et le reste de la population. Le début des années cinquante a été marqué par l'effort de trouver un chemin vers la cohabitation. On a cessé de limiter le problème tzigane à leur façon de vie vagabonde, cette activité culminant par l'abolition de la loi ?sur les Tziganes vagabonds?, en 1950. Par contre, tout effort a été concentré sur l'atténuation du retard social et culturel, dont la lutte contre l'analphabétisme, la scolarité obligatoire des enfants roms, l'intégration économique et sociale de la population rom. Pour y arriver on a procédé même à la ?liquidation des villages roms? et la ?dispersion? de leurs habitants parmi le reste de la population.

Le programme de lutte contre l'analphabétisme, lancé dans les années 1950-51, devait affronter une série de problèmes financiers, psychologiques et d'organisation. Même si la majorité des enfants roms parlaient leur langue maternelle, les autorités tchèques n'ont pas permis que la langue tzigane devienne aussi leur langue d'enseignement. Ainsi, elles ont refusé d'accepter la communauté rom en tant que minorité ethnique originale. Mais les Roms, eux aussi, ne coopéraient pas comme il fallait: ils refusaient d'envoyer leurs enfants à l'école ou s'intéressaient peu à l'éducation, ils ne voulaient pas payer les frais de repas, etc. En dépit de l'enthousiasme initial, on n'a pas réussi à faire un tournant dans la solution de la question tzigane. Bien au contraire, de plus en plus, on a été confronté à de nouveaux problèmes, dont nous parlerons dans quinze jours dans la troisième partie des Chapitres de l'histoire consacrés à la minorité rom.