Chapitres de l'histoire Les légionnaires tchécoslovaques en Russie
Un chapitre moins connu de l’histoire tchèque – la création des légions tchécoslovaques en Russie et leur rôle dans la fondation de la Tchécoslovaquie indépendante, le 28 octobre 1918. Lorsque la Première Guerre mondiale a éclaté, près de 40 000 volontaires tchèques et slovaques qui vivaient dans l’Empire d’Autriche-Hongrie ont sollicité le tsar russe afin de pouvoir créer une unité nationale en Russie pour combattre l’Autriche-Hongrie aux côtés des puissances alliées de la Triple- Entente. Les légions en Russie ont en outre joué un rôle déterminant au cours de la guerre civile russe.
Les destinées des volontaires tchécoslovaques combattant dans des
conditions cruelles en Sibérie pour une République tchécoslovaque
indépendante, leur rapatriement difficile après la fin de la guerre
lorsque le nouveau régime bolchevique les a considérés comme des
ennemis, tout cela est rapproché par une exposition « Les légions
tchécoslovaques en Russie 1914 – 1920 » inaugurée au Château de
Prague. Le visiteur y trouve une collection unique de documents inédits,
de photographies, d’uniformes, d’armes et d’équipements, d’ordres
militaires, de cartes postales et de petits objets personnels. Michal
Burian, de l’Institut d’histoire militaire, est l’un de ses
organisateurs :
« Le phénomène des légions tchécoslovaques est très vaste, son histoire remonte à 1914, lorsque la première unité militaire, la dite compagnie tchèque, est née en Russie. Les autres parties de l’exposition sont consacrées à la naissance d’une Brigade de Fusiliers de plus de 7 000 hommes, à son engagement dans l’une des plus célèbres batailles de l’histoire moderne, la bataille de Zborov, livrée le 2 juillet 1917 près de Zborov dans l’actuelle Ukraine, dans laquelle la légion tchécoslovaque a remporté une victoire cruciale sur les troupes austro-hongroises – une victoire qui a fourni à la représentation politique un argument fort pour la création d’un Etat libre. L’exposition nous familiarise plus loin avec le conflit des légionnaires tchécoslovaques avec le nouveau régime soviétique arrivé au pouvoir en mai 1918, lorsque la lutte des légionnaires a été réduite à une lutte de survie. Et elle rappelle bien entendu un événement glorieux et surprenant : l’occupation du Transsibérien par deux régiments du corps d’armée tchécoslovaque. Elle montre l’importance des légions tchécoslovaques non seulement en Russie, mais aussi en France et en Italie, pour la création de l’Etat. La dernière partie retrace le départ de plus de 60 000 légionnaires de Vladivostok dans la nouvelle République tchécoslovaque. »
Après la révolution russe, le gouvernement bolchevique a conclu le
traité séparé de Brest-Litovsk et il a été décidé d’envoyer le
corps des Tchèques et des Slovaques vers la France pour y rejoindre les
autres troupes et continuer la guerre. En raison d’un blocus sur le front
de l’Europe occidentale, l’évacuation devait être effectuée par le
port de Vladivostock via la Sibérie. Pour des milliers de
Tchécoslovaques, les milliers de kilomètres de cette voie étaient
l’issue unique à l’enfer de la guerre civile russe. Le commissaire du
peuple, Léon Trotski, qui avait ordonné le désarmement de la légion et
les arrestations de ses membres, n’avait pas compté sur l’ethos
exceptionnel des légionnaires déterminés à défendre leur cause
jusqu’au bout.
Une mobilisation sans précédent s’est alors produite
qui a contraint le pouvoir russe à négocier un nouvel arrangement pour
leur permettre de rejoindre leur patrie. La longue et difficile expédition
a pris fin en 1920.
Le régime soviétique a cherché à effacer le souvenir des légionnaires tchécoslovaques en Russie. Leurs monuments, leurs cimetières ont disparu. Seulement, ces derniers temps, leur trace revit : ainsi, un monument érigé à Yekaterinburg rappellera que 400 Tchécoslovaques sont tombés dans les combats à l’Oural.
Bernard Panuš est le petit-fils de l’un des légionnaires tchèques en
Russie. En tant que membre du Club d’histoire militaire, il a pris part
à l’organisation de l’exposition et il s’y présente vêtu en
uniforme des légionnaires en Russie :
« C’est une copie de l’uniforme porté par la Légion tchécoslovaque
en Russie : les principaux éléments tchèques par lesquels il se
distinguait du reste de l’uniforme qui était entièrement dans
l’esprit des ordres russes, c’est le ruban rouge et blanc qui décorait
le dessus du képi – il s’agissait de la représentation héraldique de
nos armoiries nationales – le lion blanc sur un champ rouge. »
Est-ce par intérêt pour le legs de son grand-père qu’il est devenu un fervent de l’histoire militaire?
« Naturellement, j’ai souhaité connaître l’histoire de mon
grand-père qui a servi dans les légions tchécoslovaques en Italie. Au
fur et à mesure j’ai été fasciné par nos légions en Russie. Il
serait bon de dire que le mouvement légionnaire va au travers des
continents : c’était des volontaires en Russie, en Italie, en France,
mais aussi des volontaires en Amérique. Des volontaires se recrutaient à
partir de diverses associations civiques tchèques en Amérique mais aussi
à Londres et ailleurs dans le monde. C’était tout simplement un immense
complexe de volontaires qui nous ont permis de gagner notre République
indépendante. »






