Chapitres de l'histoire Les Dientzenhofer ont façonné le visage baroque de Prague
Dès le XVIIIe siècle, Prague est l'une des capitales de style baroque les plus prestigieuses d'Europe. Si l'on parle de l'architecture baroque tchèque, on ne saurait ne pas mentionner deux noms, deux architectes qui ont façonné le visage baroque de Prague: Christoph et Kilian Ignac Dientzenhofer, père et fils. Voici donc l'histoire de cette famille d'architectes à laquelle nous devons des centaines de réalisations sacrées et profanes en Bohême et en Moravie.
Eglise Saint-Nicolas à Mala Strana
La grande famille de constructeurs et d'architectes, les Dientzenhofer,
vient des contreforts des Alpes de Bavière, au sud d'Aibling. Dans le
cadre de la migration traditionnelle des ouvriers du bâtiment, au XVIIe
siècle, certains membres de cette famille sont arrivés en Bohême pour
contribuer considérablement à l'essor de l'architecture baroque. Agé de 23
ans, Christoph Dientzenhofer arrive à Prague en 1678. En 1685, il se marie
avec la veuve Anne Aichbauer et la famille s'installe dans la maison 465,
rue Nostic, dans le quartier de Mala Strana. A l'époque, beaucoup de ses
compatriotes décident de s'installer en Bohême, car la situation politique
en période de Contre-Réforme permet un grand essor des métiers du
commerce, grâce au départ forcé de l'émigration non-catholique tchèque.
Christoph entre dans l'ordre des maçons. Avec le temps, il devient de plus en plus indépendant et réalise des constructions de grande envergure, tout d'abord en Bohême occidentale, puis à Prague. Il profite des expériences de son voyage d'étude en Autriche, en Italie et en France, à Marseille, pour devenir un architecte reconnu. On lui doit, entre autres, la nef et la façade de l'église Saint-Nicolas à Mala Strana, l'église Sainte-Claire à Cheb, ou l'église Sainte-Margueritte du couvent des bénédictins de Brevnov, ces constructions pouvant se vanter d'une conception dynamique dans le travail avec la matière et l'organisation de l'espace.
Eglise Saint-Nicolas à Mala Strana
Kilian Ignaz Dientzenhofer, fils et successeur de Christoph, est né le 1er
septembre 1689 à Prague. Il fréquente le lycée jésuite de Mala Strana pour
étudier la philosophie et les mathématiques à l'Université Charles. En
1708, son père l'envoie à Vienne où il étudie chez un architecte réputé,
Johann Lukas von Hildebrandt, dont l'oeuvre contribue à propager le
baroque autrichien en Europe centrale. Après ce séjour de neuf ans à
l'étranger, le jeune Kilian Ignac retourne en automne 1716 à Prague pour
coopérer avec son père jusqu'à sa mort. Kilian Ignac Dientzenhofer était
un architecte très fructueux. Avec son père, il réalisa plus de 250
constructions et reconstructions en Bohême, en Silésie, en Autriche, en
Italie, en France, en Hongrie et en Allemagne. Il travaillait pour différents ordres religieux, il était architecte de la cour et, plus tard, il a été chargé de la construction des fortifications, surtout sous l'occupation de Prague en 1742. Dientzenhofer était un architecte recherché, mais, en dépit de sa réputation, sa famille était pauvre. Il était mal ou pas du tout payé pour son travail. La cour impériale, par exemple, pour laquelle il a réparé la salle Espagnole, refusa de lui payer son travail. En témoigne une lettre de sa veuve, mère de treize enfants, dans laquelle elle réclame une rémunération partielle au moins.
Eglise Notre-Dame-de-Lorette
Kilian Ignac Dientzenhofer s'inspire beaucoup du travail de son père, mais
ses constructions sont beaucoup plus décoratives et emphatiques. Il renoue
avec la tradition du baroque tchèque représenté par son père et un autre
architecte célèbre - Jan Santini Aichl. Il respecte toujours le rôle de la
géométrie dans l'architecture sacrée, mais lui donne une nouvelle
dimension: « il crée l'espace, de sorte qu'il impressionne et éclaire
l'âme des croyants mais domine aussi toute sa pensée avec l'apparition de
la force divine et de la force tout-puissante de l'Eglise ». Il joue avec
l'espace, de même que le compositeur joue avec les notes. Avec une
fantaisie illimitée, il met en parfaite harmonie les formes géométriques,
où alternent les parois concaves et convexes, remplace les plans centrés
par des plans irréguliers mais symétriques, il rompt les rythmes
architecturaux sans en altérer l'équilibre. On y trouve, par exemple,
l'imbrication d'un fronton curviligne dans un fronton brisé à
enroulements, des colonnes en biais, une corniche brisée, un contraste
entre les courbes de consoles et les lignes droites. Pour émouvoir les
âmes, le baroque opte pour une luxuriance décorative enrichie d'effets
illusionnistes. L'osmose entre l'architecture et son décor est sublimée
par l'emploi du trompe-l'oeil, omniprésent, par exemple, dans le décor de
l'église Saint-Nicolas de Mala Strana. En effet, les marbres sont faux et
la perspective picturale métamorphose la corniche en la faisant ondoyer ou
encore crée un espace fictif sur les voûtes couvertes de fresques
figuratives.
Parmi les oeuvres sacrées les plus splendides de Kilian Ignac Dientzenhofer, citons au moins le choeur et la coupole de l'église Saint-Nicolas de Mala Strana, l'église Saint-Jean-Népomucène de Prague ou la façade principale de l'église Notre-Dame-de-Lorette. Parmi ses réalisations profanes, il y a notamment le palais Silva-Taroucca en plein centre de Prague et la villa Portheimka, maison de campagne que Dientzenhofer fit construire uniquement pour les besoins de sa famille.





