Chapitres de l'histoire Le sport tchèque face aux secousses du XXème siècle
En septembre dernier, la République tchèque s’est officiellement portée candidate pour accueillir les Jeux Olympiques de 2016. Ce n’était pas la première fois ! En 1980, Prague aspirait déjà à abriter les 22èmes JO mais ce fut finalement Moscou qui fut choisie. On s’en doute, l’histoire du sport tchèque fut étroitement liée à celle, mouvementée, du siècle dernier...
Le Comité Olympique tchèque, 1899
Contrairement à une idée sans doute répandue, le Comité Olympique
tchèque n’est pas une création de l’après-communisme. Il naquit
même avant même l’indépendance de la Tchécoslovaquie puisqu’il fut
fondé le 18 mai 1899 par Jiri Jarkovsky et Josef Orovsky, un sportif
réputé.
La médaille de Bedrich Supcik
C’est dans la perspective des JO de Paris de 1900 que le Comité fut mis
sur pied. Mais il faudra attendre les Jeux de 1924, toujours à Paris, pour
voir un Tchèque remporter la première médaille d’or. Il s’agit en
l’occurrence de Bedrich Supcik, à la corde. Les victoires tchèques
seront ensuite, on le verra, légion dans l’histoire olympique.
Les Tchèques appartiennent sans conteste aux nations fondatrices des Jeux Olympiques modernes. D’ailleurs, dans la Prague de la première moitié du XXème siècle – mais cela a-t-il vraiment changé ? – un certain culte du corps fait figure de tendance, comme un peu partout en Europe. La modernité s’incarne alors dans des femmes sportives, aux cheveux courts et des bolides qui font la fascination des peintres futuristes.
Cette préoccupation du corps, on en trouve un écho dans les quotidiens et magazines tchèques des années vingt. En consultant un exemplaire du Prazsky Ilustrovany Zpravodaj de 1929, on trouve deux encarts publicitaires autour de la forme physique. L’un, assez pittoresque aujourd’hui, contre la « maigreur », où des médecins proposent de lutter avec des médicaments contre, nous citons, « la faiblesse, la névrose et l’anémie ». Une autre réclame au titre évocateur - « Physical Culture » - vante des méthodes anglo-saxonnes pour obtenir une taille plus haute et un corps bien fait.
Dans un registre plus sérieux, les Sokols reflètent, à l’échelle
sociétale, ce culte du corps. Le mouvement relève à la fois de
l’organisation sportive et du projet politique. Ses membres sont
d’ailleurs liés au Parti Jeune Tchèque, qui professe des idées
nationalistes. Le Sokol est fondé à Prague en 1862 par Miroslav Tyrs et
Jindrich Vagner et bientôt, des annexes fleurissent dans le pays mais
aussi à l’étranger, sans compter l’organisation catholique de sport
Orel (Aigle), créée en 1908.
On retrouve, dans la France de la même époque, un enthousiasme similaire
pour la création d’associations gymniques. Certaines d’entre elles
rencontreront les Sokols dans le cadre d’événements internationaux.
Cette importance accordée à l’éducation physique est une véritable
politique d’Etat. En France, on se prépare à la revanche contre
l’Allemagne après la perte de l’Alsace-Lorraine en 1870. Il faut
fortifier les corps et tremper les âmes par le goût de l’effort
physique.
Même lien entre sport et affirmation nationale dans l’esprit des
Sokols. Leur hymne -« Allez, Faucons, marchons vaillamment » - et leur
slogan - « Soyons forts » – le disent assez bien. Mais ce souci de la
relève nationaliste par la jeunesse n’a rien à voir avec l’idéologie
des régimes totalitaires.
On a déjà évoqué, sur nos ondes, les défilés des Sokols, basés sur des mouvements collectifs et simultanés. La signification de ces exercices d’ensemble est aussi politique : l’harmonie et la synchronisation des gestes symbolise une société démocratique, équilibrée par la solidarité.
La 'Spartakiada', photo: CTK
Ses idées libérales feront du Sokol la cible privilégiée des
répressions : ses activités seront interdites à maintes reprises,
pendant la Première Guerre mondiale en 1915, puis sous l’occupation
nazie et enfin sous la domination de Moscou.
La Seconde Guerre mondiale compte parmi les années noires de
l’olympisme tchèque. Début 1943, les autorités du Protectorat de
Bohême-Moravie s’apprêtent à saborder le Comité Olympique. Ses
membres sont mis au courant et ils choisissent de dissoudre
l’organisation. Pour ne pas laisser leurs équipements aux Allemands, les
membres du COT les transfèrent au Comité multisports tchèque. De
nombreux Sokols sont exécutés par les nazis tandis qu’on en verra
d’autre participer à l’insurrection de Prague, en mai 1945.
Les Pionniers
Mais une fois la guerre finie, les sportifs tchèques doivent affronter
les impératifs d’un autre totalitarisme, celui-là venu de l’Est. A
partir de 1948, le seul événement sportif de masse autorisé à
l’intérieur du Bloc soviétique, c’est la « Spartakiada », créée
par l’URSS en 1928, en réaction contre les Jeux Olympiques.
Avec les Spartakiades, c’est un nouveau bagage étymologique qui débarque sur la scène sportive. Le radical « spart » possède en effet l’avantage de condenser plusieurs pans de la mythologie révolutionnaire : il y a l’esclave rebelle Spartacus, sorte de chef marxiste avant la lettre mais aussi la cité antique de Sparte, en Grèce, supposée incarner la première forme de société communiste. Sans compter la Ligue Spartakus, dont les leaders Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg, provoquèrent des émeutes insurrectionnelles dans l’Allemagne de 1919. Etrange ironie de l’histoire, ce sont les Tchèques, et non les Russes, qui inventèrent le mot. Les Spartakiades étaient d’abord un événement sportif majeur dans la Tchécoslovaquie de la première République. Elles se déroulaient tous les cinq ans au stade de Strahov. Les premières Spartakiades de Prague ont lieu en 1921, sept ans avant celles de Moscou !
Emil Zatopek
Après le coup de Prague en 1948, le mouvement Sokol est à nouveau
dissous. Il est remplacé par deux organisations de jeunesse : les
célèbres Pionniers (de 8 à 15 ans) et la ČSM (Union de la jeunesse
tchécoslovaque, pour les 15-25 ans). Les Sokols devront attendre 1990 pour
renaître une troisième fois.
Barcelone 1992, photo: CTK
Si l’URSS avait créé les Spartakiades en réaction aux Jeux
Olympiques, elle ne dédaigne pas pour autant ces derniers, propagande
oblige. Et pour la plus grande gloire du régime, les athlètes tchèques
connaissent un véritable âge d’or sous la période soviétique.
Il y a d’abord les JO de Londres, en 1948, avec pas moins de six
médailles d’or. Puis vient Helsinki, en 1952, avec les trois médailles
d’or du célèbre Zatopek, dont l’une au marathon. Mais c’est à
Tokyo, en 1965, que la délégation tchèque établira son record de
médailles, en tout quatorze. Aux Jeux Olympiques de Barcelone de 1992, les
Tchèques et les Slovaques concourent pour la dernière fois sous le même
drapeau.







