Chapitres de l'histoire Le Parti communiste de Bohême et de Moravie et son histoire (II)
Le 17 novembre prochain, la République tchèque fêtera le vingt-deuxième anniversaire de la chute du régime communiste. Au micro de Radio Prague, Michel Perottino, politologue et spécialiste du Parti communiste de Bohême et de Moravie, revient sur l’histoire du Parti communiste tchèque. Deuxième partie aujourd'hui de cet entretien
En 1948, Gottwald prend le pouvoir, le Parti communiste tchécoslovaque est
d’une certaine manière bolchevisé. Quelle est la différence entre ce
parti et ceux qui se sont constitués dans les pays frères en Europe
centrale ?
Alors, le Parti est bolchevisé, oui et non dans la mesure où il y a une mutation, notamment générationnelle très importante, une partie des communistes n’a pas survécu à la guerre et les anciens bénéficient d’une légitimité qui n’est forcément utilisable par la nouvelle direction. C’est un parti qui a beaucoup évolué depuis l’entre-deux-guerres. La très grande différence par rapport aux « Partis frères » d’Europe centrale, c’est que la Parti communiste de Tchécoslovaquie bénéficie de cette histoire relativement longue et, au contraire des Partis en Allemagne, en Hongrie et en Pologne, le Parti communiste est déjà présent, il n’a pas besoin d’être importé ou réimporté avec les chars libérateurs.
Est-ce qu’il sert de modèle pour les autres Partis qui prennent le pouvoir en Europe centrale ?
Non, chaque Parti va essayer de construire sa propre identité, évidemment en conformité avec la centrale moscovite, mais sans s’inspirer de l’exemple tchécoslovaque.
Donc, il y a une voie tchécoslovaque vers le communisme, comme il y a une voie polonaise vers le socialisme et le communisme. Est ce qu’on peut parler d’un communisme national, malgré la mise en avant du principe de l’Internationale ?
L’internationalisme est un principe qui ne peut pas être remis en question. Une voie nationale ? Je ne dirais pas une, mais des voies nationales, en tout cas des voies tchécoslovaques vers le socialisme.
Gustáv Husák
« Des voies » au pluriel ?
Oui parce que le terme de voie tchécoslovaque vers le socialisme c’est un terme qui apparaît déjà dans les années 1920, qui est notamment porté par Šmeral à l’époque, qui est réutilisé après la guerre et qui va avoir plusieurs contenus qui ne sont pas complètement identiques. C’est un parti qui s’inscrit dans l’internationalisme en luttant par exemple contre le nationalisme. Un de ceux qui sera purgé et passera neuf ans en prison pour nationalisme bourgeois, c’est Gustáv Husák.
En 1989 le régime s’effondre, quelle est la différence entre le Parti de 1948 et celui qui disparaît lors de la « Révolution de velours » ?
Des différences il y a en a évidemment beaucoup. La première
différence, la plus importante est évidemment ce qui s’est produit en
1968. Comme tout parti au pouvoir, il y a une mutation continue. Dans un
contexte semi pluraliste (certes le Parti communiste était dominant, mais
il y avait d’autres partis qui venaient légitimer cette position
dominante), le Parti est entrain de fonder sa république, qui d’ailleurs
ne se transforme pas que symboliquement ; en 1960 la Tchécoslovaquie qui
est encore Démocratie populaire devient République socialiste ; dans la
perspective du mouvement communiste ou de l’édification du socialisme ou
du communisme c’est un passage qui est très important et qui ne sera pas
atteint par d’autres pays d’Europe centrale.
A quel moment cette étape importante du développement du Parti et de la société vers le socialisme et le communisme se fait-elle en Tchécoslovaquie ?
C’est le processus qui s’est produit dans les années 1950.
D’ailleurs, c’est un processus qui est, là aussi, un peu compliqué et
ambiguë, parce que vous avez un Parti communiste qui se définit comme
l’avant-garde du prolétariat qui comprend grosso modo un dixième de la
populaiton totale. C’est une avant-garde pléthorique.
Le parti devient le gérant de la Tchécoslovaquie, ce qui a des
conséquences très importantes puisqu’il y a des gens qui peuvent entrer
au Parti pour des raisons, moins de conviction que de carrièrisme, c’est
une question qui va se reposer dans les années 1970. Une mutation qui se
traduit par une libéralisation asez nette dans les années 1960 et qui se
termine par l’apparition du „socialisme à visage humain“qui est en
grande partie en régie direct du Parti communiste…
….Ce qui mène vers 1968, l’opposition de Moscou de cette voie tchécoslovaque vers le socialisme, c’est ça?
Gustáv Husák et Alexander Dubček
Effectivement, la fin est cette opposition et l’intervention de la
plupart des pays d’Europe centrále qui ont participé à
l’intervention, à l’exception de la Roumanie. Cette expérience qui
est symbolisée par Dubček est une expérience qui va se retrouver plus
tard dans la Perestroïka. Certaines recettes qui ont été menées en 1968
vont être réutilisées dans les années 1980 par Gorbatchev.
D’une certaine manière, cette expérience tchécoslovaque a constitué un modèle d’évolution du socialisme ?
Je ne sais pas si on peut parler de modèle d’évolution, il y a
certainement des pistes ou des passerelles entre ces deux grandes tendances
et évolutions. L’autre chose qui va beaucoup modifier la donne pour le
Parti communiste, c’est que après 1968, le Parti va traverser une
période de transformation très importante, transformations qui sont
symbolisées par les purges qui vont avoir lieu au début des années 1970
; ce que l’on appelle la normalisation. La différence entre les purges
des années 1970 et celles des années 1950, est qu’elles ne se
traduisent pas par des morts mais par des évictions du Parti communiste.
Donc, les gens qui ne sont pas d’accords avec la normalisation sont
poussés vers la porte de sortie du Parti.
En 1989, le Parti communiste renie t-il son passé. Comme se positionne t-il par rapport à cette expérience de plusieurs décennies ?
C’est une expérience qui est longue et par voie de conséquence, très
complexe. Par exemple, le Parti ne va pas renier son histoire, au contraire
il va s’y inscrire, mais en mettant en exergue telle ou telle figure du
communisme passé. Šmeral, est devenu ou est redevenu une figure phare du
mouvement communiste tchécoslovaque ou tchèque. De ce point de vue là,
il se situe dans la continuité par rapport à l’avant 1989. Donc,
c’est un Parti qui ne se renie pas. D’un autre côté, et c’est une
question qui est un peu délicate : est-ce que le Parti a fait amende
honorable, et entamé une forme de retour sur certains éléments de son
passé ou de son rapport à l’Etat ? Certains diront qu’il l’a
effectivement fait dès 1989 à plusieurs reprises, c'est-à-dire que le
Parti s’est excusé, pour ce qui s’est produit avant 1989, et
d’autres diront que ce n’est pas suffisant. D’autre part, lorsqu’on
dit qu’il s’agit d’un Parti communiste, il faut s’interroger sur la
notion de Parti communiste. A l’origine c’est un Parti
révolutionnaire. C’est un parti qui est créé pour faire la
révolution. Le Parti communiste de Bohême et de Moravie à l’heure
actuelle, n’est pas un parti révolutionnaire.
Comment se définit-il alors ?
Il se définit comme un Parti communiste, là aussi dans une dimension
complexe, par référence au manifeste de Karl Marx, mais également par
référence à la Commune, la Commune de Paris. Le symbole le plus utilisé
du Parti communiste de Bohême et de Moravie se sont deux cerises. Ce
n’est plus la serpe et le marteau. Deux cerises qui font référence à
la Commune.






