Chapitres de l'histoire L’année révolutionnaire 1848
Nouvel arrêt sur un anniversaire en « 8 » dont cette année 2008 abonde – l’année 1848, appelée à l’échelle européenne ‘année révolutionnaire’. Dans notre pays, les événements dramatiques de 1848 sont qualifiés de ‘première révolution tchèque.’ Il y a de cela, en effet, tout juste 160 ans, le 11 mars 1848, un grand meeting populaire tenu dans les thermes Saint-Venceslas à Prague adopte une pétition adressée au gouvernement de Vienne.
Cette pétition formule le premier programme politique des Tchèques : la
revendication d’une autonomie des Pays tchèques dans le cadre de la
monarchie habsbourgeoise, de l’égalité des langues tchèque et
allemande, de l’extension des libertés civiles, de la parole, de la
presse, de la conviction religieuse et de la réunion. Bien qu’étouffée
et la monarchie habsbourgeoise maintenue, la révolution mobilise les
élites de la vie politique tchèque et apporte des résultats notamment
d’ordre social et économique. L’ambiance révolutionnaire dans les
rues de Prague, après que l’empereur Ferdinand 1er ait promis aux
Tchèques une Constitution, la liberté de parole et autorisé la création
des gardes nationales, est saisi par le film « Histoire de philosophes »
tournée d’après le roman historique d’Alois Jirásek.
Metternich
Une parenthèse pour nous rappeler du contexte historique : en 1526, les
pays de la couronne de Bohême sont annexés à l’empire des Habsbourg.
Au XVIIe siècle, un fort mouvement dit de renaissance nationale, qui tend
notamment à la résurrection de la langue tchèque, se forme. A partir des
années 30 du XIXe siècle, des revendications politiques et sociales s’y
ajoutent. L’aversion générale pour le régime policier du gouvernement
autrichien représenté par le ministre Metternich prend de l’ampleur. Au
début de 1848, on apprend en Bohême avec beaucoup d’enthousiasme les
nouvelles sur le mouvement révolutionnaire en Italie, et lorsqu’en
février, la révolution éclate en France, les représentants du mouvement
politique tchèque décident de présenter eux aussi leurs revendications.
František Palacký
L’attitude des Tchèques est partagée entre les radicaux et les
libéraux qui finiront par représenter les intérêts nationaux. En
réaction à la pétition du 15 mars 1848, l’empereur Ferdinand 1er
promet aux peuples une Constitution fédéraliste. Sa réponse à la
deuxième pétition rédigée sur un ton plus ferme est encore plus
encourageante : l’empereur promet d’instituer un gouvernement
provincial en Bohême. Or, la question tchèque se complique avec
l’évolution en Allemagne qui menace d’intégrer les Pays tchèques
sous sa domination. Le leader de l’aile libérale de la révolution
tchèque, František Palacký, refuse l’invitation au congrès du
Parlement pangermanique réuni à Francfort. L’historien Jiří Kořalka,
de l’Institut d’histoire tchèque de la Faculté des lettres de
l’Université Charles, explique les raisons de sa décision :
« Palacky l’a catégoriquement refusée car, dans toute son œuvre d’historien, il n’a cessé de défendre l’idée de l’Etat tchèque et du droit du peuple à une autonomie. Il l’a fait aussi pour manifester son refus d’être impliqué dans l’édification d’un Etat pangermanique national. D’autre part, Palacký se rendait compte que le milieu tchèque n’était pas suffisamment mûr pour créer un Etat autonome, et c’est pour cette raison qu’il soutenait la monarchie autrichienne, non pas inconditionnellement mais sous réserve qu’elle se transforme en fédération de nationalités et religions égales en droit : voilà pourquoi il était partisan d’une réforme de l’Autriche. »
Prague 1848
Peu d’intellectuels tchèques remettront, en effet, en cause
l’existence de la monarchie autrichienne, la priorité étant que les
droits historiques de la Bohême et la langue tchèque soient reconnus. La
Hongrie bénéficiera, elle, de cette reconnaissance après le dualisme
austro-hongrois de 1867.
Josef Václav Frič
Après un début relativement calme, ayant un caractère de pétition, le
mouvement révolutionnaire culmine en juin 1848 avec les combats sur les
barricades. Les conflits éclatent après que les troupes impériales
stationnées près de la tour Poudrière, dans le centre de Prague, soient
intervenues contre le rassemblement du peuple pragois manifestant son
soutien au Congrès slave réuni le 2 juin à Prague pour s’entendre sur
la transformation de l’Autriche en un Etat fédératif. Les chefs des
radicaux, parmi lesquels Karel Sabina et Josef Václav Frič, ordonnent
alors de dresser des barricades. Les insurgés – étudiants, ouvriers,
ainsi que quelques délégués du Congrès slave, cherchent, en vain, à
résister à l’ennemi nettement supérieur: le général Windischgrätz
viendra facilement à bout des radicaux tchèques en bombardant et en
assiégeant Prague. Le soulèvement est réprimé et les rebelles
emprisonnés ou persécutés.
Prague 1848
Le professeur Milan Hlavačka, directeur de l’Institut d’histoire
tchèque, a écrit que les paysans et les bureaucrates avaient été les
vainqueurs de la révolution de 1848. En est-il vraiment ainsi, quel est le
legs de cette révolution ?
« Chacun y a gagné sa part – le paysan a obtenu la terre, pour la première fois il en a été réellement propriétaire, et le bureaucrate, lui, a acquis le pouvoir sur la population… La révolution a apporté la liberté de religion, pas seulement une tolérance, mais une véritable égalité en droit des religions. Le nouveau système politique – constitutionnel, libéral, est né. La révolution a apporté une nouvelle culture politique et une certaine renaissance du principe de l’autogestion. Mais tout cela n’a pas duré longtemps, le mois de mars 1849 a mis fin à cet acquis. Il n’empêche que tout ce que les libéraux ont appris pendant la révolution, ils ont pu le mettre à profit après l’institution de la monarchie constitutionnelle, dans les années 60 du XIXe siècle. »
La place Venceslas
François-Joseph devient le nouvel empereur autrichien et son règne
durera 68 ans. Et encore une conséquence de l’année révolutionnaire
1848 : lors du rassemblement mémorable du peuple pragois dans les termes
Saint-Venceslas, le 11 mars 1848, le grand patriote tchèque Karel
Havlíček Borovský a proposé que le Marché aux chevaux devienne le
Marché Saint Venceslas, actuelle place Venceslas. C’est ainsi que cette
place fête, elle-aussi, un anniversaire en « 8. »






