Chapitres de l'histoire La veille du jour J, l’historique des élections présidentielles d’avant-guerre….
Depuis 1918, date de la création de la Tchécoslovaquie, dix hommes se sont succédés à la présidence de la République. Qui sera le 11e président tchèque ? Les députés et les sénateurs appelés à élire le chef de l’Etat en décideront le 8 février, date du premier tour de l’élection.
Tomáš Garrigue Masaryk
Dix présidents de la République, vingt deux serments prêtés, six fois
le texte du serment modifié, l’élection à scrutin secret, à
l’exception du premier président tchécoslovaque, des présidents
communistes et de la première élection d’après la révolution de
Velours qui a conduit Václav Havel à la tête du pays - ainsi on pourrait
caractériser l’élection présidentielle au cours des 90 années qui se
seront écoulées depuis la fondation de l’Etat tchécoslovaque.
Tout à fait atypique a été la première élection de Tomáš Garrigue
Masaryk à la tête de la nouvelle république : Pas de candidats, pas de
campagne électorale. Séjournant encore aux Etats-Unis, où il négociait
le sort des légionnaires tchécoslovaque et un prêt financier pour la
nouvelle république, Masaryk n’était pas présent au parlement, le 14
novembre 1918, jour où les députés élus sous l’Autriche-Hongrie
étaient réunis à la première session du corps législatif indépendant.
Karel Kramář, futur Premier ministre, l’a inauguré en prononçant les
paroles du protocole suivant :
Karel Kramář« Tous les liens avec la dynastie
habsbourgoise-lorraine sont définitivement rompus. Fini les traités de
1526 et la pragmatique sanction. La dynastie a perdu tous les droits de
succession au trône de Bohême et nous, à nouveau libres, nous déclarons
que notre nouvel Etat tchécoslovaque est un Etat libre et souverain, et je
vous demande d’élire Tomáš Masaryk son premier président. » Des
applaudissements et des cris bravo, vivat, ont retenti dans la salle et
Karel Kramář a ensuite annoncé que le docteur Masaryk était élu par
acclamation et à l’unanimité des voix président de la République. Le
premier président tchécoslovaque a prêté serment le 21 décembre 1918.
Le déroulement peu standard de la première élection n’a dérangé personne. Tomáš Garrigue Masaryk a jouit d’un haut prestige: il était perçu en tant que symbole d’un Etat démocratique libre et de ce point de vue, sa position était très forte. L’historien Vratislav Doubek le confirme :
« Le respect envers le président libérateur se manifestait au travers des couches sociales et des groupes de nationalités et sa popularité était très forte. »
Tomáš Garrigue Masaryk
Tomáš Masaryk a été quatre fois réélu président de la République.
La deuxième élection a eu lieu en février 1920, après l’adoption de
la nouvelle constitution qui a formulé de nouvelles compétences parmi
lesquelles l’élection du président par les deux chambres du parlement
pour une période de 7 ans. Le prestige dont Masaryk bénéficiait s’est
reflété dans les formulations de la constitution, rappelle l’historien
Doubek :
« Le président ne pouvait être élu plus de deux fois pendant deux périodes successives, à l’exception du premier président. C’était incontestablement une exception cousue sur mesure pour Masaryk. »
Avant la troisième élection, en mai 1927, Tomáš Garrigue Masaryk a
cherché à élargir davantage ses compétences : à part son droit de
nommer le Premier ministre et les ministres du cabinet, il s’est
réservé le droit de décider de la répartition des portefeuilles, ce qui
suscitait une désapprobation plus ou moins ouverte. Certains politiciens
donnaient à entendre leur désaccord avec le président par des attaques
contre le ministre des Affaires étrangères et futur successeur de
Masaryk, Edvard Beneš.
Edvard BenešLe faible soutien de Beneš, ainsi que la situation
politique pas facile en Tchécoslovaquie qui risquait de se déstabiliser,
ont conduit à la décision de présenter une fois encore la candidature de
Masaryk. La quatrième élection, le 24 mai 1934, dans la salle Vladislas
du Château de Prague, a été marquée par des problèmes de santé dont
Masaryk, 84 ans, souffrait. Cela s’entendait dans sa voix affaiblie :
« Je promets sur mon honneur et ma conscience de veiller au bien-être de la République et du peuple et de ménager la loi constitutionnelle ainsi que les autres lois. »
Tomáš Garrigue Masaryk n’a pas terminé son quatrième mandat. Son
état de santé s’est rapidement aggravé au point qu’en décembre
1935, il a démissionné. Des négociations en vue d’assurer un soutien
nécessaire à son successeur se compliquaient, après que le chef
communiste Klement Gottwald, sous le coup d’un mandat d’arrêt pour la
propagation de tracts hostiles à la République, est parti en exil à
Moscou.
Edvard BenešEn échange de leur soutien à la candidature d’Edvard Beneš,
les députés communistes ont demandé l’amnistie pour leur leader et
incité le président Masaryk à le proclamer encore avant sa démission. A
part les voix des députés communistes, Edvard Beneš sollicitait encore
le soutien des nationalistes allemands de Kondrad Henlein, sous la promesse
de ne pas interdire leur parti, mais il n’y a pas réussi. Le 18
décembre 1935, Edvard Benes a été élu président de la République et
prêté serment, le même que Tomáš Garrigue Masaryk. Le président de
l’Assemblée nationale l’a félicité :
« Monsieur le président, je vous félicite au nom de l’Assemblée nationale. Que le legs brillant de la personnalité du premier président éclaircisse votre chemin vers le bien-être de la république et vers une paix durable. Vive le président, vive la République. »
Hélas, ce souhait ne s’est pas accompli. Le président Beneš n’est pas resté longtemps à la tête de la Tchécoslovaquie, amputée suite aux accords de Munich de ses régions limitrophes et réduite au protectorat de Bohême-Moravie, après la proclamation de l’Etat slovaque libre.







