Chapitres de l'histoire La force de l'humanité - Nicholas Winton

31-07-2002 | Astrid Hofmanová

Nicholas Winton, ressortissant britannique d'origine juive, a sauvé plus de 600 enfants tchèques d'une mort certaine. Cette année, cet homme qui ne tient ni aux honneurs, ni à la gloire, est arrivé en République tchèque deux fois, pour rencontrer à Prague les personnes qu'il avait sauvées et pour assister au Festival international du Film de Karlovy Vary à la projection du film « La force de l'humanité - Nicholas Winton » relatant ses activités durant la guerre. Voici donc l'histoire du courage et de l'obstination d'un homme qui a sauvé 669 êtres humains.

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Nicholas Winton avec 'son' enfantNicholas Winton avec 'son' enfant En 1939, peu de temps avant l'éclatement de la guerre, Nicholas Winton, jeune banquier anglais de 29 ans, et ses collaborateurs réussissent à faire partir de la gare Wilson de Prague, vers la Grande-Bretagne, six trains avec 669 enfants tchèques issus surtout des familles juives.

De nos jours, Nicholas Winton a 93 ans, vit à Maidenhead, non loin de Londres, s'occupe de son jardin, aime cuisiner et, il y a un mois, il a gagné un million de livres sterling qu'il investira dans la construction d'une maison de retraite près de Windsor.

Cinquante ans après la guerre, Nicholas Winton continue à garder le silence sur sa mission de sauvetage. Pour lui cette aide n'était qu'un épisode de sa vie, les enfants qu'il avait sauvés ne savaient pas non plus à qui ils devaient leurs vies. Il fallait attendre jusqu'en 1998, où la femme de Winton, Greta, a trouvé par hasard au grenier un livre de documents de l'époque. Le livre contenait les photographies d'enfants, les lettres de leurs parents et celles que Nicholas Winton adressait aux familles adoptives en Grande-Bretagne. Greta Winton a montré le livre à son mari qui lui dit de le jeter dans la poubelle. Mais Greta a su qu'elle tenait entre les mains des documents précieux. De nos jours, le livre est exposé au monument Yad Vashem de Jérusalem où il a été découvert aussi par Elisabeth Maxwell. Cette dernière a réussi à trouver des dizaines d'enfants Winton pour mettre en marche toute l'histoire...

Avant les fêtes de Noël de 1938, le jeune banquier londonien, Nicholas Winton, veut partir pour un congé de ski en Suisse. Il peut se le permettre. Il est jeune et gagne beaucoup d'argent. Un seul coup de téléphone déjoue le voyage envisagé. Son ami Martin Blake a besoin de son aide. Ce dernier travaille à Prague pour l'organisation qui aide les gens en péril à partir en exil. Winton décide d'aider son ami.

En regardant la situation lamentable des réfugiés des Sudètes, Winton sentait intuitivement que Hitler n'allait pas tarder à occuper le reste de la Bohême et que tous les gens inscrits sur sa liste noire se retrouveraient en danger mortel. Winton a décidé d'aider les enfants menacés, pour mettre en marche la mission qui n'a pas son égal dans l'histoire. Il s'est adressé aux gouvernements des pays qui, selon lui, auraient pu les accueillir.

Seules la Suède et la Grande-Bretagne ont donné une réponse positive. Nicholas Winton a lutté sur deux fronts: son premier état-major était à l'hôtel Sroubek, aujourd'hui l'hôtel Europe, sur la place Venceslas. Des parents épouvantés s'adressaient à Winton au café du restaurant pour lui confier leurs enfants. Et ce dernier faisait tout pour ne pas décevoir leur espoir. Bientôt il a ouvert son deuxième bureau, rue Vorsilska, et le troisième bureau à Heamstead londonien où il cherchait des familles d'accueil et réunissait les moyens financiers. A Prague, la Gestapo surveille les activités de Winton mais n'intervient pas.

« Dès que quelqu'un a manifesté l'intérêt d'accueillir par exemple une fillette de huit ans, immédiatement je lui ai envoyé les photos de plusieurs filles de huit ans, pour qu'il choisisse. On peut le considérer comme un commerce inacceptable avec des êtres humains mais cela a marché ainsi et même très rapidement », explique Nicholas Winton.

Le premier train quitte Prague le 14 mars 1939. Jusqu'au 2 août prochain, sept trains partent de Prague pour Londres, au total 669 enfants. Le banquier irréprochable n'hésite pas, s'il le faut, à falsifier les documents. Ainsi une série d'enfants partent, munis d'autorisations britanniques falsifiées. Nicholas Winton travaille vite car il sait que le moindre retard risque de menacer la vie des enfants, dont il a pris la responsabilité. Malheureusement, l'avenir lui donne raison.

Le plus grand transport doit partir le 1er septembre 1939. Les petits passagers occupent déjà leurs places mais le train ne quittera jamais la gare. La guerre éclate en Europe et 250 enfants doivent descendre du train. Au lieu d'aller à Londres, d'autres trains les emmènent plus tard à Terezin ou à Auschwitz. Aucun d'entre eux ne survit pas à la guerre.

En 1997, le réalisateur slovaque Matej Minac a trouvé dans le livre « Les petites perles de l'enfance » de Vera Gissing une mention sur le sauvetage d'enfants tchèques. Inspiré par cette histoire, il a tourné le film « Tous mes proches » qui a reçu une douzaine de prix à des festivals internationaux du film. En tournant le film, le réalisateur a pris contact avec environ cinquante « enfants Winton », parmi lesquels des personnalités mondialement connues: Joe Schlesinger, reporter de la station de télévision canadienne CBC, Karel Reisz, réalisateur britannique de «Sarah et le lieutenant français», l'écrivain Vera Gissing ou le lord Alfred Dubs, ex-ministre du gouvernement Blair. De l'autre côté, le film rend hommage à ceux qui ont participé à la mission de sauvetage, dont Tom Graumann, qui a aidé les familles à émigrer de Russie aux Etats-Unis, Joseph Guns qui a adopté deux enfants et autres. La reine Elisabeth II d'Angleterre a décerné à Nicholas Winton l'Ordre de l'Empire britannique et le Président tchèque Vaclav Havel l'Ordre de Tomas Garrigue Masaryk.

L'histoire de Nicholas Winton est le symbole de la solidarité, du sacrifice et du courage humain. C'est une inspiration pour nous tous, un exemple de l'humanité et de la résolution d'aider les gens en danger. C'est aussi l'histoire d'une grande modestie, car M.Winton gardait le silence sur sa mission pendant presque cinquante ans.

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