Chapitres de l'histoire La dimension spirituelle et européenne du culte de saint Venceslas
Voté par le Parlement il y a dix ans, le 28 septembre est devenu la fête nationale de l’Etat tchèque, et ce en l’honneur de Saint Venceslas, prince des Přemyslides, l’un des plus importants évangélisateurs, l’homme qui a posé les bases de l’Etat tchèque et qui symbolise l’union du pouvoir spirituel et politique dans notre pays.
Il y a 1 075 ans de cela, le 28 septembre 935, Venceslas est assassiné à
Stará Boleslav par son frère cadet Boleslav. Un fratricide qui ouvre à
ce
dernier la voie vers le pouvoir. De son vivant, Boleslav fait transférer
la dépouille de son frère à Prague. Le peuple commence à considérer
Venceslas comme un martyr et par la suite comme son patron. Le processus
de
canonisation aboutit au début du XIe siècle. Dès le XIVe siècle, le
culte de saint Venceslas se diffuse en Europe par l’intermédiaire de
Charles IV qui fait créer la couronne de saint Venceslas, premier
attribut
de la cérémonie de couronnement des rois de Bohême. Il fait aussi
construire au Château de Prague la chapelle Saint-Venceslas dans laquelle
les joyaux de la couronne ainsi que les reliques du saint sont déposés.
L’intérêt pour le culte est ravivé au XIXe siècle, avec le mouvement
de renaissance nationale. En 1913, la statue équestre du saint patron
est érigée en haut de la place praguoise éponyme. Durant
l’occupation nazie, le culte est détourné et saint Venceslas
présenté
comme un souverain qui avait précipité les pays tchèques dans les bras
de l’empire germanique.
Le professeur Jiří Sláma de la faculté des Lettres de l’Université Charles explique que cette interprétation date de l’époque où les pays tchèques étaient menacés par les expéditions d’Henri Ier de Saxe, dit l’Oiseleur :
Henri Ier de Saxe dit l’Oiseleur
« Le prince Venceslas a vite compris le danger que représentait la
Saxe
voisine pour les pays tchèques : face à une force militaire de plusieurs
milliers de soldats, Venceslas a opposé une force spirituelle. A la fin
des années 920, il s’est adressé à l’évêque de Ratisbonne pour
obtenir son consentement pour la construction d’une nouvelle église au
château de Prague. Les fouilles archéologiques ont prouvé que cette
église, dont les vestiges ont été retrouvés sous la cathédrale
Saint-Guy, imitait la chapelle palatine édifiée par Charlemagne à
Aix-la-Chapelle. Cette construction a servi de modèle à de nombreux
souverains pour ériger des chapelles analogues dans leur propre château:
une
façon de manifester l’adoption du christianisme occidental. Ce qui fut
aussi le cas de Venceslas. »
La chronique de Cosmas
La nouvelle église est dédiée à saint Guy, saint patron des Saxons.
Lorsqu’en 929, Henri de Saxe attaque la Bohême, Venceslas ne dispose
pas
de force militaire pour pouvoir lui faire face. Mais cette église
Saint-Guy par laquelle Venceslas s’est intégré dans le monde chrétien
occidental et ce saint patron des Saxons que Venceslas vénère font
reculer Henri qui renonce finalement au combat. Les deux hommes se
retrouvent à la table des négociations. Le résultat est le suivant :
Venceslas reconnaît formellement la domination du souverain de Saxe à
l’instar de nombreux autres pays voisins. Il consent à payer un tribut
à la Saxe, dont on ignore le montant. L’affirmation selon laquelle il
devait
s’agir de 500 talents d’argent et de 129 boeufs par an est une
invention de l’historien František Palacký qui se réfère à la
chronique de Cosmas où un tribut de ce type est mentionné mais dans un
tout autre contexte historique, souligne le professeur Sláma:
« En adoptant ouvertement le christianisme occidental, non seulement d’un point de vue religieux, mais aussi politique et culturel, Venceslas est entré dans l’Europe plus de mille ans auparavant que notre république n'y entre, en 2004. Lorsqu'il prend cette décision politique de première importance pour l’évolution future du pays, il n'est âgé que de 20 ans. »
Dominik Duka (au milieu), photo: CTK
Dominik Duka qui a célébré, mardi, une messe à Stará Boleslav, pour
la
première fois en tant qu’archevêque de Prague, a rencontré, la
veille, les journalistes pour parler de la dimension spirituelle et
européenne du culte de saint Venceslas :
« Venceslas vient au monde à un moment ou l’évêque de Reims, Hincmar, expose ses opinions sur les fonctions d’un souverain, et où le christianisme porte en soi une certaine dualité – le combat pour l’autonomie de l’Eglise d’une part, et de la communauté séculaire, de l’autre. Et ce double rôle s’unit parfaitement dans le règne de Venceslas. C’est lui, ce souverain modèle. Chrétien et homme qui vit en accord avec les principes de l’Evangile et qui applique directement ces principes dans son service de souverain. C’est ainsi que nous percevons le culte de Venceslas. »
La cathédrale de Wawel
Le culte de Venceslas s’affirme non seulement sur notre territoire où
des centaines d’églises lui sont consacrées, mais aussi en dehors du
pays. La cathédrale de Wawel ou est inhumé le président polonais
récemment décédé est dédiée à saint Venceslas, et on trouve une
autre cathédrale qui lui est dédiée dans la ville de Slezská
Svídnice,
en Silésie. Le culte de Venceslas joue un rôle dans le processus
d’unification entre la Bohême et la Moravie, ce qui se manifeste par le
fait que la première église morave, celle de l’évêque d’Olomouc,
est dédiée à saint Venceslas. En ce sens, le culte de saint Venceslas
constitue tout au long de l’histoire un lien, un ciment de l’unité
religieuse et de la coexistence entre l’Eglise et l’Etat, comme l'a
encore souligné
Dominik Duka :
Saint Venceslas
« Puisque Venceslas ne se comporte pas en conquérant de nouveaux
territoires, l’écho de son culte est marqué par l'idée que le
catholicisme tchèque n’est ni nationaliste, ni chauvin. Le rôle
qu’il
joue dans la nation tchèque est le même que celui que le christianisme
a joué dès ses débuts : un rôle de consensus, de conciliation.
L’existence de la Lettre de Majesté éditée par Rodolphe de Habsbourg
en 1609 qui garantissait aux Etats tchèques non-catholiques la liberté
religieuse et celle de la déclaration de Georges de Poděbrady en tant
que roi de la double confession, sont là aussi des éléments du culte de
saint Venceslas, sans oublier la tentative de Ferdinand Ier de régler le
conflit entre catholiques et utraquistes. C’est dans ce contexte aussi
que s’inscrit le 28 septembre 1929, date des célébrations du
millénaire de Venceslas et date de l’achèvement de la cathédrale
Saint-Guy au Château de Prague, à l’occasion de laquelle le premier
président tchécoslovaque Tomáš Garrigue Masaryk s’est référé à
la
tradition de saint Venceslas. »






