Chapitres de l'histoire Feu vert au retour de la colonne mariale sur la place de la Vieille-Ville
Une colonne mariale haute de 15 mètres qui ornait du milieu du XVIIe siècle à 1918 la place de la Vielle-Ville de Prague devrait à nouveau dominer cette place historique. La mairie de Prague, après plusieurs années d’opposition, vient de donner son feu vert à l’installation de la copie de la colonne baroque sur le lieu où elle se trouvait à l’origine.
La colonne mariale a été érigée sur la place de la Vieille-Ville de
Prague en 1652, en mémoire de la défense du quartier contre les troupes
suédoises. Une légion mariale formée de bourgeois, d’artisans et
d’étudiants de l’Université Charles a constitué, à l’époque, le
noyau des défenseurs de la ville. La colonne est devenue une dominante de
la place, ainsi qu’un lieu de prières et de piété. Elle a servi
également à mesurer le temps, car le méridien de Prague indiqué au sol
suivait son ombre.
L’auteur de la colonne, le sculpteur baroque Jiří Bendl, s’est
inspiré de la première colonne de ce genre au nord des Alpes, la
Mariensäule, élevée en 1638 à Munich.
En tant qu’une des premières constructions baroques à Prague, la
colonne a été abattue le 3 novembre 1918 par un groupe d’anarchistes
qui la considérait comme un symbole du pouvoir des Habsbourg et de la
défaite des Etats tchèques protestants face à la Ligue catholique à la
Montagne blanche.
Petr Váňa, photo: marianskysloup.info
L’Association pour le renouveau de la colonne qui a vu le jour en 1990 a
confié les travaux sur le renouveau du monument à l’atelier de
sculpteurs et tailleurs de pierre de Petr Váňa. Aujourd’hui, la copie
de la colonne est près d’être achevée. Sans aucune certitude quant au
retour de la colonne sur son lieu d’origine, le sculpteur Petr Váňa a
toutefois travaillé gratuitement pendant quinze ans sur son œuvre :
« La dernière chose qui reste à terminer, ce sont les fondations de la colonne formées par un tas de pierres, c’est exactement 24 pierres taillées. »
Photo: marianskysloup.info
Depuis 1996 où il a commencé les travaux, Petr Váňa a terminé la
balustrade, l’escalier et la tige de la colonne de 6 mètres de hauteur
pour laquelle il a fallu importer le matériau convenable, du grès,
extrait d’une carrière près de New Delhi, en Inde. Le bateau des
frères Forman a aidé à transporter le bloc à Prague. En attendant
l’assemblage de la colonne, la tige a été déposée dans le jardin du
couvent des Borroméennes, à Petřín. La première partie terminée - la
statue de la Vierge immaculée, provisoirement installée près de
Notre-Dame-de-Týn, a été consacrée le 3 novembre 2003 par le cardinal
Miloslav Vlk. Petr Váňa se félicite de ce que quelques fragments
originaux de la colonne déboulonnée se soient conservées au musée
lapidaire de Prague :
« Du torse, j’ai pris des moulages en plâtre pour en faire une copie en grès de la statue de la Vierge qui est à voir près de Notre-Dame-de-Týn. »
La statue de Jan Hus
Depuis le déboulonnage de la colonne mariale, en 1918, seule la statue de
Jan Hus orne la place de la Vieille-Ville. Sculptée par Ladislav Šaloun
en 1915 dans le style Art Nouveau, elle a toujours été considérée comme
un symbole d’indépendance nationale et de Réforme protestante. Il
n’est donc guère étonnant que des opposants au retour de la colonne
mariale sur cette même place commencent à parler d’un combat des
symboles. Eugen Kukla de l’Association pour le renouveau de la colonne le
réfute : pour lui, la colonne a toute sa place à cet endroit et elle
s’y trouvait bien avant la statue de Jan Hus :
« Il ne s’agit évidemment pas de choisir entre les deux, car le monument de Jan Hus a été élevé en 1915, et la colonne a été déboulonnée en 1918. »
Pour Petr Váňa, la place de la Vieille-Ville n’est pas complète sans
la colonne, et le sculpteur Ladislav Šaloun en a tenu compte, en créant
le monument Jan Hus : il a divisé la masse de la place de manière
horizontale, en contraste justement avec le plan vertical de la colonne,
pour que les deux s’équilibrent, ce qui aujourd’hui fait défaut :
« La colonne mariale est une verticale claire, alors que le monument Jan Hus est une horizontale : les deux principes s’appuient l’un sur l’autre, en se complétant et en fournissant une interprétation logique de tout cet espace. »
Les deux symboles de l’histoire tchèque ont coexisté pendant trois ans
côte à côte. L’écrivain Ferdinand Peroutka écrit que quelques jours
après la création de la République tchécoslovaque, le 28 octobre 1918,
un anarchiste du quartier praguois de Žižkov, Franta Sauer, a fait venir
devant la colonne un véhicule de sapeurs pompiers. Attachée à ce dernier
par des câbles, la colonne avec en haut la statue de la Vierge est tombée
à terre, éclatée en plusieurs morceaux. Des habitants des maisons aux
alentours ont essayé en vain d’empêcher la destruction du monument
baroque : parmi eux, l’historien Václav Vilém Štěch, ou encore le
comte Václav Kounic.
L'église Notre-Dame-de-la-Paix à Lhotka
L’Eglise catholique a réagi au déboulonnage de la colonne mariale en
faisant construire douze nouvelles églises dans les nouveaux quartiers de
Prague, comme les douze étoiles qui couronnent la tête de la Vierge En
1937, la première d’entre elles, l’église Notre-Dame-de-la-Paix à
Lhotka a été terminée.
Quel est le regard porté aujourd’hui par l’Eglise catholique sur le retour de la colonne mariale à la place de la Vieille-Ville ? Le cardinal Dominik Duka s’est exprimé sur les ondes de la Radio tchèque :
Dominik Duka
« Ceux qui ne connaissent pas l’histoire imaginent que la colonne
mariale a été abattue en signe de protestation contre l’époque des
ténèbres, contre l’Eglise catholique. Ceux plus informés savent bien
que la colonne mariale n’a jamais représenté la victoire des
catholiques après la Montagne blanche, qu’elle a été érigée plus de
trente ans après cette bataille, en remerciement pour la défense de
Prague contre les Suédois. Pendant des années, elle s’est dressée à
cet endroit, formant un contrepoids et une communauté paisibles avec le
monument voisin dédié à Jan Hus. L’intention de la mairie de Prague de
faire revenir la colonne sur la place de la Vieille-Ville n’est pas un
acte de réhabilitation de l’Eglise catholique, mais un acte culturel. La
colonne est inséparable de cette place. En liquidant les monuments, on ne
peut pas effacer l’histoire. »
La fontaine Renaissance Krocín
Après vingt années d’opposition, Bohuslav Svoboda est le premier maire
de Prague à avoir donné son feu vert au retour de la colonne mariale à
son emplacement d’origine. La mairie se dit également favorable à
l’installation d’une réplique de la fontaine Renaissance Krocín qui
ornait depuis 1591 la Vieille-Ville. Enfin, la reconstruction de la maison
baroque dite de Kren, fermant la rue de Paris, est également envisagée.






